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L'état d'avancement du partenariat euro-méditerranéen

 

CONCLUSION

Après l'espoir suscité par l'adoption du processus de coopération euro-méditerranéen, le bilan que l'on peut dresser de la première période du partenariat ne porte malheureusement pas à l'optimisme. Depuis la Conférence de Barcelone qui l'a lancé en 1995, la dégradation de la situation au Moyen-Orient a envenimé le dialogue et paralysé le développement économique de la région, tant il est patent que la stabilité politique conditionne la réussite du projet tout entier. Est-il besoin de souligner en quoi les événements du 11 septembre 2001 viennent conforter la thèse de ceux qui considèrent ce partenariat comme une ardente obligation ?

Il est d'ailleurs difficile, et peut-être illogique, de vouloir appréhender les douze pays tiers de manière globale : les difficultés se posent dans des termes très différents selon qu'il s'agit de pays candidats à l'entrée dans l'Union, des pays de la zone du Maghreb ou des pays plus directement encore impliqués dans le conflit israélo-palestinien. Chacun d'entre eux connaît en outre une culture et une histoire particulières, que l'on a par erreur tendance à assimiler sous un vocable « méditerranéen » qui ne se justifie pas ou qui n'est pas adapté.

L'ampleur de la tâche qui reste à accomplir est telle qu'elle masque les résultats, somme toute non négligeables, déjà acquis. L'équité conduit à admettre qu'il s'agit d'une politique de très long terme qu'on ne saurait apprécier à ce stade balbutiant de son développement sans commettre une injustice. De surcroît, malgré ses lacunes, la démarche de partenariat semble la seule qui puisse être envisagée, un système d'aide classique au développement ne convenant plus à la situation actuelle des pays partenaires.

Par ailleurs, il paraît totalement inenvisageable, pour ne pas dire déraisonnable, que l'Europe renonce à sa politique de soutien en faveur de la Méditerranée, pour des motifs tout à la fois humains, historiques, culturels, économiques et géostratégiques. Très à propos, M. Pierre Moscovici, ministre chargé des affaires européennes, déclarait récemment dans le cadre du débat sur l'avenir de l'Europe : « Nos relations avec ce grand ensemble aux portes de l'Europe qu'est le monde méditerranéen est pour nous d'intérêt stratégique ». Les Quinze ont d'ailleurs justement montré tout l'intérêt qu'ils y portaient à la suite des attentats de septembre dernier et ils se sont déclarés désireux de poursuivre dans cette voie. M. Javier Solana, Haut représentant de l'Union européenne pour la politique extérieure et de sécurité commune, indiquait ainsi le 5 novembre dernier, que « l'esprit de Barcelone invite à sortir de la situation douloureuse d'aujourd'hui. Il faut privilégier le règlement pacifique des différends à l'usage de la violence », ajoutant que l'objectif de l'Union demeurait « un Etat palestinien viable et la fin de l'occupation de ses territoires, un Etat d'Israël dont la sécurité serait respectée dans toute la région, une coopération régionale qui est si nécessaire pour gérer au mieux les défis économiques, écologiques et démographiques des années à venir ».

Ces déclarations n'ont pas que des vertus incantatoires, elles permettent aussi de rassurer, de réaffirmer, de conforter. En effet, avec l'évolution du processus d'élargissement de l'Union à l'Est, les pays tiers méditerranéens éprouvent parfois le sentiment de ne plus constituer un centre d'intérêt pour l'Europe, et il faut bien admettre que l'opinion publique européenne ignore largement l'existence d'un partenariat euro-méditerranéen, tout autant d'ailleurs que les populations méditerranéennes. Il est indispensable que les Etats membres leur témoignent un peu plus d'attention, ne serait-ce qu'au niveau des symboles : on peut ainsi déplorer que, lors de la réunion ministérielle informelle du partenariat euro-med de Lisbonne des 25 et 26 mai derniers, pour les quinze Etats membres, seuls quatre ministres étaient présents, les autres pays ayant envoyé un secrétaire d'Etat ou même seulement leur ambassadeur, ce qui avait été alors très mal ressenti par nos partenaires. En sens inverse, la fixation de l'enveloppe MEDA 2 à un niveau montrant que l'effort communautaire restait soutenu a constitué un signal fort de la bonne volonté de l'Union, qui doit être valorisé.

La réussite du processus de Barcelone repose avant tout sur les partenaires méditerranéens eux-mêmes, tant pour la réalisation, si longtemps attendue, de son volet politique que dans l'accomplissement de son objectif économique. Le projet libre-échangiste ne pourra aboutir, et porter ses fruits, que si des initiatives constructives sont prises pour créer, entre les Etats de la rive sud eux-mêmes, une zone d'intégration régionale comparable à celle atteinte dans l'Union, donc attractive pour les investisseurs. C'est alors seulement que l'on pourra parler d'un partenariat réel et non de la simple juxtaposition de relations bilatérales privilégiées entre l'Europe et chacun des pays partenaires.

La perspective est en effet plus large encore que celle du développement de relations commerciales entre deux entités géographiques voisines. Il en va de l'avenir de nombreux pays musulmans inspirés par un islam modéré, qui souhaitent ancrer leurs peuples dans un monde moderne, au sein d'une communauté internationale mettant le terrorisme hors la loi et où sont partagées les valeurs de développement durable et équilibré, de paix et de sécurité, de démocratie, de respect des cultures.

C'est enfin l'intégration de la zone méditerranéenne dans l'économie mondiale qu'il faut désormais avoir aussi à l'esprit et les vingt-sept partenaires ont accepté l'idée que le partenariat euro-med soit placé dans le cadre général de l'Organisation mondiale du commerce. Dans cet objectif, le lancement d'un cycle global de négociations multilatérales à l'OMC, lors de la quatrième session ministérielle tenue à Doha du 9 au 13 novembre 2001, conforte l'attitude de l'Europe qui avait recherché le soutien de ses partenaires méditerranéens dans une démarche qu'elle jugeait profitable pour tous. La position défendue officiellement par l'Union européenne, même avant Seattle, était en effet d'intégrer davantage les pays en développement au sein d'une organisation multilatérale qui les laissait, jusqu'à présent, très circonspects. L'accord final de Doha arraché in extremis avec le soutien unanime des 142 pays membres, constitue un signal exprimant la volonté de voir émerger, demain, un monde plus juste.

Souhaitons que le partenariat euro-méditerranéen contribue pour sa part à la réalisation de cet objectif ambitieux.