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L'information économique aux Etats-unis

 

2. Le financement des Think Tanks

a) Des ressources diversifiées

Il est difficile de réunir une information précise sur le financement des Think Tanks. En effet, nombre d'entre eux publient des données financières très agrégées et classent leurs ressources par type de financement (ressources propres, bourses d'étude, subventions, produit des publications et des manifestations, etc.), mais non par type de financeur (fondations privées, adhérents, mécènes, organisations syndicales, fondations publiques, administrations publiques, etc.). En particulier, les données publiées relatives à la part de leurs ressources qui émanent d'une manière ou d'une autre des administrations publiques (subventions, abonnements, etc.) ne sont pas disponibles.

Sous ces réserves, on peut toutefois souligner que les ressources des Think Tanks sont relativement diversifiées puisqu'elles proviennent, dans des proportions extrêmement variables d'une institution à l'autre  :

- de subventions de recherche en provenance des administrations publiques, de fondations publiques (comme la National Science Foundation) ou d'organisations internationales. Par exemple, The Urban Institute est largement financé par des administrations fédérales, des collectivités locales et la Banque Mondiale. De même, l'Economy Policy Institute reçoit des subventions du ministère du travail et de l'agence de protection de l'environnement, et le Conference Board reçoit des subventions de la National Science Foundation et du ministère de la défense, etc. Notons que la plupart de ces subventions ne sont pas, en principe, des subventions de fonctionnement, mais des bourses de recherche attribuées sur la base d'appels à projet de recherche concurrentiels. Cependant, certains Think Tanks parmi les plus « politiques », comme le Cato Institute, ne sollicitent ni ne reçoivent de fonds publics ;

- plus rarement, de contrats publics, par exemple pour l'évaluation de politiques publiques ou pour la production de statistiques publiques. Par exemple, le Conference Board a remporté un contrat portant délégation de la production de certaines enquêtes statistiques. Néanmoins, la plupart des Think Tanks refusent d'offrir des prestations de conseil rémunérées, sous peine de perdre leur statut fiscal d'association sans but lucratif. Les évaluations de politiques publiques réalisées par l'Urban Institute sont ainsi le plus souvent financées comme des projets de recherche par des fondations privées ou para-publiques ;

- des revenus d'une fondation dédiée : la plupart des Think Tanks furent en effet adossés à une fondation lors de leur création. Ce fut par exemple le cas de l'Institute for International Economics. Les réserves financières de certains Think Tanks peuvent d'ailleurs atteindre des montants considérables : au 30 juin 2000, la Brookings Institution disposait ainsi d'un capital de 276 millions de dollars, soit près de deux milliards de francs ;

- des contributions d'autres fondations philanthropiques (créées par des entreprises ou par des personnes privées). Par exemple, la RAND a reçu en 1999 plus de 50.000 dollars de chacune des fondations Ford, Alcoa, ATT, Exxon, Hearst, Merck et Starr ;

- des contributions d'organisations professionnelles ou syndicales. L'Economic Policy Institute est ainsi largement subventionné par une trentaine d'organisations syndicales ;

- des ressources tirées des adhésions. En 1999, le Conference Board reçut ainsi près de 14 millions de dollars sous la forme d'adhésions, ces contributions donnant toutefois lieu en principe à contrepartie ;

- des ressources tirées de la vente des publications. Même si les ouvrages des Think Tanks sont des succès de librairie, leurs activités éditoriales ne sont toutefois par elles-mêmes guère rentables. Par exemple, les publications de la Brookings Institution lui coûtent une fois et demie plus qu'elles ne lui rapportent directement ;

- des ressources tirées des colloques, de la publicité et de la vente de produits dérivés ;

- enfin des dons d'entreprises. La Brookings reçut ainsi en 1999 des contributions de près de 150 entreprises. De même, la RAND reçut en 1999 des dons d'un montant unitaire de plus de 25.000 dollars de la part d'une quarantaine d'entreprises, dont les principaux avionneurs militaires, comme Boeing et Lockheed, ainsi que d'entreprises russes ;

- des dons de particuliers. Comme celles des personnes physiques, les contributions aux Think Tanks sans but lucratif au sens du code général des impôts américain sont déductibles du revenu imposable, dans la limite de la différence entre le montant de ces contributions et la valeur marchande des services reçus en contrepartie (publications, invitations, etc.), cette valeur devant être établie par l'organisation bénéficiaire.

Par exemple, une personne physique qui effectue un don d'une valeur de 500 dollars, et qui bénéficie en contrepartie d'abonnements d'une valeur marchande de 150 dollars et d'un dîner annuel d'une valeur estimée à 50 dollars par l'association organisatrice, pourrait déclarer 300 dollars comme don aux oeuvres.

Ce mécénat n'est en rien anecdotique.