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Proposition de résolution relative à la création d'une commission d'enquête sur les conditions d'utilisation des farines animales : Les conditions d'utilisation des farines animales dans l'alimentation des animaux d'élevage et les conséquences qui en résultent pour la santé des consommateurs. Tome 1, rapport

 

B. L'ENCÉPHALOPATHIE SPONGIFORME BOVINE : UNE MALADIE ANIMALE D'ORIGINE ANGLAISE 

1. Une nouvelle maladie animale : l'encéphalopathie spongiforme bovine

a) Des symptômes cliniques tardifs et peu lisibles

Observée pour la première fois au Royaume-Uni en 1985-86, l'encéphalopathie spongiforme bovine atteint des bovins adultes âgés de 3 à 7 ans24(*), avec un pic vers 4-5 ans.

Les signes cliniques interviennent à la fin de la maladie et précèdent de quelques semaines (4 semaines à 6 mois) la mort certaine du bovin.

Les principaux symptômes sont constitués par des troubles du comportement (anxiété - agressivité - peur), une hypersensibilité (bruit - éblouissement - toucher) et des troubles locomoteurs (ataxie - ébriété).

La vache est apyrétique : aucune fièvre n'est détectée.

Les troubles du comportement vont alerter l'éleveur ; la vache est d'abord craintive, nerveuse, refuse d'entrer dans une salle de traite, décoche des coups de pied, reste à l'écart du troupeau, gratte le sol et grince des dents.

La démarche devient ensuite hésitante : les chutes se répètent jusqu'au moment où l'animal ne peut plus se relever, alors que tous les autres troubles ont disparu (stade terminal). Autant d'images diffusées en « boucle » par les télévisions...

Comme l'a très justement rappelé M. Georges Gruillot, membre de la commission d'enquête et ancien vétérinaire, les troubles nerveux chez les bovins sont fréquents. Les tétanies d'herbage, par exemple, sont connues de tous les éleveurs. Comme l'explique le vétérinaire Pierre Lavie25(*) : « j'entends encore notre professeur de maladies contagieuses nous rappeler : «  tout est rage et rien n'est rage ! » ». C'est dire qu'une vache peut très bien présenter l'ensemble des symptômes décrits ci-dessus, sans être atteinte d'ESB, et que le diagnostic est loin d'être évident.

Les symptômes de l'ESB : témoignage d'un vétérinaire coordonnateur

Un vétérinaire coordonnateur est appelé le 5 octobre 2000 à se prononcer sur le cas d'une vache qui ne peut plus se relever depuis trois jours...

L'éleveur avait noté les faits suivants:

- 5 mois auparavant, alors que l'éleveur avait fait procéder à un parage systématique des pieds de ses bovins, il avait été impossible de faire entrer l'animal dans la cage de contention, il semblait effrayé (sur le moment l'éleveur avait pensé que l'animal avait peur de la cage...) ;

- durant les 5 mois qui ont suivi, il arrivait à la vache d'avoir un comportement anormal (que l'éleveur a mis sur le compte de la peur) comme par exemple le refus de franchir une marche ou d'avancer alors qu'un obstacle au sol se trouvait sur son chemin ;

- 2 ou 3 mois avant ma visite, il avait constaté également qu'il arrivait à la vache de « marcher comme un cheval ».... ;

- 8 à 10 jours avant ma visite, la vache a fait des chutes brutales sur le sol ;

- 8 à 10 jours avant ma visite, la femme de l'éleveur avait remarqué que la vache ne supportait pas d'être « caressée » : elle réagissait violemment à toute stimulation ;

Tous ces symptômes (certes très évocateurs pour moi) avaient été mis sur le compte du fait que l'animal était « peureux ».

Et pourtant....(troubles du comportement, troubles de l'équilibre, modification de la sensibilité...), tous les signes d'une Encéphalopathie Spongiforme étaient présents avant le 5 octobre 2000. Le simple examen de cette « vache couchée » sans faire appel à la mémoire de l'éleveur ne permettait pas de porter un diagnostic de suspicion car les troubles locomoteurs, les modifications de la sensibilité et les troubles du comportement avaient « disparu » en fin d'évolution.

extrait de "Historique détaillé du cas n°1 de Haute-Loire", par Pierre Lavie, cf. http://perso.infonie.fr/vetolavie/bse/details/cashl/cashl1.htm

Un fonctionnement satisfaisant du réseau d'épidémio-surveillance nécessite donc une bonne information des éleveurs et des services vétérinaires sur la maladie et ses symptômes.

Pour ces raisons, des cas ont pu passer inaperçu dans les pays atteints par l'ESB, alors même que des animaux avaient développé lesdits symptômes ; de même, des pays qui en étaient officiellement exempts, peu familiarisés par définition avec l'ESB, ont affirmé -peut-être de toute bonne foi- ne pas « diagnostiquer » des cas.

Comme l'a mentionné M. Régis Leseur, vice-président du conseil général vétérinaire, devant la commission d'enquête : « C'est une maladie inconnue dont les premiers prodromes peuvent être constatés par l'agriculteur, et la tentation naturelle d'un agriculteur est de se débarrasser d'un animal dont il soupçonne qu'il n'ira pas au bout de sa vie que ce soit en tant qu'animal à viande ou de sa vie économique. Ce n'est pas porter injure à qui que ce soit ».

Même dans les pays où le réseau fonctionne de manière satisfaisante, dans la mesure où il ne détecte les animaux qu'en phase terminale, des animaux atteints de l'ESB, mais n'ayant pas encore eu le temps de développer les symptômes, ne sont pas comptabilisés dans les cas recensés.

* 24 Des cas extrêmes ont été constatés au Royaume-Uni : deux ans et demi pour les vaches les plus jeunes, 15 ans pour les plus âgées.

* 25 Vétérinaire coordonnateur en Haute-Loire et auteur d'un remarquable site personnel Internet sur l'ESB : http://perso.infonie.fr/vetolavie/bse.htm