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Le conseil supérieur de la pêche

 

B. LE RENFORCEMENT RÉCENT DES DÉLÉGATIONS RÉGIONALES

1. Des responsables locaux parfois complaisants

L'histoire et le type de relations qui a longtemps prévalu entre les gardes-pêche et les fédérations de pêche - corporatisme et paternalisme22(*) - expliquent en grande partie la faiblesse de la hiérarchie s'exerçant sur les gardes, qui se « choisissaient » bien souvent leur propre hiérarchie. Il pouvait donc arriver qu'ils se situent en dehors de toute hiérarchie, et soumis à une discipline plus que lâche.

La Cour des comptes avait par ailleurs souligné « un grave manque de coordination se fait jour. Les brigades obéissent davantage à la demande des fédérations qu'aux orientations des délégations régionales ». Et la haute juridiction financière de conclure : « en l'état actuel, l'établissement public, à supposer qu'il en ait la volonté, ne parvient pas à imposer sa politique aux échelons locaux ».

Ces habitudes ont indéniablement laissé des traces, comme a pu s'en rendre compte votre rapporteur au cours de ses déplacements.

Ainsi, lors de sa visite au sein de l'une des délégations régionales du CSP de Poitiers, votre rapporteur a été surpris de l'importance de l'absentéisme apparent qu'il a pu constater en faisant le tour des bureaux. Soit les postes ne sont pas pourvus, soit les agents n'étaient pas présents. Le délégué régional, visiblement embarrassé, a expliqué que cette situation était due en partie à la période de congés alors en cours ou bien que les agents se trouvaient « sur le terrain ».

Votre rapporteur ne peut toutefois pas manquer de s'interroger sur des raisons plus profondes, tenant à la motivation des agents de l'établissement, dont beaucoup travaillent du reste à temps partiel.

Il a ainsi exprimé son étonnement devant l'affiche apposée sur la porte du bureau de l'adjoint du délégué régional, sur laquelle on pouvait lire l'inscription manuscrite suivante : « ingénieur agronome en régression indiciaire depuis plusieurs années » ! L'intéressé, qui travaille à mi-temps, n'a pas caché n'avoir plus beaucoup d'intérêt pour son emploi et attendre la retraite. Son désinvestissement professionnel, qu'il expliquait en grande partie par l'absence de perspectives en termes de carrière, était manifestement de notoriété publique parmi ses collègues, y compris de la part du délégué régional, plutôt enclin à rechercher la paix sociale. Pourtant, ce type de comportement, outre l'effet délétère qu'il ne doit pas manquer de provoquer sur l'ambiance de travail, en particulier quand il est imputable à un cadre supérieur, donne une mauvaise image aux partenaires extérieurs du CSP appelés à rencontrer l'agent en question dans son bureau.

Lors de son déplacement à la délégation régionale de Compiègne, votre rapporteur a pu constater une situation similaire : des bureaux souvent vidés par d'importantes vacances de postes, par des personnels à temps partiel ou en RTT, et par une grande difficulté pour cette délégation régionale à attirer des agents, si bien que le taux de rotation sur un poste est élevé. Le délégué régional a d'ailleurs fait état de son désarroi devant l'impossibilité pour lui d'assumer les missions croissantes du CSP avec des effectifs aussi peu nombreux et instables. Il a ainsi renoncé à actualiser l'organigramme de la délégation, expliquant qu'il serait soit très incomplet soit immédiatement obsolète...

Quant aux chefs de brigade, ils éprouvent parfois de grandes difficultés à faire respecter leur autorité sur les gardes-pêche et à exercer leur pouvoir hiérarchique. Il est vrai que la direction générale comme les délégations régionales ne leur donnent que très peu d'orientations claires dans l'exercice de leurs missions.

* 22 Sur ce point, cf. le chapitre premier.