AVIS N° 89 TOME V -PROJET DE LOI DE FINANCES POUR 1998 ADOPTE PAR L'ASSEMBLEE NATIONALE - BUDGET ANNEXE DES PRESTATIONS SOCIALES AGRICOLES


M. Bernard SEILLIER, Sénateur


COMMISSION DES AFFAIRES SOCIALES - AVIS N° 89 TOME V1997/1998

Table des matières






N° 89

SÉNAT

SESSION ORDINAIRE DE 1997-1998

Annexe au procès-verbal de la séance du 20 novembre 1997.

AVIS

PRÉSENTÉ

au nom de la commission des Affaires sociales (1) sur le projet de loi de finances pour 1998 , ADOPTÉ PAR L'ASSEMBLÉE NATIONALE,

TOME V

BUDGET ANNEXE DES PRESTATIONS SOCIALES AGRICOLES

Par M. Bernard SEILLIER,

Sénateur.

(1) Cette commission est composée de : MM. Jean-Pierre Fourcade, président ; Jacques Bimbenet, Mme Marie-Madeleine Dieulangard, MM. Guy Fischer, Claude Huriet, Bernard Seillier, Louis Souvet, vice-présidents ; Jean Chérioux, Charles Descours, Roland Huguet, Jacques Machet, secrétaires ; François Autain, Henri Belcour, Paul Blanc, Mmes Annick Bocandé, Nicole Borvo, MM. Louis Boyer, Jean-Pierre Cantegrit, Francis Cavalier-Benezet, Gilbert Chabroux, Philippe Darniche, Mme Dinah Derycke, M. Jacques Dominati, Mme Joëlle Dusseau, MM. Alfred Foy, Serge Franchis, Alain Gournac, André Jourdain, Jean-Pierre Lafond, Pierre Lagourgue, Dominique Larifla, Dominique Leclerc, Marcel Lesbros, Jean-Louis Lorrain , Simon Loueckhote, Jean Madelain, Michel Manet, René Marquès, Serge Mathieu, Georges Mazars, Georges Mouly, Lucien Neuwirth, Mme Nelly Olin, MM. Sosefo Makapé Papilio, André Pourny, Mme Gisèle Printz, MM. Henri de Raincourt, Gérard Roujas, Martial Taugourdeau, Alain Vasselle, Paul Vergès, André Vézinhet.

Voir les numéros :

Assemblée nationale ( 11 ème législ.) : 230 , 305 à 310 et T.A. 24 .

Sénat : 84 et 85 (annexe n° 42 ) (1997-1998).

Lois de finances.

I. AUDITION DU MINISTRE

Le mardi 14 octobre 1997 , sous la présidence de M. Jean-Pierre Fourcade, président , la commission a procédé à l'audition de M. Louis Le Pensec, ministre de l'agriculture et de la pêche, sur le projet de budget annexe des prestations sociales agricoles (BAPSA) pour 1998 .

M. Louis Le Pensec, ministre de l'agriculture et de la pêche, a présenté le projet de budget annexe des prestations sociales agricoles (BAPSA) pour 1998 en précisant les principaux problèmes qui se posent aujourd'hui en matière de protection sociale des agriculteurs.

Il a indiqué que le BAPSA s'élèvera, en 1998, hors restitution de taxe sur la valeur ajoutée (TVA), à 87,7 milliards de francs, en progression de 0,6 % par rapport à celui de 1997.

S'agissant des dépenses, il a rappelé que les prestations de vieillesse en constituaient, avec un montant de 48,4 milliards, le principal poste et que les retraites proprement dites (retraites forfaitaires et proportionnelles, pensions de réversion) progresseront de 2,2 % par rapport à celles prévues au BAPSA de 1997, ceci malgré la légère diminution du nombre de retraités.

Il a expliqué que cette augmentation était notamment due à la deuxième étape du relèvement des pensions que la loi de finances pour 1997 a prévu en faveur des retraités les plus modestes. A cet égard, il a précisé que ces majorations bénéficieront à plus de 208.000 anciens chefs d'exploitation et à 280.000 autres retraités (conjoints ayant participé aux travaux, anciens aides familiaux...) et représenteront, en 1998, des dépenses supplémentaires de retraite de près de 300 millions par rapport à 1997.

Par ailleurs, il a souligné que la substitution de la cotisation sociale généralisée (CSG) aux cotisations maladie que prévoit la loi de financement de la sécurité sociale, entraînera, en 1998, la suppression pure et simple des cotisations maladie (sans contrepartie de CSG) pour les retraités agricoles dont les revenus sont compris entre le seuil de ressources pour l'attribution du fonds de solidarité vieillesse et le seuil d'imposition. Ainsi, il a précisé que 700.000 petits retraités agricoles, principalement d'anciens chefs d'exploitation, bénéficieront en 1998, grâce à la suppression de leur cotisation maladie de 2,8 % sur leurs pensions, d'un gain de pouvoir d'achat de plus de 500 millions de francs.

Concernant les dépenses d'assurance maladie, maternité et invalidité, il a annoncé qu'elles s'élèveront, pour 1998, à près de 34 milliards, soit un montant voisin de celui prévu au BAPSA de 1997 et que cette quasi-stabilité s'expliquait principalement par les mesures générales de régulation des dépenses de santé.

Quant aux dépenses de prestations familiales, évaluées à 4,1 milliards, il a indiqué qu'elles diminueront en raison de la baisse du nombre des bénéficiaires.

Enfin, il a souligné que des crédits de 110 millions de francs étaient prévus, comme en 1997, pour financer les étalements et les prises en charge partielles de cotisations pour les exploitants en difficulté.

Abordant les ressources du BAPSA, il a distingué les cotisations et la CSG : les cotisations des agriculteurs sont, depuis 1996, calculées intégralement sur leurs revenus professionnels et elles évoluent donc comme les revenus ; s'agissant des cotisations qui ne sont pas concernées par le transfert sur la CSG, c'est-à-dire des cotisations prestations familiales, vieillesse et des cotisations maladie qui subsistent, elles progressent d'environ 2 % par rapport à celles qui sont effectivement attendues en 1997 en raison de la bonne tenue des revenus agricoles en 1995 et 1996.

Il a précisé que la majoration, en 1998, de la CSG destinée au financement de l'assurance maladie aura des conséquences différentes pour les exploitants en activité et pour les retraités agricoles : pour les exploitants en activité, la CSG sera majorée, comme pour les actifs des autres catégories sociales, de 4,1 points en 1998 et, en contrepartie, le taux de leurs cotisations maladie sera diminué de 5,5 points ; le tiers des exploitants, c'est-à-dire ceux qui ont les plus faibles revenus (inférieurs à 30.000 francs par an), bénéficieront d'un gain de pouvoir d'achat de 5 % en moyenne; mais pour la plupart des autres agriculteurs, la substitution de la CSG aux cotisations sera sans effet ou légèrement positive pour le pouvoir d'achat.

En ce qui concerne les retraités agricoles, il a affirmé que ceux d'entre eux qui sont imposables acquitteront la CSG au taux de 2,8 % et que les actuelles cotisations d'assurance maladie sur les retraites seront supprimées : dès lors, les retraités agricoles les plus modestes, ceux qui ne sont pas imposables, verront leurs actuelles cotisations maladie supprimées sans devoir acquitter, par ailleurs, la CSG, d'où un gain de pouvoir d'achat, de plus de 500 millions qui bénéficiera à 700.000 petits retraités agricoles.

Il a rappelé que ce transfert CSG-cotisations ne modifiait pas l'équilibre d'ensemble du BAPSA puisqu'il bénéficiait sur le produit de la CSG d'une compensation égale à la part de recettes résultant de la diminution des cotisations maladie.

Sur les financements provenant de la solidarité interprofessionnelle et de la solidarité nationale qui s'élèveront au total à 71,4 milliards de francs, il a noté que les transferts de compensation démographique fournis par les autres régimes sociaux, principalement le régime général, sont évalués, en 1998, à 32,5 milliards, en progression d'environ 1 % par rapport à ceux prévus au BAPSA de 1997.

Il a souligné que les recettes de taxes, principalement celles de TVA, ont été évaluées, hors restitution, à 26,1 milliards compte tenu de la révision à la baisse des recettes attendues en 1997 par rapport aux évaluations initiales.

Concernant les remboursements des fonds de solidarité vieillesse et invalidité qui continuent de baisser pour se situer à environ 3,4 milliards, il a considéré que cette diminution était la conséquence de l'amélioration des retraites.

Enfin, il a annoncé que la subvention du budget de l'Etat s'élèvera à 7.306 millions contre 7.225 millions dans le BAPSA de 1997.

En conclusion, il a déclaré que ce budget avait été préparé avec la volonté de préserver le régime de protection sociale des agriculteurs et les prestations qui leur sont servies ainsi qu'aux retraités.

Par ailleurs, il a indiqué que le Gouvernement avait voulu manifester une attention particulière en direction des retraités les moins favorisés.

Aux questions de M. Bernard Seillier, rapporteur pour avis , M. Louis Le Pensec a apporté les réponses suivantes : pour les exploitants agricoles, la CSG sera, comme pour les autres catégories sociales, majorée de 4,1 % à compter de 1998 et en contrepartie, les exploitants agricoles les plus modestes, soit un tiers des exploitants, bénéficieront d'un allégement significatif des prélèvements maladie représentant un gain de pouvoir d'achat de 5 % en moyenne.

Il a estimé que, pour la plupart des autres exploitants, l'opération de substitution de la CSG aux cotisations maladie se traduira par un léger gain de pouvoir d'achat et qu'en ce qui concerne les retraités agricoles les plus modestes, ceux qui ne sont pas imposables, leurs cotisations maladie seront supprimées, sans qu'ils doivent par ailleurs acquitter la CSG. Cette mesure se traduit par un accroissement global de leurs pensions de 2,8 %.

Il a évalué le coût de cette mesure à 900 millions de francs.

Indépendamment des conséquences, favorables pour les agriculteurs, du transfert sur la CSG, il a précisé que les cotisations des exploitants augmenteront, en 1998, en réalité, non pas de 4,3 % (pourcentage par rapport à la prévision figurant en loi de finances 1997), mais de 2,2 % par rapport à celles qui sont effectivement attendues en 1997 et qui sont supérieures aux prévisions de la loi de finances.

Il a ajouté que la progression des recettes de cotisations, de 2,2 % en 1998 par rapport à 1997, s'expliquait essentiellement par la bonne tenue des revenus agricoles en 1995 et en 1996 (d'après les comptes de l'agriculture, le revenu brut agricole -revenu global- a progressé en 1995 de 6 % par rapport à 1994 et le revenu de 1996 a été du même niveau que celui de 1995).

Il a considéré que les chiffres qui étaient avancés sur la situation précaire de certaines catégories de retraités n'étaient pas contestables, la retraite la plus modeste se situant, en effet, aux alentours de 1.500 francs à 1.800 francs par mois.

Il a affirmé qu'un effort de revalorisation était nécessaire, mais que les conséquences budgétaires de chaque mesure de relèvement étaient importantes : un relèvement de 100 francs pour 2.100.000 retraités dépasserait les 2 milliards de francs ; quant à la garantie pour tous, d'une retraite minimale à 75 % du salaire minimum interprofessionnel de croissance (SMIC), elle aboutirait à un doublement des dépenses de retraites du BAPSA, soit 45 milliards de francs.

Il a annoncé que le Gouvernement ferait donc connaître prochainement ses propositions pour répondre à cette attente légitime.

S'agissant des contrats de complément de retraite volontaire agricole (COREVA), il a déclaré que des dispositions législatives seront proposées à cet effet dans le projet de loi d'orientation sur la pêche maritime et les cultures marines adopté par l'Assemblée nationale le 24 septembre dernier et qui sera soumis à l'examen du Sénat le 15 octobre.

Il a indiqué que la mise sous condition de ressources des allocations familiales, telle qu'elle était prévue par le projet de loi de financement de la sécurité sociale (plafonnement à 25.000 francs de revenus nets mensuels pour les familles de deux enfants ; ce plafond étant augmenté de 7.000 francs pour les familles monoparentales ou celles où les deux parents travaillent, et de 5.000 francs, par enfant à partir du troisième) devrait concerner environ 11.000 familles d'exploitants agricoles et entraînera une diminution des dépenses d'environ 70 millions pour le BAPSA.

Il a révélé qu'un groupe de travail chargé de la préparation du projet de loi d'orientation agricole avait été mis en place le 2 octobre, que ses travaux se dérouleraient sur deux mois environ, en concertation avec les organisations représentant la profession agricole et qu'ils devraient aboutir à la mise au point d'un texte à la fin de cette année.

Il a précisé que les questions qui concernaient la situation des diverses catégories d'actifs participant aux exploitations seraient abordées lors de l'examen du statut des exploitations (thème prévu pour la réunion du groupe du 6 novembre) et que s'il apparaissait que des dispositions importantes, notamment des mesures permettant de faire évoluer la situation des conjointes d'agriculteurs, devaient figurer dans la loi d'orientation, elles y trouveraient leur place.

Il a rappelé qu'à la suite du rapport de la Cour des Comptes qui faisait apparaître de graves irrégularités dans la gestion de la caisse centrale de la mutualité sociale agricole, avaient été prononcées, par arrêté ministériel du 7 juillet, la suspension du conseil d'administration et la nomination d'un administrateur provisoire (M. Christian Babusiaux, conseiller maître à la Cour des Comptes) et que les membres du conseil d'administration de la caisse centrale ayant fait part de leur intention de démissionner, un nouveau conseil d'administration serait élu par la prochaine assemblée générale de la mutualité sociale agricole (MSA).

Enfin, pour éviter le renouvellement d'irrégularités, telles que celles qui se sont produites, il a indiqué que des aménagements seraient apportés aux textes relatifs aux contrôles sur la caisse centrale et sur les organismes auxquels elle participe.

Puis, M. Alain Vasselle a interrogé le ministre sur la manière dont serait assurée la neutralité de la substitution de la CSG aux cotisations maladie, sur l'amélioration des retraites des veuves d'agriculteurs, et sur l'incidence des négociations communautaires actuelles à l'égard des revenus agricoles.

M. Guy Fischer a également appelé l'attention du ministre sur la question des retraites agricoles, la préservation des droits des souscripteurs de contrats COREVA et l'impact de la nouvelle substitution de CSG.

Enfin, M. Gérard Roujas a demandé si tous les agriculteurs seraient désormais assujettis à la CSG.

M. Louis Le Pensec , ministre de l'agriculture et de la pêche , a longuement évoqué les négociations communautaires sur le paquet " Santer ", négociations qui vont se dérouler sur dix-huit mois et qui visent à mettre en place des aides compensatoires à la réduction des productions agricoles.

Il a indiqué que la commission européenne n'excluait pas un plafonnement par exploitation des aides directes fournies par la Communauté économique européenne (CEE). Il a donc considéré que le débat budgétaire s'ouvrait dans le cadre d'un environnement communautaire très incertain.

S'agissant des veuves, il a précisé que leur nombre avoisinait 400.000 et que leur situation avait été améliorée depuis 1995 avec le relèvement du taux de la réversion à 54 % et la possibilité de cumuler leurs pensions avec des droits propres et qu'en 1997 ces mesures représenteraient 1,7 milliard de francs de dépenses à la charge du BAPSA.

Enfin, concernant la CSG, il a rappelé que 700.000 retraités seraient dispensés de son paiement en raison de leurs faibles revenus.

II. EXAMEN DE L'AVIS

Réunie le mercredi 19 novembre 1997, sous la présidence de M. Jacques Bimbenet, vice-président , la commission a ensuite procédé à l'examen du rapport pour avis de M. Bernard Seillier, sur le projet de loi de finances pour 1998 (budget annexe des prestations sociales agricoles) (BAPSA).

M. Bernard Seillier, rapporteur pour avis du BAPSA
, a rappelé à titre liminaire le problème de la difficile articulation entre le BAPSA et le projet de loi annuel de financement de la sécurité sociale.

Il a expliqué que le projet de BAPSA pour 1998 avait été arrêté antérieurement au dépôt du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 1998 et ne tenait donc pas compte de certaines mesures ayant des conséquences directes sur son équilibre financier, telles que le basculement de la majeure partie des cotisations d'assurance maladie vers la contribution sociale généralisée (CSG) ou la mise sous condition de ressources des allocations familiales.

M. Bernard Seillier, rapporteur pour avis, a cependant ajouté qu'il fallait avoir conscience des aspects positifs du BAPSA : celui-ci permettait d'aborder de manière plus détaillée que la loi de financement de la sécurité sociale les principales catégories de recettes et de dépenses du régime agricole ; il constituait en outre une garantie pour ce régime de bénéficier d'un " bouclage " financier assuré par l'Etat à travers le vote de la subvention d'équilibre.

A cet égard, M. Bernard Seillier, rapporteur pour avis , a rappelé que le régime des exploitants agricoles était, compte tenu de la structure démographique très défavorable du monde agricole, l'un des régimes où le rapport entre la masse des cotisations et celle des prestations était le plus faible. L'avenir de ce régime était donc étroitement dépendant de la solidarité nationale.

M. Bernard Seillier, rapporteur pour avis , a ensuite présenté les grandes lignes du BAPSA pour 1998.

Il a tout d'abord indiqué que ce budget annexe se caractérisait par une grande stabilité et s'élèverait à 87,7 milliards de francs, en progression de seulement 0,6 % par rapport à 1997.

S'agissant des dépenses retracées dans le BAPSA , M. Bernard Seillier, rapporteur pour avis , a précisé que les prestations d'assurance vieillesse progressaient de 1,9 %, passant ainsi à 48,4 milliards de francs, et restaient le premier poste de dépenses du régime des exploitants agricoles.

Soulignant que les effectifs de retraités tendaient à diminuer, M. Bernard Seillier, rapporteur pour avis , a précisé que l'augmentation des prestations d'assurance vieillesse résultait notamment de l'amélioration spontanée du niveau moyen des pensions et des mesures prises pour les veuves dans le cadre de la loi de modernisation de l'agriculture de 1995 et pour les plus petites retraites dans le cadre de la loi de finances pour 1997.

S'agissant des dépenses d'assurance maladie des exploitants agricoles (AMEXA ), M. Bernard Seillier, rapporteur pour avis , a indiqué que celles-ci restaient stables, à hauteur de 33,9 milliards de francs, soit un montant voisin de celui prévu l'an dernier.

S'agissant des prestations familiales, M. Bernard Seillier, rapporteur pour avis , a précisé que ce poste de dépenses continuait de baisser fortement (- 6,5 % par rapport à 1997) en raison de la diminution rapide du nombre de bénéficiaires. M. Bernard Seillier, rapporteur pour avis , a néanmoins ajouté que ces dépenses, estimées à 4 milliards de francs en 1998, ne tenaient pas compte de la mise sous condition de ressources des allocations familiales prévue par le Gouvernement. Il a rappelé que M. Louis Le Pensec, ministre de l'agriculture et de la pêche, avait indiqué, lors de son audition devant la commission, que la mise sous condition de ressources des allocations familiales devrait concerner environ 11.000 familles d'exploitants agricoles et entraîner une diminution des dépenses d'environ 70 millions de francs pour le BAPSA.

S'agissant des recettes, M. Bernard Seillier, rapporteur pour avis , a distingué successivement les contributions professionnelles, les taxes affectées, les versements des autres régimes de sécurité sociale et la subvention d'équilibre.

Evoquant les contributions professionnelles, M. Bernard Seillier, rapporteur pour avis , a indiqué que la CSG représenterait un financement de plus en plus important : pour les exploitants en activité, la CSG serait majorée, comme pour les actifs des autres catégories sociales, de 4,1 points ; en contrepartie, le taux des cotisations maladie serait diminué de 5,5 points ; pour les retraités agricoles imposables, le taux de la CSG serait augmenté de 2,8 % tandis que les cotisations d'assurance maladie seraient diminuées du même pourcentage.

Sur les effets de ce transfert CSG/cotisations d'assurance maladie , M. Bernard Seillier, rapporteur pour avis , a souhaité formuler trois remarques.

Il a, d'une part, indiqué qu'il convenait d'être très prudent sur les chiffres transmis par le Gouvernement et les gains de pouvoir d'achat attendus qui ne tenaient pas compte des prélèvements sur l'épargne et le patrimoine.

Il a souligné, d'autre part, qu'un certain nombre d'agriculteurs bénéficiant d'un allégement de cotisations sociales, notamment les jeunes agriculteurs, allaient perdre cet avantage différentiel tout en devenant redevables de la CSG. Il a indiqué, à cet égard, que le Sénat avait adopté, au cours de la discussion du projet de loi de financement de la sécurité sociale, un amendement permettant de prendre en compte la situation particulière des jeunes agriculteurs.

M. Bernard Seillier, rapporteur pour avis , a précisé que, pour respecter le principe de parité et permettre aux exploitants agricoles de bénéficier du même gain de pouvoir d'achat que les salariés du régime général, la baisse de cotisations d'assurance maladie aurait dû être de 6,5 points et non pas de 5,5 points.

S'agissant des taxes affectées, M. Bernard Seillier, rapporteur pour avis , a indiqué que celles-ci resteraient pratiquement stables à hauteur de 26,1 milliards de francs, la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) fournissant l'essentiel de ces recettes, soit 24,2 milliards de francs.

Il a également indiqué que les versements au titre de la compensation démographique progresseraient de 1,2 % pour atteindre 32,5 milliards de francs.

S'agissant de la subvention d'équilibre de l'Etat , M. Bernard Seillier, rapporteur pour avis , a précisé qu'elle s'élèverait à 7,3 milliards de francs en 1998, en progression de seulement 1,2 % par rapport à 1997.

M. Bernard Seillier, rapporteur pour avis , a ensuite évoqué le problème de la revalorisation des retraites agricoles et celui du fonctionnement de la caisse centrale de la mutualité sociale agricole (MSA).

S'agissant de la revalorisation des retraites agricoles, M. Bernard Seillier, rapporteur pour avis , a rappelé que le ministre de l'agriculture et de la pêche avait annoncé, lors de l'examen du BAPSA par l'Assemblée nationale, une mesure exceptionnelle de revalorisation des petites retraites : les personnes dont la retraite a pris effet avant le 1 er janvier 1998 bénéficieraient d'une majoration de leur retraite forfaitaire sous réserve de justifier de certaines conditions relatives notamment à leur durée de cotisation.

M. Bernard Seillier, rapporteur pour avis , a précisé que cette mesure visait particulièrement les anciens aides familiaux, les conjoints d'exploitants et ceux d'entre eux ayant accompli une carrière mixte. Cette mesure devrait concerner 300.000 personnes et son coût est évalué à 680 millions de francs.

M. Bernard Seillier, rapporteur pour avis , a considéré qu'il s'agissait là d'une amélioration très significative qui s'inspirait, de surcroît, des conclusions présentées dans le cadre du rapport élaboré par le député Daniel Garrigue en 1996.

Evoquant la gestion de la caisse centrale de la MSA, il a rappelé comment il avait rendu compte, l'année dernière, des critiques sévères de la Cour des Comptes à l'égard du fonctionnement interne de cette caisse. Il a souligné qu'en juillet dernier un arrêté ministériel avait suspendu le conseil d'administration de cette caisse et qu'un administrateur provisoire avait été nommé. Il a considéré que les mesures énergiques prises au cours des derniers mois allaient permettre de surmonter ces difficultés qui auraient pu être préjudiciables à l'image même de la MSA.

En conclusion, M. Bernard Seillier, rapporteur pour avis , a constaté que des progrès avaient été réalisés sur différents dossiers et que ceux-ci devaient être soutenus dans l'intérêt des exploitants agricoles de notre pays. S'agissant du projet de BAPSA pour 1998, il a considéré que c'était avant tout l'impact des mesures contenues dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale qui apparaissait le plus critiquable.

Il a cependant souligné que la mesure concernant les petites retraites, très attendue par la profession, témoignait d'un effort qui méritait d'être souligné. Aussi, M. Bernard Seillier, rapporteur pour avis , a-t-il proposé à la commission d'émettre un avis de sagesse sur les crédits du BAPSA pour 1998.

M. Claude Huriet s'est interrogé quant à la pertinence du BAPSA depuis l'instauration des lois de financement de la sécurité sociale. Il s'est demandé si le BAPSA -sans perdre pour autant sa spécificité- n'avait pas vocation à devenir une composante de la loi de financement de la sécurité sociale.

M. Bernard Seillier, rapporteur pour avis
, a estimé qu'il s'agissait là d'un problème difficile à traiter compte tenu des modalités de financement très particulières de ce budget annexe, notamment du fait de l'affectation de la TVA et de la subvention d'équilibre versée par l'Etat.

M. Charles Descours a demandé au rapporteur pour avis quelle était la part des cotisations dans les recettes du BAPSA.

M. Bernard Seillier, rapporteur pour avis , a répondu que les cotisations s'élevaient en 1997 à 15 milliards de francs, soit 17,2 % des recettes du BAPSA.

Mme Joëlle Dusseau a salué l'effort significatif accompli en faveur des retraites agricoles par le Gouvernement. Elle a estimé que le choix de s'en remettre à la sagesse du Sénat, proposé par le rapporteur pour avis, était positif dans la mesure où les critiques qu'il formulait portaient davantage sur les dispositions contenues dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale que dans le projet de BAPSA.

M. André Jourdain s'est interrogé sur le rôle du BAPSA au regard de la loi de financement de la sécurité sociale et a considéré qu'il revenait au Parlement de soulever le problème.

En réponse à Mme Joëlle Dusseau, M. Bernard Seillier, rapporteur pour avis , a rappelé que les gouvernements précédents avaient également accompli des efforts importants en faveur des retraites agricoles. Il a souligné que l'augmentation de la CSG allait se traduire par une perte de revenus pour près de un million de personnes du monde agricole, notamment les jeunes agriculteurs.

En réponse à M. André Jourdain, M. Bernard Seillier, rapporteur pour avis , a considéré que l'intégration du BAPSA au sein de la loi de financement de la sécurité sociale serait sans doute préférable pour ce qui est de la présentation des comptes. Il a cependant souligné qu'une telle intégration apparaissait très difficile dans les conditions actuelles.

M. Charles Descours a également considéré que l'on devrait à l'avenir intégrer le BAPSA dans la loi de financement de la sécurité sociale.

M. Claude Huriet a indiqué qu'il voterait contre ce projet de BAPSA en raison du nombre de familles concernées par la mise sous condition de ressources des allocations familiales et de la pénalisation entraînée, pour les jeunes agriculteurs, par l'augmentation de la CSG.

M. Bernard Seillier, rapporteur pour avis, a souligné que le projet de BAPSA était, par lui-même, acceptable mais qu'il subissait le contrecoup des mesures prévues par la loi de financement de la sécurité sociale.

M. Gérard Roujas a considéré que la CSG favorisait à la fois la solidarité nationale et la solidarité entre les agriculteurs eux-mêmes.

M. Charles Descours a indiqué qu'il voterait contre ce projet de BAPSA en séance publique sauf si l'Assemblée nationale retenait l'amendement voté par le Sénat en faveur des jeunes agriculteurs lors de la nouvelle lecture du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 1998.

A l'issue de ce débat, la commission a décidé de s'en remettre à la sagesse du Sénat sur le projet de BAPSA pour 1998 .

III. LES GRANDES LIGNES DU BAPSA POUR 1998

De prime abord, le BAPSA pour 1998 se caractérise par une grande stabilité avec des dépenses s'élevant à 87,7 milliards de francs contre 87,2 milliards de francs en 1997, soit une progression de 0,6 %.

Cette stabilité se retrouve à travers les principaux postes de dépenses comme le montre le tableau ci-après. Toutefois, il convient d'approfondir l'analyse pour tenir compte de l'impact prévisible des mesures contenues dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale.

Evolution des dépenses du BAPSA entre 1997 et 1998

DÉPENSES (millions de francs)

ÉCARTS (%)

NATURE DES DÉPENSES

1997
LFI

1997
Prévisions

1998
PLF

PLF98/
LFI 97

PLF98/
Prévis.97

1/ Moyens des services

4.290,5

4.290,5

4.954,1

15,47

-

dont restitution de TVA

4.200,0

4.200,0

4.863,0

15,79

-

2/ Interventions publiques

A/ Assurance maladie AMEXA

33.850,5

33.512,8

33.935,9

0,25

1,3

- assurance veuvage

14,0

13,0

12,0

-7,7

- Sesame-Vital

100,0

-

- étalement et prise en charge des cotisations

110,0

110,0

110,0

-

B/ Prestations familiales

4.370,0

4.206,0

4.085,0

-6,52

-2,9

C/ Assurance vieillesse

47.692,0

48.056,0

48.361,0

1,40

0,6

D/ Etudiants et praticiens

749,0

735,0

765,0

2,14

4,1

3/ Intérêts

300,0

220,0

220,0

-26,7

-

TOTAL

91.376,0

91.143,3

92.543,0

1,3

1,5

TOTAL hors restitution TVA

87.176,0

86.943,3

87.680,0

0,6

0,85

A. LES DÉPENSES

1. L'assurance vieillesse : des dépenses en progression malgré la baisse des effectifs

Les prestations d'assurance vieillesse progressent de 1,4 %, passant de 47,7 milliards à 48,4 milliards de francs ; elles représentent toujours le premier poste de dépenses du régime des exploitants agricoles.

Pourtant, les effectifs de retraités tendent à diminuer : en 1998, cette baisse sera de - 0,85 % et concernera essentiellement les bénéficiaires de retraites forfaitaires.

En fait, l'augmentation du poids de ces prestations résulte d'une série d'autres facteurs parmi lesquels on distingue l'amélioration spontanée du niveau moyen des pensions (en 1998, le nombre moyen de points d'un nouveau retraité s'élèvera à 640, contre 450 pour les retraités les plus anciens) et les mesures prises en faveur des veuves dans le cadre de la loi de modernisation de l'agriculture de 1995 et pour les plus petites retraites dans le cadre de la loi de finances pour 1997.

a) La baisse des effectifs

Le nombre de retraités ayant exercé une activité de non-salarié agricole est passé de 2,123 millions en 1994 à 2,122 millions en 1995, soit une très faible diminution de l'ordre de 0,1 %.

Il serait de 2,081 millions en 1998.

Après la très faible augmentation de 1994, l'année 1995 amorce en effet une période de diminution des effectifs de retraités qui résulte essentiellement de la fin de la mise en place de l'abaissement progressif de l'âge de la retraite à 60 ans et, pour partie, de l'arrivée à l'âge de la retraite de classes d'âge légèrement moins nombreuses que sur la période précédente.

C'est ainsi que les effectifs bénéficiant d'une retraite forfaitaire diminueraient de 0,86 % en 1998 pour atteindre, en fin d'année, 2.081 millions de personnes et que les bénéficiaires d'une retraite proportionnelle seraient quasiment stables avec environ 66.000 entrées et sorties.

Le nombre de bénéficiaires de l'allocation supplémentaire du FNS (puis du FSV à compter de 1994) décroît rapidement depuis la mise en place, à compter de 1994, des différentes mesures de revalorisation des retraites les plus faibles. Il s'établirait pour 1997 et 1998 à, respectivement, 269.300 et 250.500.

La diminution un peu plus importante du nombre des bénéficiaires depuis 1995 résulte essentiellement de l'application de la mesure de levée de l'interdiction de cumul entre droits propres et droits de réversion (loi de modernisation de l'agriculture de février 1995) ainsi que des dernières mesures d'amélioration des plus faibles retraites prises lors de la conférence annuelle de février 1996.

La population concernée présente les caractéristiques suivantes :

- les allocataires du FNS sont âgés : 55 % ont plus de 80 ans alors que les plus de 80 ans représentent seulement 26 % de l'ensemble de la population retraitée ;

- les personnes isolées forment, avec 65 %, la majorité des bénéficiaires du FNS. Dans cette catégorie, on trouve près de 80 % de femmes. Ainsi, les veuves représentent 43 % des personnes isolées et 30 % du nombre total des bénéficiaires du FNS.

b) La montée en charge des retraites proportionnelles

A l'inverse, la poursuite de la montée en charge de la retraite proportionnelle entraîne une hausse de 1,3 % en volume du montant global des pensions.

Elle s'explique notamment par les carrières plus complètes des nouveaux retraités, mais aussi par :

- les effets de la dernière étape de la levée du non-cumul droits propres-droits dérivés , mesure qui concerne 405.000 veuves et dont le surcoût en 1998 est estimé à 261 millions de francs et à 2.619 millions de francs en année pleine.

Cette réforme a rendu possible, dans les mêmes conditions que dans le régime général, le cumul entre des droits propres et une pension de réversion. Elle a été instituée progressivement sur une période de trois ans, entre 1995 et 1997. Ainsi, les veuves ou veufs dont la retraite de réversion a pris effet avant le 1 er janvier 1995 bénéficient, en 1997, d'une nouvelle majoration de leur pension de 2.000 francs, soit une augmentation de 6.000 francs sur trois ans.

- la revalorisation des plus petites retraites prévue par la loi de finances pour 1997.

Cette mesure, applicable dès le 1er janvier 1997, consiste en un relèvement de la retraite proportionnelle des chefs d'exploitation (anciens et nouveaux retraités) pour porter la retraite globale à un montant proche du minimum contributif après une carrière longue effectuée en tant que chef d'exploitation et en l'attribution d'un relèvement forfaitaire pour les autres membres de la famille (conjoints, aides familiaux et carrières mixtes).

2. L'assurance maladie : l'impact du plan Juppé

Les dépenses d'assurance maladie restent stables, à hauteur de 33,9 milliards de francs, soit un montant voisin de celui prévu l'an dernier.

Cette stabilité résulte, d'une part, de la réduction de 3 % des effectifs de bénéficiaires de l'AMEXA supérieure à la hausse du montant moyen des prestations résultant du vieillissement de la population. Elle traduit aussi les effets du plan Juppé, sensibles dès l'exercice 1997.

En 1998, les dépenses de soins de ville devraient ainsi augmenter de 1,4 %, dont 0,4 % pour les honoraires et 1,8 % pour les prescriptions de médicaments et d'auxiliaires médicaux. Le projet de BAPSA pour 1998 prévoit également une décélération des dépenses du secteur médico-social (soins à domicile et médicalisation des maisons de retraite) qui progresseront de 2,3 % au lieu de 2,8 %, soit une diminution des dépenses d'hospitalisation privée de 1,2 % et une légère augmentation (+ 1,7 %) de l'hospitalisation publique.

a) Le freinage général des dépenses de santé constaté depuis 1997

La fixation à 0,8 % du taux prévisionnel de progression des dépenses de maladie du BAPSA est à rapprocher de l'objectif national proposé en la matière par le projet de loi de financement pour les dépenses d'assurance maladie tous régimes, soit + 2,2 %, objectif impératif auquel le régime agricole contribue et qu'il doit respecter.

Evolution des dépenses de maladie du BAPSA

(en millions de francs)

LFI
1997

1997 révisé

PLF
1998

PLF 1998/ LFI 1997
(en %)

PLF 1998/ 1997 révisé (en %)

Maladie-Maternité

33.318

32.956,8

33.405

0,26

1,36

dont

-Métropole hors DGH (1)

19.182

19.053,2

19.264

0,43

1,11

- Métropole DGH

14.094

13.671

13.716

- 2,68

0,33

- Régularisations DGH

- 614

- 405,3

- 225

- 63,36

- 44,49

- Outre-mer

456

456

461

1,1

1,1

- Assurance personnelle

200

182

189

- 5,5

3,85

Invalidité

474,5

497

472,9

- 0,34

- 4,84

Alloc. de remplacement

58

59

58

-

- 1,69

Contribution à la modernisation de l'assurance maladie (2)

-

95

100

-

5,26

(1) DGH : dotation globale hospitalière.

(2) Financement de la carte Sesame-Vitale


Il y a lieu de souligner l'institution d'une ligne budgétaire intitulée " contribution à la modernisation de l'assurance maladie ". Dotée de 100 millions de francs en 1998, cette ligne représente l'apport du régime des exploitants agricoles à la mise en place de la carte à puce individuelle des assurés sociaux, dite carte " Sesame-Vitale " qui s'inscrit dans le processus de transmission électronique des feuilles de soins prévue par le plan Juppé.

Au cours des trois années 1995, 1996 et 1997, un écart de 1,8 à 2 % a été constaté entre les taux de progression des dépenses du régime général et de l'AMEXA. Cet écart est la résultante de deux évolutions contrastées, dont la première emporte plus d'effets que la seconde :

- la population protégée par ce régime diminue de 3 % par an quand celle du régime général augmente de 0,7 % ;

- a contrario , la prestation moyenne par affilié augmente de 3,1 % par an dans le régime agricole contre 1 % dans le régime général. La croissance rapide des dépenses par affilié du régime agricole rend compte de l'âge moyen de plus en plus élevé de cette population.

C'est au regard de ces éléments que la compatibilité entre l'évolution des dépenses d'assurance maladie du projet de BAPSA et le projet de loi de financement de la sécurité sociale doit être appréciée.

b) L'évolution des principaux postes de dépenses

En 1998, les dépenses de soins de ville évolueraient, comme en 1997, de + 1,4 %.

Les dépenses d'honoraires médicaux seraient stables (+ 0,1 %) ; en revanche, les dépenses d'honoraires dentaires augmenteraient de façon significative du fait de l'amélioration de la prise en charge de certains actes résultant des dispositions de la convention des chirurgiens-dentistes. Le total des honoraires augmenterait ainsi de 0,4 %.

Les dépenses de prescriptions, qui représentent plus des deux tiers des dépenses de soins de ville, évolueraient de + 1,8 % avec une progression sensible du poste des auxiliaires médicaux, et notamment des actes infirmiers. La consommation d'actes infirmiers, en effet, croît fortement avec l'âge. Les dépenses de médicaments évolueraient de + 1,6 %, de même que celles de transports sanitaires qui retrouveraient ainsi une évolution positive après deux années de baisse (- 1,6 % en 1996 et - 1,4 % en 1997, du fait de la limitation du champ des prises en charge intervenue au début du second semestre 1996). Comme en 1997, les dépenses de biologie diminueraient de 1 %.

Les dépenses réalisées en établissements hors budget global, à champ constant 1( * ) , seraient en diminution de 1,2 % pour le secteur sanitaire et en augmentation de 2,3 % pour le secteur médico-social. Pour ce dernier secteur, les évolutions opposées de + 3,5 % pour les prestations aux personnes âgées (médicalisation des maisons de retraite et forfaits soins à domicile) et de - 2,6 % pour l'enfance inadaptée et les adultes handicapés s'expliquent par des facteurs démographiques.

Les dépenses afférentes au poste " budget global " progresseraient de + 1,7 %, soit un rythme proche de celui de 1996.

3. Les prestations familiales : une diminution des dépenses qui sera encore accentuée par les mesures prévues par le projet de loi de financement de la sécurité sociale

Le poste de dépenses des prestations familiales continue de baisser fortement (- 6,5 % par rapport à 1997) en raison de la diminution rapide du nombre de bénéficiaires qui résulte de la diminution et du vieillissement de la population agricole ainsi que de l'augmentation du célibat dans le milieu agricole.

En outre, estimées à 4 milliards de francs en 1998, ces dépenses ne tiennent pas compte de la mise sous condition de ressources des allocations familiales proposée par le Gouvernement, ni de la réduction du montant de l'AGED.

La mise sous condition de ressources des allocations familiales telle qu'elle est prévue par le projet de loi de financement de la sécurité sociale devrait concerner environ 11.000 familles d'exploitants agricoles et entraîner une diminution des dépenses d'environ 70 millions de francs.

Cette diminution entraînera celle de la contribution de la Caisse nationale des allocations familiales au BAPSA.

Votre commission des Affaires sociales a eu l'occasion, lors de l'examen du projet de loi de financement de la sécurité sociale, d'exprimer son refus des mesures de mise sous condition de ressources des allocations familiales et de réduction de l'allocation de garde d'enfants à domicile. Elle a, en conséquence, supprimé cette mesure, ultérieurement réintroduite par l'Assemblée nationale.

*

Pour conclure cette partie, on notera que le projet de BAPSA pour 1998 prévoit 220 millions de francs au titre des intérêts de découvert de trésorerie , soit un montant inférieur à celui voté en 1997 (330 millions de francs). Les crédits demandés à ce titre en 1998 constituent en fait la reconduction du montant effectivement attendu en 1997, après révision des évaluations " pessimistes " présentées l'an dernier.

Par ailleurs, les crédits d' étalement et de prise en charge de cotisations sont reconduits à hauteur de 110 millions de francs, ce qui paraît justifié au regard de l'évolution du revenu agricole au cours des derniers exercices.

B. LES RECETTES

S'agissant des recettes, il convient de distinguer, à titre principal, les contributions personnelles, les taxes affectées, les versements des autres régimes de sécurité sociale et la subvention d'équilibre.

Les contributions professionnelles devraient subir l'impact encore mal évalué du basculement de la majeure partie des cotisations d'assurance maladie sur la CSG.

1. Les cotisations professionnelles

Celles-ci sont, depuis 1996, calculées intégralement sur les revenus professionnels des exploitants agricoles et évoluent donc comme ces derniers.

S'agissant des cotisations qui ne sont pas concernées par le transfert vers la CSG, c'est-à-dire les cotisations familiales, vieillesse et maladie résiduelles, l'augmentation est d'environ 2 % par rapport au produit des cotisations effectivement attendu en 1997. Cette évolution s'explique principalement par la bonne tenue des revenus agricoles en 1995 et 1996.

A côté des cotisations, la CSG représentera une source de financement de plus en plus importante :

- pour les exploitants en activité, la CSG sera majorée, comme pour les actifs des autres catégories sociales, de 4,1 points ; en contrepartie, le taux des cotisations maladie sera diminué de 5,5 points. Le ministre de l'agriculture a indiqué que le tiers des agriculteurs, c'est-à-dire ceux qui ont les plus faibles revenus (inférieurs à 30.000 francs par an) bénéficieront d'un gain de pouvoir d'achat de 5 % en moyenne (ils seront en effet dispensés de CSG). Pour la plupart des autres agriculteurs, le Gouvernement affirme que la substitution de la CSG aux cotisations serait globalement neutre ;

- pour les retraités agricoles imposables, le taux de la CSG maladie sera de 2,8 % et celui des cotisations maladie baissera du même pourcentage. En revanche, pour les 700.000 retraités les plus modestes, l'exonération de CSG se traduira par un gain de pouvoir d'achat qui, globalement, représentera un accroissement de ressources de 500 millions de francs.

Les effets de ce transfert CSG/cotisations maladie appellent trois remarques principales :

- d'une part, il faut être prudent sur les chiffres transmis par le Gouvernement et les gains de pouvoir d'achat attendus qui ne tiennent pas compte des prélèvements sur l'épargne et le patrimoine, comme l'a bien montré la discussion, au Sénat, du projet de financement de la sécurité sociale ;

- d'autre part, il faut souligner qu'un nombre très important d'agriculteurs, qui bénéficiaient d'un allégement de cotisations sociales, vont perdre cet avantage différentiel tout en devenant redevables de la CSG : il s'agit en particulier des jeunes agriculteurs (30.000 personnes environ), des pluriactifs, des préretraités (25.000 personnes), des veuves ayant acquis l'exploitation de leur ex-conjoint, des retraités agricoles qui bénéficient de prestations maladie d'un autre régime, des conjoints retraités qui bénéficient de la seule retraite forfaitaire, des retraités titulaires de majoration de pension pour enfants ; cette question a été longuement soulignée à l'Assemblée nationale par un des rapporteurs du BAPSA, M. Charles de Courson : le ministre ne lui a pas donné de réponse satisfaisante. Et, si le Sénat a adopté un amendement au cours de la discussion du projet de loi de financement de la sécurité sociale traitant de cas particuliers des jeunes agriculteurs qui s'installent 2( * ) , il a été ensuite supprimé par l'Assemblée nationale ;

- enfin, pour respecter le principe de parité et permettre aux exploitants agricoles de bénéficier du même gain de pouvoir d'achat que les salariés du régime général (+ 1,1 %), la baisse des cotisations maladie aurait dû être, selon les organisations professionnelles, de 6,5 points et non pas de 5,5 points. Il convient donc de relativiser la présentation faite par le ministre de l'agriculture sur l'effort particulier opéré en faveur du monde agricole .

2. Les taxes affectées

Ces taxes resteront pratiquement stables à hauteur de 26,1 milliards de francs. La TVA fournit l'essentiel de ces recettes, soit 24,2 milliards de francs.

Taxes affectées au BAPSA

(en millions de francs)


LFI
1997


1997 révisée


PLF
1998

PLF 1998/LFI 1997 (en %)

PLF 1998/1997 révisé (en %)

Taxes sur les farines

340

415

340

-

- 18,07

Taxes sur les tabacs

432

436

438

1,39

0,46

Taxe sur les corps gras alimentaires

577

613

621

7,63

1,31

Droits sur les alcools

124

118

117

- 5,65

- 0,85

Taxe sur l'assurance automobile

446

389

394

- 11,66

1,29

TVA nette

24.110

23.606

24.216

0,44

2,58

Total

26.029

25.577

26.126

0,37

2,15

3. Les versements des autres régimes de sécurité sociale et du FSV

Ces versements sont regroupés dans le tableau ci-dessous :

Contributions des régimes de sécurité sociale et du FSV au BAPSA

(en millions de francs)


LFI
1997


1997 (prévisions)


PLF
1998

PLF 1998/LFI 1997 (en %)

PLF 1998/1997 prévisions (en %)

Compensation démographique

32.094

32.606

32.467

1,16

- 0,43

Contribution de la CNAF

1.847

1.823

1.565

- 15,27

- 14,15

Versements du FSV

3.580

3.509

3.266

- 8,77

- 6,93

Total

37.251

37.938

37.298

- 0,59

- 1,69

La compensation démographique

Le montant inscrit dans le projet de loi de finances pour 1998, soit 32.467 millions de francs, est en légère progression par rapport à celui de la loi de finances initiale pour 1997, mais en léger retrait sur les prévisions révisées pour cet exercice.

La contribution de la Caisse nationale des allocations familiales

Compte tenu de l'intégration financière de la branche famille, la CNAF verse au BAPSA une contribution couvrant la différence entre les cotisations familiales des exploitants et les prestations familiales dont ils bénéficient (hors bourses et allocations aux adultes handicapés). Le déclin rapide et continu de cette contribution depuis 1995 s'explique donc tout à la fois par la bonne tenue des cotisations, corrélées à l'évolution du revenu agricole, et la diminution des prestations versées, du fait de la baisse des effectifs de bénéficiaires.

Les versements du Fonds de solidarité vieillesse

Le Fonds de solidarité vieillesse verse au régime agricole, comme aux autres régimes de sécurité sociale, des sommes correspondant aux prestations de vieillesse " non contributives " à leur charge. S'agissant du BAPSA, il s'agit principalement de couvrir les dépenses résultant du minimum vieillesse et des majorations de pensions pour enfants.

Le financement des majorations pour enfants du régime agricole par le FSV, qui représente 2.048 millions de francs, n'est pas pris en compte dans le budget annexe ; dans ces conditions, les 3.266 millions de francs proposés pour 1998 correspondent essentiellement au financement du minimum vieillesse pour les exploitants agricoles, dont les dépenses atteindraient 3.216 millions de francs en 1998.

La poursuite du recul rapide des dépenses liées au minimum vieillesse s'explique principalement par l'amélioration des retraites agricoles qui résulte, d'une part du renouvellement des générations de retraités agricoles, les " jeunes " retraités ayant en principe acquis plus de points de retraite que leurs aînés, et d'autre part des importantes mesures de revalorisation prises par le précédent Gouvernement.

4. La subvention d'équilibre de l'Etat

Cette subvention, qui a pour objet d'assurer " le bouclage " final du financement du BAPSA s'élèvera à 7,3 milliards de francs en 1998 contre 7,2 milliards de francs en 1997, soit une progression de 1,1 %.

Il convient de souligner à cet égard que  le budget général contribue également au BAPSA avec le remboursement de certaines prestations gérées par la MSA et correspondant à des " minima sociaux " ", tels que l'allocation aux adultes handicapés et les prestations du fonds spécial d'invalidité. Mais leur montant décroît fortement depuis plusieurs années. Les dépenses correspondant à ces deux dernières prestations respectivement diminueraient ainsi respectivement de 9,7 % et de 12,2 % en 1998.

IV. LES ENJEUX DE LA PROTECTION SOCIALE AGRICOLE EN 1998

Au-delà de la présentation financière du projet de BAPSA pour 1998, il convient d'évoquer trois dossiers qui vont déterminer l'évolution de la protection sociale agricole. Il s'agit de la revalorisation des retraites agricoles, de la restructuration de la Caisse centrale de la mutualité sociale agricole et, enfin, de l'avenir des contrats dits COREVA.

A. LA REVALORISATION DES PETITES RETRAITES

Lors de l'examen du BAPSA par l'Assemblée nationale, le ministre de l'Agriculture a annoncé une mesure exceptionnelle de revalorisation des petites retraites

1. Un nouveau dispositif de revalorisation

Les personnes dont la retraite a pris effet avant le 1er janvier 1998 bénéficieront d'une majoration de leur retraite forfaitaire, sous réserve de justifier de certaines conditions relatives notamment à leur durée de cotisations. Cette mesure vise particulièrement les anciens aides familiaux, les conjoints d'exploitants et ceux qui ont accompli une carrière mixte. Concrètement, un retraité ayant travaillé 37,5 ans et qui aurait perçu, en 1998, 18.650 francs de pension annuelle recevra 23.750 francs dès l'an prochain (+ 5.100 francs). Cette mesure devrait concerner 300.000 personnes et son coût est évalué à 760 millions de francs, mais 680 millions de francs nets si l'on tient compte des économies induites pour le FSV.

Il s'agit d'une amélioration très significative qui s'inspire, de surcroît, des conclusions présentées dans le cadre du rapport élaboré par le député Daniel Garrigue en 1996. Son financement est couvert par un accroissement de 500 millions de francs de la subvention d'équilibre au BAPSA et 180 millions de francs provenant d'un ajustement de la dotation globale hospitalière. Il s'agit d'un résultat incontestablement important et concret dans un contexte budgétaire pourtant très difficile.

2. Les interrogations de votre commission

Si elle se félicite de la mesure annoncée par le ministre de l'agriculture, votre commission émet néanmoins plusieurs réserves.

D'abord, elle aurait préféré que cette mesure figure dès l'origine dans le projet de BAPSA et n'apparaisse pas à la dernière minute, tel " un joker " dans la discussion budgétaire. Cette annonce tardive ne fait qu'accentuer le caractère lacunaire, voire " surréaliste " du projet de budget soumis à l'examen de la représentation nationale. Votre commission souhaite que la sincérité des comptes qui sont ainsi présentés au Parlement soit à l'avenir davantage recherchée.

Ensuite, l'amélioration des retraites agricoles constitue une préoccupation constante des gouvernements qui se sont succédé depuis plusieurs années. La mesure annoncée récemment ne doit donc pas faire oublier, en particulier, la revalorisation intervenue dans le cadre de la loi de finances pour 1997 en faveur des plus petites retraites. Celle-ci consistait à relever progressivement sur trois ans (de 1997 à 1999) la pension minimale des chefs d'exploitation partant à la retraite à compter du 1 er janvier 1997 et justifiant d'une carrière complète tous régimes confondus et d'une durée minimale d'activité en tant que chefs d'exploitation, à relever sur la même période la pension minimale des chefs d'exploitation partis à la retraite avant le 1 er janvier 1997 par l'attribution de points gratuits et enfin de majorer les retraites forfaitaires pour les retraités justifiant d'au moins 32,5 années d'activité non salariée agricole, exercée à titre exclusif ou principal.

- Enfin, le coût de la mesure annoncée par M. Louis Le Pensec, soit 700 millions de francs, est couvert en partie seulement par la majoration des crédits de la subvention d'équilibre de 500 millions de francs. Il est donc permis de s'interroger sur les ajustements qui seront rendus nécessaires : il serait, en effet, regrettable que ceux-ci s'opèrent au détriment de la couverture maladie des exploitants agricoles.

B. LE FONCTIONNEMENT DE LA CAISSE CENTRALE DE LA MUTUALITÉ SOCIALE AGRICOLE

L'an dernier, votre rapporteur avait rendu compte des critiques sévères de la Cour des Comptes à l'égard du fonctionnement interne de la Caisse centrale de la Mutualité sociale agricole.

La " crise " actuelle de la Caisse centrale doit être l'occasion d'un nouveau départ pour une institution : celle-ci doit à la fois améliorer les contrôles internes sur sa gestion et s'adapter aux réformes concernant l'ensemble de la sécurité sociale initiées depuis 1996.

1. Les observations du dernier rapport de la Cour des Comptes sur les contrôles

Ces observations complètent celles présentées en 1997. Elles indiquent que :

- L'organisation interne des caisses est variable ; parfois, les services de contrôle ont disparu en tant que tels, une sectorisation géographique ayant été substituée à l'organisation par fonction. La Cour observe que cette sectorisation " peut, à terme, nuire à l'indépendance, à l'objectivité et à l'impartialité des contrôles si une rotation géographique des agents n'est pas organisée. Pour prévenir ce risque, une des caisses contrôlées provoque une rotation quinquennale des affectations territoriales. Cet exemple pourrait être généralisé ".

- De même, la Cour relève qu'il existe souvent une certaine confusion des missions des agents chargés du contrôle : leur " activité va au-delà, jusqu'au conseil en protection sociale et à l'assistance notamment pour l'association " Présence verte " et au démarchage, au profit du régime complémentaire COREVA essentiellement. Les contrôleurs assurent même des tâches de recouvrement, d'animation, d'enquêtes et de statistiques pour la Caisse centrale. La multiplication des missions assignées aux agents assermentés ne peut qu'entraîner une confusion préjudiciable au bon exercice du contrôle tant les activités de conseil ou de démarchage. ".

- La formation des contrôleurs serait également défaillante : " les contrôleurs des caisses de MSA sont presque exclusivement recrutés au sein des caisses sur la base d'une expérience d'environ dix ans et de leurs compétences professionnelles. La plupart était déjà en poste au moment de la parution des textes de 1992 organisant une formation initiale des contrôleurs ; ils n'ont donc bénéficié à ce titre que d'une formation restreinte organisée localement. ".

- Il n'y aurait pas de véritable politique de contrôle : " à l'exception de deux caisses, il ressort de l'enquête que les organismes de base vus par les CODEC n'ont pas de politique de contrôle : objectifs purement quantitatifs, partiels et imprécis ; absence de programme annuel de contrôle ; critères d'évaluation inexistants ou bien disparates et frustes (nombre de sorties indemnisées, d'enquêtes, d'adhérents visités, de kilomètres parcourus) (...). Les résultats de chacun des contrôles (...) ne sont chiffrés que de façon très imprécise. En conséquence, peu de caisses sont en mesure d'élaborer un compte rendu de leur activité de contrôle ".

- Enfin, les contrôles effectués seraient peu efficaces : la lutte contre le travail illégal ne serait pas une priorité retenue par les caisses ; les redressements et pénalités seraient faibles et la transmission des affaires pénalement sanctionnables au Parquet inexistante ; le recours aux services fiscaux pour vérifier la concordance des revenus fiscaux et de l'assiette sociale des exploitants (art. L. 155 et L. 161 du livre des procédures fiscales) serait également rare.

2. Les mesures engagées pour apurer la situation constatée depuis 1997

Suite au précédent rapport de la Cour des Comptes qui faisait apparaître de graves irrégularités dans la gestion de la Caisse centrale de la Mutualité sociale agricole, un arrêté du 7 juillet 1997 a prononcé la suspension du conseil d'administration et a procédé à la nomination d'un administrateur provisoire : M. Christian Babusiaux. Celui-ci a été chargé d'établir un bilan complet de la situation de la Caisse centrale et de prendre ou de proposer, selon les cas, des mesures de redressement.

Par ailleurs, un nouveau directeur général, M. Daniel Lenoir, issu de l'Inspection générale des affaires sociales, a été nommé. Les membres du conseil d'administration de la caisse centrale ayant fait part de leur intention de démissionner, un nouveau conseil d'administration a été élu lors de la dernière assemblée générale.

Enfin, pour éviter le renouvellement des irrégularités qui se sont produites dans le passé, le ministre a annoncé, lors de son audition devant votre commission, que des aménagements seront apportés prochainement concernant les contrôles sur la Caisse centrale et sur les organismes auxquels elle participe.

Ces dispositions s'appuient sur les conclusions qui seront présentées par l'administrateur provisoire.

Votre commission se félicite de ces initiatives qui lui paraissent nécessaires afin d'éviter que les irrégularités de la Caisse centrale ne jettent le discrédit sur l'ensemble des caisses de mutualité sociale agricole, leurs administrateurs et leurs cadres qui gèrent avec beaucoup de dévouement et de compétence ce régime spécifique de sécurité sociale.

C. LES CONTRATS COREVA

Après un bref rappel de l'origine du contentieux concernant ces contrats, on précisera l'évolution de ce dossier.

1. Le contentieux

Le Conseil d'Etat a, par un arrêt du 8 novembre 1996, annulé la majeure partie du décret n° 90-1051 du 26 novembre 1990 relatif au régime complémentaire facultatif d'assurance vieillesse des personnes non salariées agricoles, dénommé COREVA. Le Conseil d'Etat a suivi l'arrêt de la Cour de Justice des Communautés Européennes qu'il avait saisie d'une question préjudicielle et a jugé que la réservation à la Mutualité sociale agricole de l'exclusivité de la gestion de ce régime complémentaire bénéficiant seul, en vertu du III de l'article 42 de la loi n° 88-1202 du 30 décembre 1988, de la déductibilité fiscale des cotisations versées, était contraire aux dispositions du Traité de Rome relatives à la libre concurrence.

Au-delà du décret incriminé, l'arrêt du Conseil d'Etat oblige à revoir les dispositions législatives dont il fixait les conditions d'application, qui étaient elles-mêmes incompatibles avec les dispositions du Traité.

Le Gouvernement avait annoncé qu'un projet de disposition législative serait déposé au Parlement lors de la présente session afin d'ouvrir la retraite complémentaire des non salariés agricoles à une pluralité d'assureurs, dans le cadre de contrats de groupe.

Les organismes d'assurance pratiquant la retraite par capitalisation devaient pouvoir proposer aux agriculteurs des contrats pour leur retraite complémentaire. Les exploitants, y compris naturellement ceux qui adhéraient à " COREVA ", devaient bénéficier du libre choix de leur assureur, tout en conservant leurs droits acquis et en continuant à bénéficier des mêmes avantages fiscaux et sociaux.

En effet, l'arrêt du Conseil d'Etat n'ayant pas remis en cause la déductibilité fiscale et sociale des cotisations versées à COREVA, il est proposé de maintenir cette déductibilité dans des conditions identiques pour les cotisations de retraite complémentaire que les agriculteurs verseront au titre des contrats souscrits auprès de l'assureur de leur choix.

2. Le dispositif proposé

Un dispositif a été introduit dans le projet de loi d'orientation sur la pêche maritime. Ce dispositif prévoit le maintien intégral des droits acquis pour les anciens souscripteurs (environ 110.000 personnes) et la mise en place d'un nouveau système permettant aux agriculteurs de souscrire, pour leur retraite complémentaire, dans le cadre de contrats de groupe, un contrat auprès de l'assureur de leur choix. Ils bénéficieront des mêmes déductions fiscales et sociales que dans le système " COREVA " ; pour assurer la continuité, une procédure de transfert de portefeuilles du système COREVA à un ou plusieurs assureurs qui auront l'obligation de respecter le niveau des droits acquis dans l'ancien régime.

Le texte proposé par le Gouvernement insiste sur la préservation des droits acquis et dispose que : " "le niveau de la rente viagère différée ou immédiate garantie par l'entreprise d'assurance, ne peut être inférieur à celui qui était garanti ou servi au 31 décembre 1996... selon le régime COREVA ".

Par ailleurs, dans l'attente de l'adoption de ces dispositions, les personnes qui bénéficiaient déjà d'un complément de retraite au titre de " COREVA " ont continué à bénéficier du versement de leurs prestations. Le Gouvernement s'est engagé à leur assurer le même complément de retraite dans le nouveau dispositif.

Ce dispositif a été largement négocié avec les organismes professionnels et la MSA et devrait être opérationnel dès le début de l'année prochaine, ce dont votre commission ne peut que se réjouir.

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En conclusion, on constate ainsi sur différents dossiers des évolutions qui rencontrent les préoccupations des exploitants agricoles, par ailleurs inquiets quant aux perspectives de la politique agricole commune. La mesure concernant les petites retraites était très attendue par la profession et cet effort particulier, proposé dans un contexte budgétaire délicat, mérite d'être souligné.

En revanche, l'impact des mesures contenues dans le projet de loi de financement de la sécurité sociale, sur le projet de BAPSA pour 1998, apparaît critiquable s'agissant notamment des atteintes portées à la politique familiale et de la situation des jeunes agriculteurs au regard de la contribution sociale généralisée. Sur ces deux points, le Sénat avait souhaité apporter les correctifs nécessaires. Force est de constater qu'il n'a pas été suivi ni par le Gouvernement ni par la majorité de l'Assemblée nationale.

Aussi, votre commission vous propose d'émettre un avis de sagesse sur les crédits du BAPSA pour 1998.



1 En application de l'ordonnance n° 96/346 du 24 avril 1996 portant réforme de l'hospitalisation publique et privée, 325 établissements sanitaires dont le prix de journée était auparavant fixé de manière administrative devraient passer sous dotation globale à compter du 1 er janvier 1998.

2 Article 3 bis A du projet de loi de financement de la sécurité sociale pour 1998 modifié par le Sénat (TA n° 34)

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