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11 décembre 1997 : Les images de synthèse et le monde virtuel : techniques et enjeux de société ( rapport de l'opecst )

 


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B. LES UTILISATIONS COMMERCIALES ET LES LOISIRS

Parmi les utilisations commerciales et de loisirs, deux viennent immédiatement à l'esprit : le cinéma, et d'une façon générale les métiers de l'image, et les jeux. Mais il existe aussi des utilisations plus nouvelles et certainement prometteuses : le sport et la publicité.

1. L'image de synthèse et les métiers de l'image

Les images de synthèse sont avant tout des images, et intéressent par conséquent, en premier lieu, les métiers de l'image. Les ressources mathématiques sont devenues de puissants instruments pour générer des images avec un degré de perfection extraordinaire. La qualité de l'image dépend seulement du nombre de pixels et du nombre de calculs sur chacun. De surcroît, l'image numérique est indéfiniment remodelable. Qualité et possibilités d'animation ont conduit au développement inévitable des images de synthèse au cinéma et dans les autres métiers liés aux images. Cette utilisation porte un nom : les effets spéciaux.

a) Les effets spéciaux

"Repoussant les limites de l'illusion ou les plaisirs du visible, à volonté hilarants ou terrifiants, indécelables ou ravageurs"16(*), telles sont les caractéristiques des effets spéciaux, désormais totalement intégrés dans la réalisation des films. Le marché est d'ailleurs exponentiel avec des taux de croissance à trois chiffres depuis quelques années.

On distingue deux types d'effets spéciaux : les effets visibles et les effets invisibles.

 Les effets visibles. Les effets visibles sont appelés ainsi non parce qu'ils sont sommaires ou maladroits - bien au contraire, ils atteignent une perfection technique ahurissante -, mais parce qu'ils sont revendiqués expressément comme des effets spéciaux et qu'ils répondent au talent des créateurs. Depuis La lune de Méliès, les réalisateurs ont toujours souhaité réaliser ce qu'on appelait encore, il y a quelques années, des trucages ,qui sont, aujourd'hui, réalisés par les effets spéciaux.

L'effet spécial visible utilise principalement deux caractéristiques : la possibilité de création, sans limite, d'images de synthèse parfaitement mêlées aux images réelles, et la possibilité d'animer, de déformer les images, notamment les images de visages (procédé dit du "morphing"). Les effets sont toujours spectaculaires.

Le potentiel paraît infini, et n'a pour principale limite que l'imagination du réalisateur et de l'infographiste. Tout est une question de calculs, donc de coût. Il paraît inutile de développer longuement ce point ; il suffit de rappeler que, depuis le succès de la trilogie La guerre des étoiles en 1977, qui a marqué le lancement des effets spéciaux de grande envergure, le marché a véritablement explosé, tant pour les films qui se rattachent à la tradition des films dits - jadis - de "science fiction" (Independance Day) ou des "films catastrophe" (Twister17(*)), que pour les films où apparaissent des "créatures" venues d'ailleurs...

Cette explosion du marché a fait émerger de véritables vedettes, moins connues du grand public, mais plus recherchées par les professionnels et (presque) aussi bien payées que les acteurs18(*). Les grandes sociétés américaines ne pouvant satisfaire la demande, une partie des effets spéciaux est sous-traitée en Europe, notamment en France, où la qualité des artistes (concepteurs) infographistes est reconnue19(*).

 Les effets invisibles. Les effets dits invisibles s'apparentent à la retouche d'images, ne se revendiquent pas comme effets, doivent être discrets et indécelables, et ont pour but d'apporter une solution technique à moindre coût, pour améliorer un plan, une séquence.

Les applications sont extrêmement nombreuses. Ce peut être le gommage de détails (suppression du filin auquel était suspendu le héros dans la scène de rêve du 8e jour), la multiplication de personnages ou d'animaux (face à face des troupes anglaises et écossaises dans le film Brave Heart, foules dans Beaumarchais, nuées de corbeaux dans Le hussard sur le toit), la recolorisation (plans tournés au printemps, prenant, après traitement, les couleurs de l'automne), le changement ou la reconstitution complète de décors (château du Roi des Aulnes), la modification des mouvements (mouvement des lèvres des animaux de la ferme dans Babe), l'"habillage" d'un objet en changeant sa texture (une sphère peut devenir la terre, une bille, une orange...), la juxtaposition d'images (deux plans sont tournés à deux moments différents, puis mêlés : cf. Alain Chabat dans Didier tourné dans un stade vide, puis le stade est filmé plein lors d'une rencontre sportive, les deux images sont ensuite juxtaposées). Le procédé le plus commun est l'incrustation, dans un plan, d'images réelles ou de synthèse20(*)... Les effets possibles sont certainement infinis.

Les quelques exemples donnés ci-dessus permettent de voir que le numérique est un remarquable outil de création à la disposition du réalisateur puisqu'il permet de s'affranchir des contraintes d'espace et de temps (rencontres de personnages qui ont vécu à deux époques différentes : cfForrest Gump où l'acteur antihéros rencontre plusieurs présidents américains successifs, dont Kennedy, décédé 30 ans auparavant...). L'image peut s'appliquer dans n'importe quel décor, du gigantisme au minuscule : le détourage de la fumée d'une allumette tournée sur fond bleu peut parfaitement être utilisé pour l'explosion d'un missile ou d'une navette spatiale... C'est cette caractéristique qui permet de faire abstraction de toutes les contraintes physiques, réelles, qui est pleinement utilisée dans cette catégorie d'effets spéciaux.

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