PRINCIPALES PRISES DE POSITION
DE LA COMMISSION
D'ENQUÊTE
Des principes forts et un refus des idées
préconçues
-
· Bien que l'on découvre sans cesse de nouvelles
ressources fossiles, et qu'on améliore leur extraction, celles-ci
ne sont pas infinies. La conjonction d'une explosion de la demande des nations
en développement (notamment en Asie) et de la forte concentration de ces
ressources dans un petit nombre de pays, fait peser une menace
géo-politique à la fois sur leur accès et sur leur
prix.
· C'est pourquoi l'indépendance
énergétique doit rester une priorité. Elle
nécessite une politique nationale exprimée par une loi
d'orientation et une programmation à long terme relatives
à la nature des énergies et à leurs moyens de production.
· L'inéluctable ouverture du marché
énergétique à la concurrence doit être
encouragée : elle permettra de diversifier les sources
d'approvisionnement et de réduire les prix, ce dont nos entreprises ont
besoin pour rester compétitives.
Dans le cadre général défini et
contrôlé par l'Etat, éviter de concéder au court
terme, au risque de compromettre le long terme
· Pour répondre au défi environnemental et assurer
un développement durable, la politique de maîtrise et
d'économies d'énergie doit redevenir une priorité.
Nous devons donc encourager les technologies propres et développer
les énergies renouvelables là où elles sont rentables
ou peuvent le devenir.
Mais n'entretenons pas d'illusions chez nos concitoyens : les
énergies renouvelables ne représenteront, dans un avenir visible,
qu'une part très limitée de notre bilan
énergétique.
· Il nous faut prendre les mesures fiscales nécessaires au
maintien d'une industrie du raffinage compétitive et d'aller vers
un alignement des taxes applicables respectivement au gazole et aux
supercarburants.
Le temps de l'opacité est révolu en ce qui
concerne les choix énergétiques et leur maîtrise
· Un débat sur la politique énergétique
est indispensable. 72 % des Français le réclament, selon un
sondage SOFRES. Le Parlement aura impérativement à y prendre une
part centrale.
La transparence et le dialogue doivent devenir des priorités.
Instaurons une culture de l'évaluation et de la gestion des risques,
fondée sur l'impartialité et la raison, en :
- informant mieux les Français sur l'ensemble des risques et
incidents concernant toutes les sources d'énergie ainsi que les autres
industries, chimiques notamment, afin d'éviter que ne soient
distillées des informations partielles, voire partiales ;
- créant un organisme chargé de recueillir des
données contradictoires en ce domaine et de remettre un rapport
annuel au Gouvernement et au Parlement ;
- demandant au ministère de la santé davantage de
vigilance de transparence et d'information en matière de
radioactivité médicale.
· Ceci implique que la confiance des Français dans leurs
instances de sûreté nucléaire soit restaurée.
Trois mesures sont à prendre en ce sens :
- organiser un contrôle de sûreté et de
radioprotection, en mettant fin à son éclatement entre
différents organismes et en assurant son indépendance ;
- réexaminer la sûreté sur l'ensemble de la
filière nucléaire et en particulier sur la chaîne du
transport de matières radioactives ;
- étendre le champ d'application de l'échelle
internationale des événements nucléaires (échelle
INES, qui va de 1 à 7) au transport des matières radioactives.
· L'adhésion des Français aux choix
énergétiques conformes à l'intérêt
collectif est à ce prix. Une telle adhésion les amènera
naturellement à participer plus activement à la politique
d'économies d'énergie et à peser sur une meilleure
intégration du facteur énergétique dans la décision
publique (urbanisation, politique d'infrastructures et des transports, etc).
La politique énergétique doit mieux prendre en
compte le développement local
La décentralisation favorise la recherche de la meilleure utilisation
des énergies primaires et permet de susciter des opportunités,
tant par la mise en oeuvre de nouvelles technologies que par le
développement des énergies renouvelables. Il importe de
confirmer et de renforcer les compétences des collectivités
locales et les missions de service public qui leur incombent dans le
domaine énergétique.
Le recours à l'énergie nucléaire est
incontournable
Ceci est vrai en France comme ailleurs sur la planète, car c'est une
énergie qui ne produit pas de gaz à effet de serre et qui permet
d'assurer l'indépendance énergétique.
· Dans l'immédiat, il faut donc que soit
améliorée la gestion de l'aval du cycle. Il convient,
à cet effet, de :
- conforter le choix du retraitement des combustibles usés,
qui permet de diviser par quatre le volume des déchets ultimes
à stocker et par dix leur radiotoxicité ;
- lutter contre la remise en cause insidieuse de cette
filière au travers des attaques répétées, notamment
contre le site de La Hague ;
- revenir sur la décision de fermeture de Superphénix,
grave erreur qui ne garantira pas la poursuite des nécessaires
recherches sur la transmutation (pour éliminer des actinides) et
remet en cause l'avenir de la filière des réacteurs à
neutrons rapides ;
- autoriser rapidement l'implantation et l'exploitation d'au moins deux
laboratoires souterrains, pour étudier le stockage des
déchets ultimes en zone géologique profonde, en maintenant
ouverte l'option de la réversibilité ;
- poursuivre les recherches concernant l'entreposage de longue
durée en surface.
· Forts de ces constats, il nous faut par ailleurs préparer
sans tarder le renouvellement de notre parc nucléaire, dans des
conditions de sûreté maximale :
- en construisant au plus tôt un prototype
du réacteur
franco-allemand EPR (European Pressurized Reactor) et en proposant un site
pour l'accueillir ;
- en lançant un démonstrateur expérimental permettant
de valider les idées et les propositions relatives à la
technologie des
réacteurs hybrides ;
- en poursuivant activement les programmes de recherche, engagés
dans le cadre européen, dans le domaine de la
fusion
nucléaire.
Transposer avec lucidité et réalisme les directives
européennes " électricité " et " gaz
naturel " en droit français
6-1 L'électricité
Dans un contexte de concurrence effective et loyale,
EDF doit se mobiliser
et être mise " sous tension ".
Dans cet esprit,
la commission d'enquête s'est prononcée
pour :
- une
loi d'orientation énergétique quinquennale
intégrant une planification à long terme ;
-
une autorité administrative indépendante des
opérateurs et de l'administration chargée d'assurer la
régulation technique et le contrôle du respect des règles
du jeu, sur le mode de l'autorité de régulation des
télécommunications (ART) ;
- l'appartenance à titre exceptionnel des
régies de
distribution à la catégorie des clients pouvant choisir leur
fournisseur (i.e. dits "
éligibles ") sans pour autant
que cela n'entraîne une hausse du seuil d'ouverture du marché
à la concurrence ;
- le maintien du caractère intégré d'EDF, mais une
séparation comptable aux résultats incontestables ;
-
l'application de la procédure de l'autorisation pour le
lancement de nouveaux moyens de production
à l'ensemble des
opérateurs, y compris EDF,
et le recours à la
procédure d'appels d'offres en cas de carence de l'initiative des
producteurs (pour développer les énergies renouvelables, par
exemple).
La commission d'enquête propose également :
- de lever l'obligation d'achat par EDF de
l'électricité
lorsque les technologies concernées
(cogénération, énergies renouvelables) deviennent
performantes et compétitives ;
- d'
élargir le principe de spécialité
d'EDF ;
- de conserver le caractère public de l'établissement, mais
en revoir les modes de gestion et de contrôle et le faire
entrer dans
une logique de gouvernement d'entreprise ;
- d'
envisager sa transformation en société anonyme
à capitaux publics ;
- de
rechercher les moyens permettant de préserver le statut des
personnels :
. de
résoudre le problème du poids croissant des
charges de retraites (50 % de la masse salariale aujourd'hui,
100 % en 2020, contre moins de 25 % pour les concurrents
privés !) ;
. d'évaluer les conséquences de l'extension de ce statut
à l'ensemble des acteurs du secteur ;
- de ne plus imposer des obligations incohérentes aux
opérateurs publics. L'embauche par Charbonnages de France de
10 000 mineurs, entre 1981 et 1984, compte tenu des charges de
retraite futures dans un contexte d'arrêt anticipé - et
prévisible à l'époque - de l'activité
minière,
coûtera des dizaines de milliards de francs
à l'exploitant, en 2005, et donc à l'Etat.
6-2 Le gaz
- les principes qui sous-tendent les propositions de la commission pour
la
transposition de la directive " électricité "
valent également pour la directive " gaz naturel ", en tenant
cependant compte des spécificités du secteur ;
- il convient de réviser, sous certaines conditions, les
modalités de la
desserte des communes en gaz ;
- Gaz de France pourrait être transformé en une
société anonyme dont le capital pourrait être
partiellement ouvert.