PREMIÈRE PARTIE : ACEH, UNE PROVINCE ENCLAVÉE, DÉSHÉRITÉE ET DÉVASTÉE

I. UN BILAN HUMAIN VERTIGINEUX

A. L'IMPACT DE LOIN LE PLUS MEURTRIER EN ASIE

Le 26 décembre 2004 à 7 heures 58, un séisme de magnitude 9 sur l'échelle de Richter (suivi de répliques entre 6 et 7,3), soit le plus violent observé depuis quarante ans, s'est produit au large de la côte ouest de la province indonésienne d'Aceh, au nord de Sumatra. L'épicentre était situé à 250 kilomètres au sud sud-est de Banda Aceh et à 30 kilomètres sous le lit de l'océan. L'onde de choc et le déplacement des plaques tectoniques ont créé un tsunami de très grande ampleur, dont les vagues culminant par endroits à près de 18 mètres, se sont abattues en quelques minutes sur la côte ouest de la province, plus particulièrement sur une bande de 250 kilomètres de long entre les villes de Banda Aceh et Meulaboh, et ont pénétré à l'intérieur des terres sur une distance maximale de 5 kilomètres.

Fin décembre et début janvier, l'attention des média s'est focalisée sur les destructions causées par le tsunami en Thaïlande et au Sri Lanka , compte tenu de la présence de nombreux touristes occidentaux dans ces pays, et le nombre de victimes à Sumatra a été sous-estimé. Il est cependant progressivement apparu que le bilan humain y serait extrêmement lourd ; il était ainsi évalué le 10 février 2005 à plus de 233.000 victimes (dont près de 170.000 enterrées), en incluant les disparus, soit 7 % des 4 millions d'habitants de la province et une part importante des 500.000 habitants de la côte ouest, la plus touchée. Le bilan demeurera sans doute durablement provisoire, compte tenu des dizaines de corps qui sont encore découverts chaque jour et de ceux qui demeurent enfouis sous les décombres. L'ONU a en outre estimé que plus d'un million de personnes requéraient une assistance immédiate (besoins en eau potable en particulier), et que près de deux millions seraient, à terme, concernées par les travaux de reconstruction et de réhabilitation.

Proportionnellement au nombre de morts, le raz-de-marée a en réalité fait relativement peu de blessés lourds , l'alternative laissée aux habitants de la côte étant le plus souvent tragiquement simple : la mort ou l'intégrité physique. Compte tenu de la proximité de l'épicentre, nombre d'habitants des villages côtiers n'ont pas eu le temps de se réfugier dans les collines environnantes, mais plusieurs milliers demeurent isolés hors de leur village, figés par la peur et le manque d'eau et de nourriture. De très nombreux enfants, qui se trouvaient à l'école au moment du tsunami, sont décédés, et le nombre d'orphelins a été dans un premier temps surestimé : il serait selon l'UNICEF d'environ 8.000 enfants, au lieu des 50.000 initialement annoncés. Beaucoup de sans-abris se sont également réfugiés chez des parents ou amis : on trouve ainsi un grand nombre de maisons dans lesquelles les Acehnais vivent à dix ou quinze et dorment à même le sol la nuit, les femmes préparant le repas pour tous durant la journée.

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