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III. LE SECTEUR DE L'ÉNERGIE

A. LA MANNE PÉTROLIÈRE

1. Une production en forte croissance

Avec une production de 380 millions de tonnes (7,6 millions de barils par jour) en 2002, la Russie est l'un des trois premiers producteurs mondiaux, juste derrière l'Arabie saoudite (8 millions de barils par jour) et devant les Etats-Unis. Chacun de ces pays représente environ 10 % de la production mondiale.

Ce niveau de production élevé, que la Russie souhaite encore augmenter dans les prochaines années puisqu'elle vise un objectif de 10 millions de barils par jour, succède à une nette baisse de l'exploitation pendant les années 1990. Depuis 1999, la reprise est en marche et le secteur enregistre une croissance annuelle comprise entre 5,5 et 9 %.

Cette expansion de la production pétrolière a fortement contribué au retour de la croissance économique en Russie, même si c'est au prix d'une forte dépendance du pays. Ainsi, le secteur pétrolier (production, raffinage et transport) représente 10 % du PIB et plus du tiers (38 % en 2002) des recettes fiscales de l'Etat.

La Russie possède aussi d'importantes réserves pétrolières (48,5 milliards de barils, soit environ 5 % des réserves prouvées à l'échelle mondiale) qui peuvent permettre d'assurer une production de même niveau pendant une vingtaine d'années. Certes, les réserves russes restent faibles en comparaison de celles de l'Arabie saoudite (262 milliards de barils) ou de l'Irak (118 milliards de barils). Cependant, la Russie détient les plus importantes réserves exploitables hors OPEP.

La production est répartie entre différentes régions :

- la région Oural-Volga (25 % de la production), dans la partie européenne de la Russie, qui a historiquement contribué à l'essor de l'industrie pétrolière de ce pays ;

- la Sibérie occidentale, dont les énormes réserves ont été exploitées à partir des années 1960-1970, et qui est aujourd'hui la principale région de production (70 %) ;

- le Grand Nord, en particulier la région autonome des Nenets et la République des Komis (bassin de Timan-Pechora, champ de Kharyaga), qui fait également l'objet d'une exploitation en développement (3,5 % de la production). Il présente en effet des réserves considérables estimées à plus de 120 milliards de barils ;

- le Caucase septentrional.

Des perspectives d'exploitation existent également dans d'autres régions : le territoire autonome des Yamalo-Nenets, au nord de la Sibérie occidentale, la région de Krasnoïarsk, dans la Sibérie orientale, les gisements off-shore de Sakhaline en Extrême-Orient ou encore la mer Caspienne qui est pour l'instant surtout exploitée par les voisins de la Russie, Azerbaïdjan et Kazakhstan.

Il convient toutefois de noter que les gisements ayant fait l'objet, dans les années 1970 d'une exploitation intensive, s'épuisent progressivement. Or, la mise en valeur des nouveaux gisements n'est pas des plus aisées et requiert des moyens techniques considérables (technologies d'extraction adaptées à des sous-sols gelés, extractions off-shore), dans des régions où les infrastructures de transport font souvent défaut. Ces difficultés incitent d'ailleurs les sociétés pétrolières russes à accepter le partenariat des compagnies occidentales pour l'exploitation de nouveaux gisements. C'est ainsi que Total est partie prenante à la mise en valeur du champ pétrolifère de Kharyaga. Shell et Exxon Mobil sont également présentes en Russie.

Par ailleurs, le développement de la production pétrolière impose de remédier à l'obsolescence de l'outil de raffinage dont l'inadaptation se traduit actuellement par l'exportation massive de produits bruts, alors que la demande s'oriente de plus en plus vers des produits raffinés. L'industrie pétrolière russe s'attache donc désormais à améliorer les rendements en produits légers. Il s'agit aussi d'améliorer leur qualité en faisant baisser le taux de soufre dans les carburants. L'introduction de nouveaux procédés est pour cela nécessaire.

2. Un secteur en proie à un mouvement de concentration

L'industrie pétrolière russe est l'un des premiers secteurs de l'économie soviétique à avoir été privatisé. Un petit nombre de compagnies puissantes, organisées selon des logiques régionales, dominent aujourd'hui le marché, sur lequel subsistent néanmoins de nombreux petits producteurs.

LES GRANDES COMPAGNIES PÉTROLIÈRES RUSSES

(Résultats 2002)

 

Production
(en Mio de barils par jour)

Part dans la production nationale (en %)

Croissance en 2001-2002

Exportations
(en Mio de barils par jour)

Lukoil

1,6

21 %

2,2 %

0,7

Youkos

1,4

18 ,4 %

20,5 %

1

TNK-BP

1,075

14,1 %

8,1 %

0,46

Surgutneftegaz

0,985

12,9 %

11,7 %

0,58

Sibneft

0,525

6 ,9 %

27,4 %

0,23

Tatneft

0,495

6 ,5 %

0

0,2

Production totale

7,6

100 %

9,1 %

3,7

Source : Mission économique

La société Rosneft, qui occupe le 7e rang des compagnies pétrolières, est encore aux mains de l'Etat.

L'industrie pétrolière russe est confrontée, depuis quelques années, à un mouvement de concentration qui restructure fortement les contours du secteur. C'est ainsi que les sociétés Onaco et Sidanco ont été absorbées par TNK (Tyumen Oil), VSNK par Youkos, alors que TNK et Sibneft ont pris le contrôle de Slavneft.

Des alliances avec les sociétés pétrolières russes tentent aussi de plus en plus les majors occidentales, attirées par les réserves importantes de ces dernières. La compagnie British Petroleum (BP) s'est ainsi rapprochée en 2002 du pétrolier russe TNK.

L'année 2003 a, par ailleurs, été marquée par une tentative de rapprochement entre Youkos et Sibneft, qui aurait donné naissance à un géant pétrolier (première société pétrolière à l'échelle de la Russie, quatrième à l'échelle mondiale) mais qui a été suspendu par l'arrestation, à l'automne 2003, du président de Youkos, M. Mikhaïl Khodorkovski.

3. Les enjeux internationaux du pétrole russe

En cohérence avec la nouvelle politique étrangère, initiée par le président Poutine, la Russie cherche à se positionner comme un acteur incontournable du marché pétrolier mondial. De fait, elle est aujourd'hui, avec 5,88 millions de barils par jour, le deuxième exportateur mondial derrière l'Arabie saoudite (7,06 millions de barils par jour).

C'est ainsi qu'elle se présente au monde occidental comme une alternative au pétrole du Moyen-Orient. Dans une optique de diversification et de sécurisation des approvisionnements, le président américain et le président russe ont, à cet égard, engagé des négociations visant à augmenter les exportations de pétrole russe à destination des Etats-Unis, dans les prochaines années. Ce dossier fut notamment au centre du sommet américano-russe sur l'énergie qui s'est tenu en septembre 2003 à Saint-Pétersbourg. Il est vrai qu'à l'horizon 2015, les Etats-Unis ne seront en mesure d'assurer eux-mêmes que 30 % de leur consommation de pétrole, contre 70 % actuellement. Pour l'heure, la Russie ne figure encore qu'au 14e rang de leurs fournisseurs.

D'autres négociations sont menées par le président Vladimir Poutine en vue de la fourniture de pétrole à la Chine et au Japon.

Si l'ambition affichée par la Russie est de devenir le pays producteur leader hors OPEP, elle n'en garde pas moins des relations particulières avec l'Arabie Saoudite. Celle-ci souhaiterait l'attirer dans le cartel des pays producteurs de pétrole afin de faire contrepoids à la baisse des prix qui pourrait résulter de la croissance de la production irakienne, sous l'impulsion des Etats-Unis. La crainte d'une chute des cours du brut, qui réduirait ses recettes d'exportation et mettrait à mal sa croissance, pourrait donc aussi inciter la Russie à se rapprocher de l'OPEP.

Cependant, le fait que la production russe soit aux mains d'acteurs privés, à la différence de celle du Moyen-Orient qui relève des Etats, rendrait difficile le respect de quotas de production que la Russie pourrait, le cas échéant, être amenée à s'imposer dans ce cadre.

4. La question cruciale du transport

Jusqu'à présent, l'acheminement de la plus grosse partie du pétrole russe est réalisé par les oléoducs de la société publique Transneft, qui en a le monopole. Cependant, les capacités de celle-ci sont saturées, au point que des solutions alternatives, comme le transport ferroviaire et fluvial, doivent être mises en oeuvre pour acheminer le brut jusqu'aux terminaux portuaires. Ces solutions alternatives sont toutefois limitées.

Le réseau de transport et d'exportation du pétrole russe s'articule aujourd'hui autour de trois voies d'évacuation :

- la mer Noire, avec les terminaux de Novorossisk et de Touapsé, ceux de Soupsa et Batoumi (Géorgie) et celui d'Odessa (Ukraine) étant également empruntés ;

- la mer Baltique, avec les terminaux de Primorsk, mais aussi de Ventspils (Lettonie) et Butinge (Lituanie) ;

- l'Europe centrale, avec l'oléoduc Drovjba.

Les circuits d'évacuation actuels offrent des capacités restreintes dans la mesure où les voies naturelles empruntées (détroit du Bosphore au sud et détroit d'Oresund au nord) ne permettent pas la circulation des tankers dont la taille excède 150.000 tonnes.

Pour faire face à l'augmentation prévisible de la production et donc des exportations, des projets portuaires sont en cours de réalisation. C'est ainsi qu'un nouveau complexe pétrolier doit être implanté à Primorsk sur le golfe de Finlande. De même, les capacités de l'oléoduc Drovjba devraient être augmentées et son circuit connecté à celui de l'oléoduc croate Adria, permettant ainsi une évacuation du pétrole russe par le port croate d'Omisalj, sur des tankers de 300.000 tonnes.

Plusieurs projets en liaison avec le développement de nouveaux marchés sont, par ailleurs, à l'étude :

- du côté asiatique, la prolongation des oléoducs russes au-delà du terminus d'Angarsk a fait l'objet d'un débat récemment tranché. Il s'agissait de choisir entre un tracé dirigé vers la province chinoise de Daqing et un autre, dirigé vers le port russe de Nakhodka sur la côte Pacifique, permettant de viser directement le marché japonais. Le gouvernement russe a finalement retenu, en mars 2003, un projet combiné desservant à la fois la Chine et le Japon ;

- vers le Nord (mer de Barents), est prévue la construction d'un terminal en eaux profondes à Mourmansk, destiné à permettre l'expédition du brut par tankers de 300.000 tonnes vers les Etats-Unis à partir de 2007. L'ouverture de ce terminal est liée à la construction d'un autre oléoduc reliant les gisements de Sibérie occidentale au port de Mourmansk, qui devrait incomber aux cinq grands groupes russes soutenant le projet.

Enfin, il convient de noter que le transport du pétrole de ses voisins est également un enjeu important pour la Russie. C'est particulièrement vrai dans le secteur de la mer Caspienne où la Russie exerce un contrôle sur la production du Kazakhstan, de l'Azerbaïdjan et du Turkménistan par le biais de ses oléoducs. Ainsi, la Russie a été, ces dernières années, l'objet de tentatives de contournements s'agissant de l'évacuation du pétrole azéri (en provenance de Bakou) et kazakh (en provenance de Tenguiz), les Etats-Unis soutenant un projet d'acheminement vers la Turquie (port de Ceyhan). Compte tenu de son coût, ce projet n'a pourtant pas abouti et c'est la voie traditionnelle russe qui a finalement été retenue. La Russie s'est donc récemment lancée dans la construction de l'oléoduc entre Tenguiz et le port de Novorossisk, où est mis en place un nouveau terminal pétrolier de grande capacité.

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