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La défiscalisation des usines de traitement du nickel en Nouvelle-Calédonie

 

C. L'INSERTION DE L'USINE DU NORD DANS LA PROVINCE

1. Un projet majeur pour le développement de la province Nord et de la Nouvelle-Calédonie

L'exploitation du gisement de Koniambo pourrait durer au moins 25 ans sur les réserves actuellement auditées, voire 50 ans ou même plus, si l'on prend en compte les minerais qui ne seront pas traités par le procédé pyro-métallurgique dans un premier temps et pourraient l'être par hydro-métallurgie ultérieurement. Selon les informations recueillies par votre rapporteur, deux éléments doivent être précisés à propos de ce gisement, éléments largement mis en avant par tous les interlocuteurs rencontrés :

- la qualité exceptionnelle du minerai garniéritique extrait de Koniambo, qui possède une teneur en nickel presque unique au monde. Les 25 années prévues correspondent à l'exploitation de ce minerai. Par ailleurs, les réserves en minerai plus pauvre, de type latéritique, également présent en abondance, devraient permettre d'assurer l'approvisionnement de l'usine pour 25 années supplémentaires, voire plus ;

- l'emplacement unique de la mine, en bordure de mer, ce qui permet une évacuation rapide de la production de l'usine. Par comparaison, les mines exploitées actuellement au Canada par la société Falconbridge nécessitent des transports extrêmement longs et onéreux en camion, en bateau et en train, dans un climat quasi-polaire.

Dans sa configuration actuelle, le projet du Nord, conduit conjointement par la SMSP et Falconbridge, concerne le développement de la mine de Koniambo avec la construction à proximité du site d'une usine pyro-métallurgique de ferronickel d'une capacité de 60.000 tonnes par an, d'un port en eaux profondes et d'une centrale électrique au charbon de deux tranches unitaire de 135 MW.

Comme on peut le constater, il s'agit d'un projet d'une très grande ampleur, particulièrement frappante pour votre rapporteur, qui a pu visiter le site choisi. Il apparaît que « tout est à faire » dans cette zone peu peuplée et faiblement équipée, ce qui nécessitera, afin de tenir les délais, une excellente collaboration entre la société Falconbridge, ses partenaires de la Province Nord et les autorités de l'Etat.

La contribution du projet métallurgique du Nord à l'économie néo-calédonienne en termes de revenus et d'évolution du PIB n'est pas encore connue avec précision. Néanmoins, la production métallurgique estimée étant de 60.000 tonnes par an, on peut estimer qu'une fois achevée, l'usine pourrait augmenter le PIB de la Nouvelle-Calédonie entre 8 % et 10 %.

Selon les informations recueillies par votre rapporteur, la phase de construction de l'usine devrait générer 9.000.000 heures de travail, dont près de 22 % seront réalisées en dehors de la Nouvelle-Calédonie du fait de la construction modulaire hors site de nombreux éléments. Durant sa phase d'exploitation, l'usine emploiera 760 personnes environ.

Selon le rapport de première phase du schéma d'aménagement de la région Koné-Voh-Pouembout, la réalisation du projet métallurgique du Nord entraînera la création de nombreux emplois indirects, environ 5.200 d'ici 2015. Le schéma d'aménagement de la région Koné-Voh-Pouembout indique par ailleurs que la réalisation du projet métallurgique du Nord entraînera une augmentation de la population de cette zone de l'ordre de 9 % sur les trois prochaines années. Le nombre d'habitants de la région, qui s'élève actuellement à 3.000 personnes, pourrait atteindre 7.500 personnes en 2015 et 12.000 en 2030.

L'augmentation de la population entraînera d'importants besoins en termes de nouvelles infrastructures (routes, écoles, logements). A ce titre, la réalisation de logements dans la région de Koné-Voh-Pouembout devra être de 150 par an jusqu'en 2006, de 300 par an sur la période 2007/2009 et de 150 par an de 2009 à 2015. Selon une étude de la Chambre des Métiers de Nouvelle-Calédonie, la réalisation du projet usine du Nord pourrait également entraîner la création d'une trentaine de nouvelles entreprises. Par ailleurs, elle estime à près de 65 le nombre d'entreprises qui pourraient procéder à des restructurations pour faire face aux nouvelles opportunités durant la phase de développement du projet.

2. L'implication des autorités locales

Deux structures ont été créées afin d'associer la population aux retombées économiques du projet et, surtout, de prévoir le financement des différents besoins qui ne manqueront pas de naître avec l'afflux de population.

La première structure a été la création, à la demande de l'Etat, du syndicat intercommunal à vocation unique regroupant les trois communes Koné, Voh et Pouembout (arrêté n° 98 du 29 janvier 2001 du haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie) chargé de développer un schéma directeur d'aménagement et de développement. Ce syndicat intercommunal a confié la conduite des études du schéma directeur conjointement à l'Etat et à la Province Nord. Un jury de concours d'architecture a retenu le 5 octobre 2001 l'équipe pilotée par l'architecte néo-calédonien M. Jean-François Collomb constituée d'intervenants locaux et métropolitains. Ces études sont financées à 100 % par l'Etat.

L'action du syndicat intercommunal de Koné, Voh et Pouembout

La zone d'étude (185.000 ha dont 46.400 en terres coutumières pour une population de 7.200 habitants - recensement 1996 - et estimée aujourd'hui à 8.200) couvre trois districts coutumiers (Poindah, Baco et Voh) répartis sur deux aires (Hoot Ma Waap pour Voh, et Paici Camuki pour Koné et Pouembout) et regroupe 19 tribus (8 sur Voh, 9 sur Koné et 2 sur Pouembout). Son territoire d'étude est structuré par les échanges entre les 22 lieux de vie actuels : 19 tribus et 3 bourgs. Un maillage efficace sera nécessaire entre les tribus et les bourgs mais aussi entre les tribus elles-mêmes pour faciliter l'accès aux activités et équipements de tous ordres. Des intérêts économiques et de gestion sont à prendre en compte (eau potable, ordures ménagères, ramassage scolaire, transport en commun, gros équipements socio culturels et sportifs) et l'affirmation d'une intercommunalité sera le moyen de définir des règles sur l'ensemble du territoire des trois communes et lui donner une cohérence. L'organisation spatiale sera le vecteur d'équilibre et de cohésion sociale et participera à la construction de l'image de Voh/Koné/Pouembout ; cette image sera nécessairement liée à celle de la province (présence de grands équipements, qualité et rayonnement des services rendus...).

Enfin, selon une étude de la Chambre de métiers, la réalisation du projet usine du Nord pourrait également entraîner la création d'une trentaine de nouvelles entreprises. Elle estime aussi à près de 65 le nombre d'entreprises qui pourrait procéder à des restructurations pour faire face aux nouvelles opportunités durant la phase de développement du projet. La création d'un tel tissu industriel devra aussi être accompagnée par les collectivités ; elle a été inscrite à la proposition de contrat de développement rédigé par la Province Nord.

La seconde structure est le comité Koniambo, dont la création a été annoncée officiellement par le secrétaire d'Etat à l'outre-mer, M. Jean-Jack Queyranne le 3 mai 2000. Composé de l'Etat (haut-commissaire et commissaire délégué du Nord), du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, de la Province Nord, du syndicat intercommunal Koné/Pouembout/Voh, du Sénat Coutumier, de SMSP/ Falconbridge et de la SOFINOR, son rôle consiste à assurer un porter à connaissance en temps réel par le groupe SMSP/ Falconbridge de ses choix stratégiques à ses partenaires institutionnels afin que ces derniers anticipent au mieux l'accompagnement nécessaire dans les domaines :

- de la fiscalité (Nouvelle-Calédonie) ;

- de la formation (Etat - Nouvelle-Calédonie - province) ;

- de l'environnement (Nouvelle-Calédonie - province) ;

- de l'habitat (Province - communes - opérateurs) ;

- des infrastructures routières, sanitaires, scolaires (Etat - Nouvelle-Calédonie - province - communes) ;

- des équipements sportifs, sociaux, culturels (province - communes) ;

- des réseaux d'eau, d'assainissements, d'électricité, de télécommunications ;

- de la maîtrise du foncier et de l'urbanisme.

Le comité Koniambo, présidé par le président de la Province Nord se réunit environ une fois par trimestre et en tout état de cause systématiquement après la réunion du comité du projet qui réunit trois représentants de SMSP et trois représentants de Falconbridge. Le comité Koniambo comporte de plus divers groupes de réflexions sur les différents thèmes, comme les travailleurs immigrés ou le logement.

Une question qui se pose est celle de la qualification des emplois. En effet, il est raisonnable de prévoir que pour le secteur de la mine, représentant un tiers des emplois, la plupart des postes seront aisément pourvus localement notamment en raison de l'expérience développée dans ce domaine et des filières de formation adaptées existantes ou en voie de développement (centre de formation aux techniques de la mine et des carrières de Poro par exemple). En revanche, les emplois qualifiés, liés à la maintenance industrielle et à la production des usines métallurgiques nécessiteront la mise en place et la poursuite d'actions de formation ciblées. Malgré ces efforts, les projets nécessiteront initialement la présence d'une main d'oeuvre qualifiée étrangère, notamment du fait de la complexité des procédés industriels.

Lors de sa visite sur le site de Koniambo, votre rapporteur a noté la très grande attention portée par les dirigeants du projet à la formation de jeunes afin de remplir les emplois qualifiés qui seront créés à cette occasion. Il apparaît que la construction de l'usine du Nord, attendue depuis une génération en province Nord par les populations locales, a suscité une forte demande de la part des salariés et des futurs diplômés. Il est primordial de réfléchir d'ores et déjà à la pérennisation des actions de formation, afin de ne pas décevoir les attentes suscitées, et d'associer au mieux les populations à ce grand projet.