C. VERS UNE INTERVENTION CONTRE L'IRAK ?

Dès les attaques du 11 septembre, la possibilité d'un lien entre l'Irak et les actions terroristes a été évoquée. Rien n'est jusqu'à présent venu alimenter concrètement cette hypothèse, même si les autorités américaines rappellent que l'Irak est le seul pays arabo-musulman qui n'a pas condamné ces attaques. Par ailleurs, l'Irak est dénoncé par les Etats-Unis comme un Etat commanditaire du terrorisme, Washington reconnaissant toutefois que les groupes que Bagdad encourage prennent pour cible principale les dissidents irakiens à l'étranger.

C'est surtout la détention d'armes de destruction massive qui concentre l'hostilité des Etats-Unis au régime irakien. L'administration américaine souligne que depuis l' arrêt des inspections internationales menées sous l'égide des Nations Unies et de l'Agence internationale de l'énergie atomique, en 1998, plus aucune garantie ne peut être apportée en la matière. Sont particulièrement visés les programmes bactériologiques (notamment le bacille du charbon) et chimiques (gaz neurotoxiques), la capacité de l'Irak à élaborer une arme nucléaire dans un délai de deux ans, voire d'un an seulement en cas d'achat de matériels fissiles, grâce au maintien d'une infrastructure appropriée, ainsi que les programmes de missiles balistiques.

Le fait que le régime irakien ait utilisé par le passé des armes chimiques est fréquemment souligné pour convaincre qu'il n'hésiterait pas le cas échéant à les tourner contre les Etats-Unis ou leurs alliés. Le danger proviendrait de Saddam Hussein lui-même, mais aussi de groupes terroristes qu'il pourrait armer.

1. Le renversement du régime irakien : un objectif largement partagé, mais des interrogations sur le recours à l'option militaire

La délégation a abordé la question de l'Irak avec nombre de ses interlocuteurs. Que ce soit au sein de l'administration, dans les deux formations politiques au Congrès ou parmi les experts et les journalistes, la réalité de l'arsenal mis au point par le régime irakien et la menace qu'il représente ne sont guère contestées.

Le degré de probabilité d'une action militaire contre l'Irak et les différentes options envisageables ont également été évoqués au cours des entretiens.

Le sentiment dominant est aujourd'hui que l' engagement personnel du Président George W. Bush sur le sujet a été extrêmement ferme et lui impose désormais de mener à bien le renversement du régime de Bagdad, objectif central de la guerre contre le terrorisme annoncée dans son discours sur l'état de l'Union. On souligne également le poids, dans son entourage, d'anciens collaborateurs de son père marqués par la victoire « inachevée » de la guerre du Golfe. Si Saddam Hussein parvenait à se maintenir à la tête de l'Etat irakien d'ici l'élection présidentielle de novembre 2004, il en résulterait, de l'avis général, un affaiblissement du Président Bush pour la conquête d'un second mandat.

Bien qu'ayant soutenu la récente modification du régime des sanctions contre l'Irak, et tout en défendant, sur le principe, la nécessité des inspections internationales relatives aux programmes nucléaires, bactériologiques, chimiques et balistiques, les autorités américaines affichent leur scepticisme sur la possibilité d'un retour des inspecteurs des Nations-Unies en Irak . Elles estiment que ces inspections seront en tout état de cause inefficaces car l'Irak continuera à dissimuler ses activités illicites et à tromper la communauté internationale, sauf à ce qu'un régime extrêmement contraignant et sans condition soit imposé à Bagdad. Elles voient dans les discussions actuelles une nouvelle tentative de Bagdad pour gagner du temps sans la moindre intention d'aboutir à un accord.

Au-delà de nuances sur la méthode à suivre, le consensus semble assez fort dans les milieux politiques , y compris au sein du parti démocrate, sur la nécessité d'en finir avec Saddam Hussein . Cette conviction se fonde sur la certitude que l'Irak n'a pas la volonté réelle de se soumettre à des inspections sans conditions et poursuit, malgré les injonctions de la communauté internationale, des programmes d'armes de destruction massive. La possibilité d'utiliser ces armes sur des missiles balistiques ou d'en doter des organisations terroristes constitue aux yeux des responsables américains une menace permanente et insupportable pour les États-Unis comme pour l'ensemble du monde occidental.

Pour la plupart des interlocuteurs de la délégation, il ne faisait donc guère de doute que la décision de principe de mener une offensive contre l'Irak avait été prise, même s'il reste à en préciser le moment et les modalités.

Mais un débat a visiblement traversé l'administration sur ce point.

Tout d'abord, avec l'évolution du conflit israélo-palestinien s'est posée la question de savoir si Washington devait ou non s'impliquer sur le plan diplomatique et dans quelle mesure ce dossier interférait avec le traitement du problème irakien.

Ensuite, lors d'une tournée dans les pays arabes, le vice-président Cheney aurait recueilli, auprès des divers dirigeants rencontrés, un écho assez unanimement défavorable vis à vis d'une intervention contre l'Irak.

Enfin, comme on l'a vérifié lors du passage du Président Bush à Berlin, les alliés occidentaux des Etats-Unis manifestent de réelles réserves. Un expert confiait à ce sujet à la délégation que seule compterait réellement en la matière, aux yeux des Etats-Unis, l'attitude du Royaume-Uni.

Il apparaît donc que sur le plan politique, une telle intervention s'engagerait dans un contexte régional et international bien différent de celui qui prévalait lors de la guerre du Golfe, alors qu'il s'agissait, en riposte à une agression, de libérer un pays souverain envahi par les forces armées de l'Etat voisin.

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