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L'expatriation des compétences, des capitaux et des entreprises

 

3. Pourquoi certains Français ne veulent pas revenir ? Les conclusions du forum Internet et de l'enquête HEC

Difficile à quantifier et à caractériser, l'expatriation l'est également à interpréter. Il a donc paru indispensable à la mission d'information de recueillir directement le témoignage de Français installés à l'étranger. Outre les contacts, nécessairement limités, établis lors de déplacements aux États-Unis, à Londres ou en Belgique, deux types d'initiatives ont été prises : l'une en direction d'une population ciblée -en l'occurrence les anciens élèves d'HEC expatriés- au travers d'une enquête, et l'autre s'adressant à un public plus large, sous la forme d'un forum électronique sur le site internet du Sénat.

Bien entendu, les informations recueillies par le biais de ces deux approches ne peuvent être que partielles. Elles présentent toutefois le mérite d'émaner directement des intéressés, sans le filtre et l'interprétation subjective. En ce sens, elles sont riches d'enseignement.

a) Enquête sur l'expatriation des diplômés d'HEC

On l'a indiqué plus haut, environ 11 % des anciens élèves des écoles du groupe HEC résident à l'étranger, la proportion dépassant 15 % pour les promotions des vingt dernières années. Il a paru intéressant de connaître les raisons qui les avaient conduits à vivre hors de France, leur regard sur les points forts et les points faibles de notre pays et leur sentiment de proximité avec la France.

Réalisée par le cabinet Repères, cette enquête s'appuie sur les réponses d'environ 20 % de ces diplômés. La moitié des répondants résident en Europe, près du quart en Amérique du nord et 15 % en Asie. Près des deux tiers appartiennent aux promotions des vingt dernières années, la tranche d'âge des moins de 40 ans représentant 58 % des répondants et celle des 40-60 ans près de 30 %.

Les résultats détaillés de cette enquête sont publiés en annexe. On s'en tiendra donc ici aux principales conclusions.

. Les motifs de l'expatriation

Trois types de motifs dominent très largement dans les déterminants de l'expatriation des diplômés d'HEC :

- l'envie de découvrir d'autres pays et d'autres cultures, raison la plus fréquemment citée, notamment par ceux qui résident dans les pays les plus lointains (Asie) ; une majorité des réponses venant d'Amérique du nord citent également, parmi les facteurs culturels, l'attrait pour une mentalité différente valorisant la réussite.

- la possibilité, grâce à l'expatriation, de renforcer l'intérêt du métier et d'améliorer son déroulement de carrière, même si une part importante des diplômés déclarent aussi, surtout dans l'industrie, qu'ils se sont expatriés simplement parce que leur entreprise le leur a proposé ;

- enfin, la perspective d'obtenir des revenus plus élevés et moins taxés qu'en France, parfois assortis d'avantages en nature.

On constate que les motifs varient assez sensiblement selon l'âge, le pays de résidence, le statut ou le secteur professionnel. Les jeunes voient plus volontiers dans l'expatriation un atout pour leur carrière future. 35 % des entrepreneurs citent, parmi leurs motivations, la plus grande facilité à créer une entreprise dans leur pays d'accueil. L'attraction exercée par certains pays dans des domaines particuliers d'activité est confirmée. Ainsi, près des deux tiers des anciens diplômés exerçant une activité dans le secteur financier placent parmi les premières raisons de leur expatriation la possibilité d'exercer un métier plus intéressant et mieux rémunéré à l'étranger qu'en France.

Globalement, la quasi-totalité des répondants (96 %) ont vérifié, à l'expérience, le bien-fondé des raisons qui avaient déterminé leur départ de France.

Le regard porté sur les atouts et les handicaps de la France

Deux domaines figurent très clairement parmi les points forts de la France par rapport aux pays d'expatriation :

- la santé et la protection sociale,

- l'éducation, davantage pour le faible coût des études que pour la qualité de la formation dispensée, moins largement reconnue.

En revanche, une très large majorité des réponses donnent la préférence au pays de résidence en matière de revenus nets du travail (10 % jugent la situation plus favorable en France et 73 % moins favorable) et de revenus nets du capital. On constate également que sur d'autres critères, tels que la qualité de vie, la sécurité et la criminalité ou la qualité de l'habitat, la comparaison ne joue pas en faveur de la France.

Les perspectives de retour et les liens avec la France

42 % des diplômés expatriés sont décidés à revenir en France, la proportion étant beaucoup plus forte pour ceux qui résident en Asie que ceux installés en Europe, alors que 24 % déclarent vouloir rester dans leur pays de résidence, le tiers restant n'ayant pas encore pris de décision. La perspective de retour diminue fortement avec la durée de l'expatriation, dès lors que l'intéressé a « pris racine », élevé des enfants qui ont fait souche dans le pays. Le retour en France n'est pas envisagé par une majorité relative (36 %) de ceux qui dirigent leur propre entreprise, seuls 24 % d'entre eux envisageant de rentrer alors que 40 % ne donnent pas de réponse.

Ceux qui ont choisi de ne pas rentrer en France, fondent leur décision sur plusieurs motifs.

Le fait d'avoir progressivement perdu ses attaches en France et d'en avoir créées dans le pays d'expatriation vient en tête des facteurs cités.

Mais une certaine forme de rejet de la France transparait au travers de la dénonciation d'une fiscalité dissuasive, de la lourdeur administrative et réglementaire, d'une mentalité conservatrice qui pénalise l'initiative et la réussite, des grèves à répétition...

La volonté de maintenir, par des liens concrets, les relations avec la France, n'apparaît pas très nettement. Au demeurant, 35 % des répondants n'ont pas eu le sentiment de changer d'espace territorial en s'expatriant, le taux dépassant 50 % pour ceux qui résident en Europe. Un peu plus du tiers (37 %) cotisent à une ou plusieurs caisses de retraite en France, et la moitié seulement scolarisent leurs enfants dans le réseau d'enseignement français à l'étranger, la proportion étant bien plus faible en Amérique du nord et en Europe qu'en Asie ou en Afrique. La majorité des répondants (58 %) déclare ne pas beaucoup ou ne pas du tout participer à la vie de la communauté francophone.

Que conclure de cette enquête ?

Tout d'abord, il apparaît que l'expatriation des anciens élèves des écoles du groupe HEC résulte largement de l'attrait qu'exercent, pour les Français comme sans doute pour d'autres, les carrières internationales : expérience enrichissante, favorisant l'ouverture aux autres cultures, l'expatriation s'accompagne pratiquement toujours pour les cadres de responsabilités plus importantes, synonymes de carrières plus valorisantes.

Pour autant, deux facteurs méritent une attention toute particulière.

Le premier touche au surcroît de revenu que permet l'expatriation et qui ne résulte pas seulement du niveau de responsabilité ou des avantages propres au statut d'expatrié, d'ailleurs de moins en moins souvent accordé par les entreprises. La comparaison des niveaux moyens de salaires et de fiscalité entre les pays figure bien entendu au rang des éléments qui influent dans la décision d'expatriation.

D'autre part, l'enquête révèle les différents éléments qui peuvent conduire à écarter une décision de retour, et donc se traduire par une perte de compétences pour la France. La faculté d'intégration du pays d'accueil joue bien entendu un rôle, en particulier lorsque les enfants sont scolarisés dans un établissement local. Mais un certain nombre de perceptions négatives sur la société française (manque de reconnaissance de l'initiative et de la réussite, fiscalité, environnement réglementaire, conflits sociaux..) qui n'avaient peut-être pas joué un rôle déterminant dans la décision de départ, deviennent des handicaps très lourds dès lors que se pose la question du retour.