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Projet de loi relatif au plan d'aménagement et de développement durable de Corse

12 octobre 2011 : Corse ( rapport - première lecture )
2. Une économie de consommation plus que de production

La croissance économique de la Corse ces dernières années a surtout été entraînée par le développement du tourisme, des services aux ménages, ainsi que de l'économie publique. Les services marchands ont été en 2009 à l'origine de 52 % du PIB corse. Quant aux administrations publiques, services non marchands, elles ont généré 31 % du PIB insulaire, et représentent 37 % des emplois salariés.

L'économie publique est largement alimentée, d'une part, par les fonds de cohésion territoriale européens et nationaux, qui ont permis un certain rattrapage des investissements, et d'autre part, par les transferts sociaux, qui sont une composante importante du revenu des ménages.

Structure des revenus en Corse

En dépit de l'importance des transferts sociaux, le niveau de vie des ménages reste en dessous de la moyenne nationale. En Corse, 60 % de la population des ménages bénéficiaires des allocations familiales se situent sous le seuil des bas revenus, alors que cette proportion est inférieure au tiers en moyenne nationale. Cela représente près de 19 000 allocataires, soit 41 500 personnes dans les ménages concernés. S'agissant des retraités, 13 000 allocataires sont bénéficiaires de l'allocation supplémentaire vieillesse (ASV), qui leur permet de parvenir à un revenu minimum. Ainsi, en Corse, 25 % des personnes de plus de 65 ans perçoivent l'ASV, soit un taux 3,5 fois supérieur à celui de la France métropolitaine.

L'économie productive de la Corse fonctionne sur ses secteurs traditionnels et ne dispose guère de secteurs innovants. Le tissu économique est essentiellement artisanal : 94 % des 32 900 entreprises corses comptent moins de 10 salariés et 62 % n'en comptent aucun. La productivité est faible et les emplois créés sont peu qualifiés. Par ailleurs, cet appareil productif atomisé n'est pas orienté vers l'extérieur : les importations de l'île sont quatre fois supérieures à ses exportations.

3. La marginalisation de l'agriculture

Le secteur agricole n'occupe plus aujourd'hui qu'une place réduite dans l'économie de la Corse, mais conserve toutefois un rôle important dans la vie sociale, ainsi que pour l'occupation et l'entretien du territoire de l'île. 75 % de l'agriculture se trouve en Haute-Corse, que l'on raisonne en surface agricole utile ou en nombre d'exploitations.

Durant des siècles, la Corse a vécu sur un modèle agro-sylvo-pastoral, qui a commencé à décliner après la première guerre mondiale, puis a rapidement disparu à partir des années 1960. Une agriculture intensive et productiviste s'est alors développée, principalement dans la plaine orientale, qui a été source de graves échecs, d'un lourd endettement et d'importantes déprises.

L'agriculture corse a su engager, à partir des années 1980, une mutation vers la recherche de la qualité, accompagnée par les nouvelles orientations de la politique agricole commune. Elle dispose aujourd'hui de filières de production relativement bien structurées, qui forment un ensemble original en Europe par la diversité, la qualité et la typicité de ses produits : vins, fromages, huile d'olive, agrumes, miel, charcuteries, châtaignes. Les industries agroalimentaires représentent près de 2 200 salariés, soit 40 % de l'emploi salarié total de l'industrie, ce qui en fait le premier secteur industriel insulaire.

Toutefois, l'agriculture et la sylviculture se heurtent en Corse à des handicaps structurels. L'insularité induit des ruptures de charges obligatoires, des coûts d'approvisionnement majorés, et des coûts d'exportations supplémentaires. Le relief montagneux accroît le coût de la mise en valeur des espaces agricoles et forestiers, où la mécanisation est difficile, voire impossible. Le climat se caractérise par des variations de très forte amplitude (neige, inondations et vents violents) et par une aridité croissante, qui implique un fort risque d'incendies.

Ces handicaps structurels s'ajoutent à la difficulté générale de vivre dans les territoires ruraux pour expliquer le déclin du secteur agricole. Le problème est aussi démographique : alors que la moyenne d'âge des agriculteurs corses est de 58 ans, on enregistre à peine une installation de jeune agriculteur pour cinq cessations d'activité. Le nombre des chefs d'exploitations installés s'élevait en 2008 à 2 927, dont 85 % à titre individuel, et l'on comptait 793 établissements agricoles employant 4 257 salariés.