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Délinquance des mineurs : la République en quête de respect (rapport de la commission d'enquête sur la délinquance des mineurs ) (rapport)

 

B. UNE INSTITUTION QUI PEINE À TROUVER DES SOLUTIONS

Le trouble des personnels confrontés à des difficultés chaque jour plus nombreuses, l'inertie de leur hiérarchie souvent incapable de proposer des solutions rapides et adéquates souligne la difficulté de l'institution face à un phénomène qui la déstabilise. Les réponses traditionnelles reposent sur le déploiement de nouveaux moyens. Certes le passé n'augure pas de l'avenir mais l'école a déjà connu une augmentation considérable de ses moyens au cours de la décennie passée sans que la situation se soit considérablement améliorée. L'espoir réside sans doute dans les capacités des acteurs de terrain, chefs d'établissement et enseignants qui pallient les difficultés et le manque de moyens par de l'intelligence. Ces innovations-là sont pour la plupart à encourager.

1. Le malaise des personnels

Pour plusieurs raisons, toute une partie du personnel de l'Education nationale est démobilisée, particulièrement chez les plus jeunes enseignants. Cette démobilisation se traduit par un absentéisme notable et surtout par un turn-over extrêmement élevé dans les zones les plus difficiles. Dans certains collèges, ce sont jusqu'à huit enseignants sur dix qui changent de postes chaque année. Un véritable suivi éducatif pour les élèves les plus en difficulté ne peut s'instaurer dans ces conditions.

La première explication d'un tel phénomène réside probablement dans la dégradation des conditions de travail des enseignants. Non seulement ils sont de plus en plus découragés par le manque de réceptivité des élèves et ne supportent pas ce qu'ils considèrent comme une mission de « gardiennage », mais encore certains vivent avec un véritable sentiment d'insécurité qui va s'aggravant. Les conclusions des travaux d'Eric Debarbieux révèlent que la classe elle-même est devenue un lieu de violence, violence autrefois reléguée aux zones périphériques de l'école, les couloirs, la cour, voire l'extérieur. Ce déplacement vers la salle de classe, lieu de résidence par excellence de l'autorité professorale, a aggravé dans des délais très brefs un sentiment déjà latent. En 1996, 5 % des enseignants dénonçaient l'agressivité dont ils étaient victimes. Deux ans plus tard, ils étaient 37 %. Sans doute plus d'un enseignant sur trois n'est-il pas victime d'une attaque physique ou verbale. Mais près de 40 % d'entre eux travaillent « la peur au ventre », et ceci est inacceptable.

Facteur aggravant, ils ne sont pas formés pour affronter de telles conditions de travail. Les formations prodiguées dans les IUFM ne prennent pas en compte cette dimension du travail de l'enseignant, et notamment des jeunes enseignants qui sont, en raison des règles d'affectation, envoyés sur les postes les plus difficiles. Alors même que la formation initiale est leur seule expérience, ils ne peuvent pas s'appuyer sur des éléments, même sommaires, leur permettant de gérer des situations de conflits avec des élèves difficiles, ni de dispenser savoir et valeurs éducatives dans un climat hostile. Cette difficulté est pourtant bien connue de l'institution. L'ouvrage d'Eric Debarbieux46(*), qui décrit explicitement cette carence, a été préfacé par M. Jack Lang, alors ministre de l'Education nationale. Pourtant, la visite réalisée à Vaulx-en-Velin par une délégation de la commission d'enquête confirme la réticence de l'institution à prendre en compte cette dimension dans la formation des maîtres.

Le malaise des personnels non enseignants n'est pas moins étendu. Infirmières scolaires en sous effectif, psychologues inexistants, assistantes sociales à tiers ou quart de temps, le secteur social à l'école est en déshérence. A Bagneux, l'infirmière scolaire a 1.000 enfants sous sa responsabilité. Un deuxième poste est pourtant budgété mais il n'est pas pourvu. Alors qu'il est clairement établi qu'il n'est pas possible de soutenir les élèves en situation de décrochage, ni prévenir les glissements vers la délinquance sans eux, les personnels médico-sociaux restent trop peu nombreux.

En définitive, on trouve dans les zones les plus difficiles deux catégories de personnels : des gens d'expériences, au profil « militant », qui épaulent avec dévouement beaucoup de débutants qui, eux-mêmes submergés par les difficultés, aspirent rapidement à être déplacés.

* 46 Eric Debarbieux - Violence à l'école et politiques publiques, éditions ESF, 2001.