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Proposition de résolution relative à la création d'une commission d'enquête sur les conditions d'utilisation des farines animales : Les conditions d'utilisation des farines animales dans l'alimentation des animaux d'élevage et les conséquences qui en résultent pour la santé des consommateurs. Tome 1, rapport

 

2. Les difficultés des éleveurs

a) L'abattage reporté des femelles et l'exportation suspendue des jeunes bovins

De la mi-octobre à la fin de l'année 2000, soit avant la mise en place du dépistage systématique des bovins de plus de trente mois, la période a été particulièrement douloureuse pour les éleveurs : au début 2001, quelque 125.000 femelles, 70.000 jeunes bovins et 20.000 mâles étaient, en effet, retenus sur les exploitations, faute de pouvoir être envoyés à l'abattage. Le report d'abattage sur l'année 2001 qui en est résulté est estimé à 6 % de la production annuelle pour 2000, soit 60.000 tonnes.

Le maintien d'animaux dans les exploitations concerne désormais surtout la catégorie des jeunes bovins, traditionnellement destinés au marché du sud de l'Europe, comme l'a souligné M. Eugène Schaeffer, premier vice-président de la FNSEA devant la commission : « Les jeunes bovins qui sont les mâles de nos races à viande étaient exportés pratiquement sur les pays de l'Union à 80 %. Compte tenu que les frontières sont totalement fermées et que les Français n'en mangent pratiquement pas car ils consomment à 80 % des viandes femelles, ces animaux s'entassent dans les étables et posent un sérieux problème ».

Malgré les mesures de soutien du marché et les plans d'aides nationaux, les pertes restent importantes pour les éleveurs, en particulier ceux dont les exploitations sont très spécialisées.

En outre, il convient de tenir compte de la détresse causée aux éleveurs par cette nouvelle crise de l'ESB. Les éleveurs souffrent fortement du discrédit jeté sur la filière bovine, alors qu'ils ont le sentiment d'avoir oeuvré à la satisfaction des besoins alimentaires de la société, en vertu d'un mandat implicite qui leur avait été confié dans les années d'après guerre.

M. Jean-Luc Duval, président du Centre national des jeunes agriculteurs, a témoigné du désarroi ressenti par les éleveurs : « Il faut dire que le monde agricole vit très mal la suspicion qui pèse sur sa profession, je peux en témoigner en tant qu'éleveur. Je ne dis pas que nous sommes blancs comme neige et vierges de tout, mais de là à jouer avec la santé du consommateur, vraiment, ce n'est pas notre fonction première, laquelle consiste, au contraire, à fournir à la population l'alimentation la plus saine possible. »

b) Les mesures européennes de retrait : de l'abattage à l'équarrissage

Ces mesures de retrait ont surtout concerné les vaches laitières, plus spécifiquement visées par la mesure de retrait-destruction, décidée par l'Union européenne dans un Règlement du 18 décembre 2001. Environ 150 000 tonnes de vaches laitières devaient être détruites dans le cadre de ce programme au cours du premier semestre de 2001. Il convient à ce propos de souligner le désarroi des éleveurs à l'égard de cette mesure, au demeurant reconnue comme nécessaire en terme de soutien à la consommation. A maintes reprises, les exploitants rencontrés ont cependant fait part à la commission de leur sentiment : pourquoi élever des bêtes vouées inéluctablement à la destruction ?

Lors de ses déplacements sur le terrain, la commission d'enquête a pu constater les conséquences de ces mesures de retrait : montagnes de carcasses dénaturées et marquées de couleur jaune, pour éviter toute entrée frauduleuse dans la chaîne alimentaire, mise à l'écart de ces quartiers destinés à des équarrisseurs débordés, bouchers des abattoirs transformés en équarrisseurs, sentiment d'un gâchis de pays riche...