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La défiscalisation des usines de traitement du nickel en Nouvelle-Calédonie

 

II. LES CARACTÉRISTIQUES DU PROJET 

Projet beaucoup plus avancé que dans le Nord dans sa conception, les principales données relatives au site de Goro sont désormais connues, et permettent de mesurer son ampleur.

Lors de son déplacement en Nouvelle-Calédonie, votre rapporteur a eu l'opportunité de rencontrer les membres du conseil d'administration d'INCO, conseil qui, pour la première fois dans l'histoire de la société, avait lieu en-dehors du Canada. En plus de l'intérêt des échanges qui ont eu lieu à cette occasion, il faut remarquer la portée symbolique de cette décision qui, dans l'esprit du président de la société, marque la volonté claire et ferme de s'engager en Nouvelle-Calédonie sur le long terme.

A. L'INFRASTRUCTURE DU PROJET

1. Une véritable ville à construire

L'usine définitive de Goro Nickel devrait avoir une capacité nominale de production annuelle de 60.000 tonnes de nickel et de 5.100 tonnes de cobalt. Par l'ampleur de ses infrastructures, le projet est particulièrement ambitieux. Il comprend en effet, outre une mine à ciel ouvert à Goro, des usines de préparation et de traitement du nickel et du cobalt, une centrale électrique au charbon de deux fois 50 MW, une usine de production d'acide sulfurique comprenant un stockage de 500 tonnes de dioxyde de soufre liquéfié, une centrale à vapeur, une usine de calcaire, un four à chaux, un port industriel en baie de Prony, une installation de traitement des effluents et son émissaire de rejet en mer, un site de stockage des résidus pour les six premières années d'exploitation de l'unité métallurgique et enfin une « base vie » pouvant accueillir 3.000 personnes durant la phase de construction.

2. Les ressources

Le domaine minier actuellement détenu par la société Goro Nickel se compose d'une soixantaine de concessions dont les trois quarts sont situées entre Prony et Port Boisé. Ce domaine couvre une surface d'environ 260 km2, dont le gisement de Goro ainsi que quelques amas satellites. D'autres concessions sont situées à Yaté ou encore dans la région de la plaine des Lacs. Un accord tripartite entre la société Goro Nickel, la SLN et la SMGM (petit mineur néo-calédonien) devrait permettre à la société Goro Nickel, en échange des titres pour chrome situés à Tiébaghi, d'acquérir la concession « STOP », détenue par la société SMGM et enclavée au sein du domaine minier de Goro Nickel.

Enfin, la société Goro Nickel détient également, sous forme de permis de recherches, le gisement de Prony. Il s'agit d'un vaste domaine (la moitié de Goro en tonnage avec des teneurs légèrement plus faibles en nickel) situé à quelques kilomètres du gisement de Goro et sur lequel, dans les années 1972-1975, les sociétés Amax (américaine) et Pennaroya (société « soeur » de la SLN au sein du groupe IMETAL) avaient projeté l'édification d'une unité métallurgique (Penamax - procédé HPAL « omnivore »). Cependant, le projet n'a pas abouti et les titres ont été annulés après une longue procédure juridique. Dès 1998, plusieurs sociétés ont souhaité obtenir ce domaine qui fut finalement octroyé, courant 2002, à la société Prony Nickel (filiale du groupe INCO). Cependant, l'attribution de ce domaine a soulevé de vives protestations, concrétisées par le dépôt de plusieurs recours. Le 23 décembre 2003, le tribunal administratif de Nouméa annulait le permis, mais le bureau de la Province Sud l'attribuait de nouveau le 29 décembre 2003. De nouveaux recours au tribunal administratif sont en cours.

Le gisement de Goro représente environ 366 millions de tonnes sèches de minerai latéritique dont les teneurs moyennes en nickel et cobalt sont respectivement de 1,59 % et 0,18 %.

Aujourd'hui la durée initiale du projet est de 20 ans, néanmoins, les ressources du gisement se révéleront probablement suffisantes pour que la durée d'exploitation du site soit prolongée. Il est à noter que d'autres gisements de forts potentiels sont présents dans cette région de la Nouvelle-Calédonie, notamment celui de Prony, les gisements de Port Boisé, détenus par la SLN ou encore Pernod, non attribué pour le moment mais sur lequel la société Goro Nickel a déjà fait part de ses intentions.

3. Les constructions à réaliser

a) La mine

L'exploitation minière sera conduite à ciel ouvert avec les techniques et moyens conventionnels. Du fait de l'importance des volumes de matériaux à déplacer, les moyens matériels seront dimensionnés en conséquence. INCO prévoit aujourd'hui des pelles hydrauliques d'une capacité de godet de l'ordre de 12 m3 et des tombereaux d'une capacité de charge nominale de l'ordre de 100 tonnes. Afin d'apprécier au mieux les contraintes auxquelles elle devra faire face à l'avenir, la société a débuté, courant septembre 2004, un exercice minier grandeur nature sur la partie sud de son gisement. L'objectif est multiple. D'abord, confirmer le modèle de la minéralisation établi à partir des sondages, obtenir des renseignements sur la tenue des matériaux et leurs comportements, notamment au niveau de leur portance et lors du stockage en verses stabilisés et, enfin, entraîner une première équipe de chauffeur à la conduite de telles opérations. Notons que tous les personnels employés aujourd'hui sur ce site ont suivi une formation spécifique, dispensée par le centre de formation aux techniques de la mine et des carrières. Tous sont originaires des tribus avoisinantes et formeront, d'ici à trois ans, les futurs chefs d'équipes.

Ce test minier a été l'occasion également pour INCO de tester l'efficacité des dispositifs qu'elle envisage d'utiliser à l'avenir afin de lutter contre les transferts de particules fines, issues de l'aire de la mine. Le test touche à sa fin et les ingénieurs sont particulièrement satisfaits des nombreux enseignements tirés de cette expérience, qu'ils jugent, avec le recul, cruciale.

b) Le stockage des résidus

Le site de stockage des résidus épaissis, pour les six premières années d'activités, en attendant d'avoir suffisamment d'espace disponible dans les fosses d'extraction, est situé entre la mine et l'unité métallurgique, dans une zone particulièrement favorable.

c) La centrale électrique

La centrale électrique, d'une capacité de 100 MW, est en cours d'installation. Ce n'est pas une infrastructure supportée financièrement par Goro Nickel mais par l'opérateur local d'énergie électrique, la société Enercal (Energie de Nouvelle-Calédonie) en partenariat pour ce projet avec le groupe Suez, au travers de la société Prony Energies.

Du fait de cette relation indirecte, l'arrêt de la construction du projet n'a pas empêché la société Enercal de poursuivre son propre projet et de décider, courant 2004 (quelques mois avant la confirmation de la reprise du chantier) la mise en oeuvre de la première tranche d'une capacité de 50 MW, destinée à satisfaire les besoins de la distribution publique de la Nouvelle-Calédonie. La seconde tranche alimentera le complexe industriel minier et métallurgique de production de nickel et de cobalt de Goro Nickel. L'énergie réservée pour la distribution publique sera évacuée sur le réseau interconnecté de transport.

d) Le port

Le projet nécessite pour son fonctionnement journalier l'importation de grandes quantités de matériaux, qu'il s'agisse du soufre, du calcaire, du charbon, qui seront acheminés à destination de l'unité métallurgique via des convoyeurs à bandes. Par ailleurs, une partie du personnel empruntera chaque jour un ferry au départ de Nouméa puis sera conduit sur le site de l'usine par autocars. Le port comprend donc un poste d'accostage polyvalent à piles, une rampe d'accueil pour les caboteurs, un terminal de correspondance pour le personnel, les aires de manutention et de chargement des convoyeurs ainsi que des réservoirs de combustibles reliés à l'usine par des pipelines.

e) L'unité de fabrication de l'acide sulfurique

Il s'agit d'une unité de taille modeste dont le rôle est d'assurer le mélange du dioxyde de soufre (SO2) et de l'eau (H2O) pour former de l'acide sulfurique (H2SO4). L'énergie dégagée par la réaction, très exothermique, est récupérée et valorisée au niveau du procédé. Cette installation comprend un système de filtration et de fixation des fumées destiné à réduire la libération d'oxydes et de trioxydes de soufre dans l'atmosphère.

f) L'usine de calcaire

Le calcaire transporté depuis le port sera tamisé, broyé et calciné (obtention d'un oxyde simple dénommé « chaux vive ») avant d'être mélangé à de l'eau pour former un lait de chaux. Ce dernier sera alors utilisé pour neutraliser l'acide sulfurique contenu dans les liqueurs et les résidus à la sortie de l'autoclave.

g) Les unités de pré-traitement et de traitement des effluents

Tous les effluents acides du site industriel seront collectés et traités avant d'être stockés ou rejetés dans la nature. Les boues résiduelles du procédé de lixiviation (boues de l'autoclave), qui constituent l'essentiel des rejets du projet, seront tout d'abord neutralisées avec du lait de chaux dans l'unité de pré-traitement des effluents, puis pompées sous forme de pulpe vers l'unité de traitement des effluents. Dans cette seconde unité une nouvelle neutralisation à la chaux est opérée pour augmenter le PH à 7.5 (neutralité acide/base) puis la pulpe est acheminée vers un bassin de décantation où les solides sont séparés de l'effluent.

Cette première opération produit un résidu épaissi contenant environ 50 % de matières solides, qui est pompé vers la zone de stockage des résidus.

Le résidu de cette première séparation est acheminé vers une deuxième étape de traitement où l'ajout de lait de chaux (augmentation du PH) précipite les derniers métaux lourds et autres polluants (ce procédé de traitement est assez conventionnel et éprouvé de longue date à travers le monde). Après une seconde phase de décantation, les solides sont retournés en tête de traitement et le surnageant est quant à lui évacué via un émissaire de rejet dans le canal de la Havannah. Les quantités de métaux rejetés sont conformes aux normes européennes en vigueur, exception faite toutefois du manganèse, dont la valeur maximale est 100 fois supérieure au seuil réglementaire.

Etant donné l'incapacité à anticiper l'éventualité d'un impact sur l'environnement marin en l'état actuel des connaissances scientifiques, il a été décidé d'appliquer le principe de précaution.

Ce point, particulièrement important, c'est-à-dire la question environnementale, fait l'objet de plus amples développements dans la suite de ce rapport.

h) Les infrastructures routières

S'agissant des infrastructures routières, l'axe majeur est constitué par la route qui relie l'unité métallurgique à la mine et sur laquelle seront également installés les pipelines permettant l'acheminement de la pulpe de minerai vers l'usine. Comme cette route longe également le site de dépôt des résidus épaissis, l'ouverture d'un nouveau tronçon s'avère nécessaire afin d'élever la hauteur de l'accès définitif à une soixantaine de mètres.

Afin de garantir l'accès du public à la baie de Prony, la société Goro Nickel a financé la construction d'un nouvel accès qu'elle a remis gracieusement à la province Sud en remplacement de la route du port dont elle se réserve l'usage exclusif.