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Proposition de résolution relative à la création d'une commission d'enquête sur les conditions d'utilisation des farines animales : Les conditions d'utilisation des farines animales dans l'alimentation des animaux d'élevage et les conséquences qui en résultent pour la santé des consommateurs. Tome 1, rapport

 

4. Une absence de lien entre les ESST animales et humaines jusqu'à la maladie de la vache folle

Aucun cas de transmission d'une encéphalopathie spongiforme animale n'a été signalé à l'homme depuis plus de deux siècles.

Comme l'a rappelé M. Jean-Philippe Deslys devant la commission d'enquête, « les bergers, les vétérinaires et les bouchers ne développent pas plus de maladies de Creutzfeldt-Jakob que les autres catégories socioprofessionnelles (...) Par ailleurs, dans des pays indemnes de tremblante, comme l'Australie et la Nouvelle-Zélande, le taux de maladie de Creutzfeldt-Jakob est le même qu'ailleurs ».

Tremblante et maladie de Creutzfeldt-Jacob

Le cas des « familles maudites » du Languedoc, l'incidence de la MCJ, peut-être plus importante chez des peuples de bergers, relancent fréquemment l'hypothèse d'une transmission de la tremblante à l'espèce humaine, à travers la consommation de cervelles de mouton.

Une équipe de neurologues de la Pitié Salpêtrière a conduit des recherches à la fin des années soixante-dix. Cette recherche a toutefois été abandonnée, compte tenu du très faible nombre de cas de la maladie de MCJ en France. Par ailleurs, notre pays est friand de cervelles d'agneau, et non de cervelles de mouton.

L'hypothèse tremblante/MCJ ne peut pas être -d'un point de vue scientifique- tout à fait écartée ; il n'en demeure pas moins que tout montre une absence de relation.

Ceci explique pour une large part les précautions insuffisantes qui ont été prises en matière d'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) : la barrière d'espèces paraissait infranchissable.

La maladie bovine n'apparaissait que comme une forme particulière de la « tremblante du mouton ». Le réflexe des vétérinaires, dans leur très grande majorité, était de conclure à l'innocuité de l'ESB pour l'espèce humaine.

Comme l'a rappelé M. Jean-Philippe Deslys devant la commission d'enquête, même Stanley Prusiner, l'inventeur de la théorie du prion, considérait, jusqu'à la fin de l'année 1999, que le nouveau variant de la maladie de Creutzfeldt-Jakob n'était pas lié à l'agent de l'ESB.

La suite des événements a malheureusement apporté un cinglant démenti à ces thèses rassurantes.

5. Une nouvelle maladie humaine : le nouveau variant de la maladie de Creutzfeldt-Jakob

Alors que l'hypothèse de départ de l'ESB était que la maladie ne franchirait pas la barrière d'espèces, ce postulat s'est révélé rapidement infondé.

a) Un franchissement de la barrière d'espèces établi dès 1990 : « Max est mort ! »

L'ESB a contaminé des antilopes et d'autres ruminants sauvages dans les zoos britanniques, ainsi qu'un certain nombre de carnivores : lions, tigres, pumas, guépards.

En mai 1990, pour la première fois, des chats domestiques étaient atteints d'une encéphalophathie spongiforme transmissible. La presse populaire anglaise a provoqué une émotion considérable chez les sujets de Sa Majesté en leur apprenant la mort de « Max », chat siamois de Bristol. L'encéphalopathie spongiforme « féline », révélant un franchissement indiscutable de la barrière d'espèces, et montrant que des carnivores pouvaient être atteints, aurait dû ainsi « alerter » davantage l'ensemble des responsables, comme l'a estimé M. Henri Nallet, ancien ministre de l'agriculture, devant la commission d'enquête.

Si l'ESB est également transmissible au mouton, il est malheureusement impossible de distinguer un mouton atteint de tremblante, d'un mouton atteint d'encéphalopathie spongiforme ovine.

Une étude récente30(*) a montré la transmission de l'encéphalopathie spongiforme bovine (ESB) au cochon après inoculation simultanée par voies intracérébrale, intrapéritonéale et intraveineuse. En revanche, la transmission par voie orale n'a pu être prouvée.

S'agissant des oiseaux, seuls les poulets ont fait l'objet d'études, qui n'ont pas mis en évidence la possibilité d'une transmission. Aucun cas d'ESST n'a été diagnostiqué chez les volailles, sans doute, comme l'a rappelé l'AFSSA, du fait d'une durée de vie très courte : quelques semaines pour les volailles destinées à la consommation, 2 ans pour les volailles reproductrices et 60 semaines pour les animaux de ponte.

Le chien, le lapin, le cheval et le poisson semblent également être à l'abri des ESST. Des centaines de chien ont été inoculés aux Etats-Unis avec différentes souches de Kuru, avec la tremblante du mouton et avec d'autres souches humaines, mais jamais le chien n'a pu être contaminé, et aucun cas d'ESB canine n'a pu été observé.

Mais, comme le rappelle l'AFSSA dans son avis du 7 avril 2001 : « des données disponibles, la possibilité d'un portage sain dans ces espèces ne peut actuellement être ni confirmée, ni formellement exclue ».

* 30 Publiée par l'équipe de G.A.H. Wells.