Allez au contenu, Allez à la navigation



Délinquance des mineurs : la République en quête de respect (rapport de la commission d'enquête sur la délinquance des mineurs ) (rapport)

 

II. QUI SONT LES MINEURS DÉLINQUANTS ?

La commission d'enquête s'est efforcée de mieux appréhender les caractéristiques des mineurs délinquants. Tout en étant consciente qu'il n'existe pas de déterminisme, elle a pu constater que la majorité des mineurs délinquants présentaient des points communs. La délinquance apparaît plutôt comme un phénomène masculin. Les mineurs délinquants sont souvent également des mineurs victimes. L'état sanitaire des mineurs délinquants est souvent déplorable. Tandis que beaucoup souffrent de problèmes de comportement sérieux, le plus grand nombre abuse de substances telles que l'alcool et les drogues. Enfin, la commission d'enquête a relevé une surdélinquance des jeunes issus de l'immigration.

A. UNE DÉLINQUANCE LARGEMENT MASCULINE

Tous les interlocuteurs de la commission d'enquête ont insisté sur le fait que la délinquance touchait plus les jeunes garçons que les filles. Les chiffres du ministère de l'intérieur le confirment. En 2000, sur les 175.256 mineurs mis en cause, 21.003 (soit un peu moins de 12 %) sont des filles et 154.253 (88 %) sont des garçons.

La prédominance de la délinquance masculine varie cependant en fonction du type des infractions comme le montre le tableau suivant.

La délinquance des mineurs en fonction du sexe

 

2000

Evolution 1999/2000 en %

Désignation des infractions les plus significatives

Hommes

Femmes

Total

% délinquance masculine

Hommes

Femmes

Total

Escroquerie et abus de confiance

1 668

760

2 428

68,78 %

42,52

34,28

39,70

Falsifications et usages

1 182

581

1 763

67,04 %

39,06

19,30

31,86

Autres destructions et dégradations

20 150

1402

21 552

93,49 %

23,63

7,02

22,40

Coups et blessures volontaires

11 561

1739

13 300

86,92 %

14,47

23,77

15,60

Outrages et violences à dépositaire de l'autorité et port ou détention d'armes

7 535

487

8 022

93,92 %

11,42

17,07

11,74

Menaces ou chantages

4 817

579

5 396

89,26 %

7,45

16,50

8,35

Vols avec armes blanches ou par destination et vols avec violence sans arme

8 615

647

9 262

93,01 %

5,72

5,37

5,69

Atteintes aux moeurs

3 729

87

3 816

97,72 %

6,15

- 13,00

5,62

Recels

8 284

613

8 897

92,54 %

2,31

10,05

2,81

Incendies volontaires

2 169

128

2 297

94,42 %

1,12

- 9,22

0,48

Vols simples et vols liés à l'automobile et aux 2 roues

46 421

8899

55 230

84,05 %

- 1,16

2,01

- 0,66

Cambriolages

10 097

860

10 957

92,15 %

- 5,95

- 13,65

- 6,61

TOTAL

126 228

16782

143 010

88,26 %

5,83

6,13

5,87

Source : ministère de l'intérieur

Ainsi, les garçons sont très fortement impliqués dans les destructions et dégradations (93,5 % des mis en cause), dans les outrages et violences aux dépositaires de l'autorité et dans le port ou la détention d'armes (94 % des mises en cause), dans les vols avec armes blanches ou les vols avec violence (93 % des mis en cause), dans les atteintes aux moeurs (97 % des mis en cause), dans les recels (95 % des mis en cause), dans les incendies volontaires (94,5 % des mis en cause) et dans les cambriolages (92,2 %).

En revanche et même si elles restent minoritaires, les filles sont plus impliquées dans l'escroquerie et l'abus de confiance (31,3 % des mis en cause) ou dans les falsifications et usages de chèques ou de cartes de crédit volés (32,9 % des mis en cause).

L'étude de délinquance autorapportée de M.  Sébastian Roché confirme cette tendance. Il apparaît ainsi que la différence entre les sexes augmente avec l'agressivité des actes. Lorsqu'il s'agit de rechercher du plaisir sans nuire à autrui, les filles sont un peu moins nombreuses que les garçons : 26 % ont pris du cannabis contre 32 % pour les garçons, 40 % des filles ont consommé de l'alcool contre 48,5 % pour les garçons. Pour les dégradations, 28 % des sujets féminins sont passés à l'acte contre 44,5 % de sujets masculins et, pour le vol, 20 % contre 32 %. Pour les violences physiques, seulement 10,5 % des filles y participent, contre 33 % des garçons. Elles ne sont également que 2,5 % à avoir commis un vol grave (racket, vol de voiture, cambriolage, vol à l'arraché) contre 7,5 % des garçons.

Les statistiques du ministère de l'Intérieur constatent cependant une légère augmentation de la délinquance féminine puisque le nombre de filles mises en cause entre 1999 et 2000 a crû de 5,45 %, alors que le nombre de garçons mis en cause sur la même période n'a augmenté que de 2,51 %. 

En outre, il convient de souligner que la progression du recours à la violence a été, en 2000, en pourcentage, plus importante chez les filles que chez les garçons. Ainsi, le nombre de filles mises en cause pour coups et blessures volontaires a augmenté de 23,77 % contre 14,47 % pour les garçons ; celui pour menaces et chantages de 16,5 % (contre 7,45 % pour les garçons) et celui pour les outrages et violences à dépositaires de l'autorité de 17,07 % (contre 11,42 % pour les garçons).