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La défiscalisation des usines de traitement du nickel en Nouvelle-Calédonie

 

B. LA PRODUCTION MONDIALE DE NICKEL

1. Une production relativement concentrée sur le marché mondial

Le nickel est un métal répandu sur l'ensemble de la planète, mais cette offre abondante est relative, car les lieux où l'exploitation est économiquement viable restent très localisés, ce qui explique la concentration des zones de production.

La production minière mondiale de nickel s'est élevée en 2004 à 1.267.000 tonnes, la production de nickel primaire atteignant 1.246.000 tonnes.

a) Les zones de production

Les 5 principaux pays miniers sont la Russie (19 % de la production minière), le Canada (15 %), l'Australie (11 %), l'Indonésie (11 %) et la Nouvelle Calédonie (9 %).

Les cinq principaux pays miniers

(en %)

Pays

Part estimée dans la production mondiale

Russie

19

Canada

15

Australie

11

Indonésie

11

Nouvelle-Calédonie

9

Source : secrétariat de la CNUCED, d'après les données statistiques du groupe d'étude international du nickel

En ce qui concerne le nickel raffiné, la Russie reste le premier producteur avec 20,7 % devant le Japon (13,5 %), le Canada (12,1 %) et l'Australie (9,6 %). Avec 4,2 %, l'ensemble composé de la France métropolitaine et de la Nouvelle Calédonie est à la 7ème place.

b) Les grands groupes

L'industrie du nickel est relativement concentrée au niveau mondial : les cinq premiers groupes mondiaux assurent plus de 60 % de la production, et un seul de ces groupes a son siège dans un pays en transition (Norilsk pour la Russie).

Ce dernier et le canadien INCO réalisent chacun environ 20 % de la production mondiale. BHP Billiton, qui vient de racheter l'australien WMC devient le 3ème producteur mondial avec environ 12 %, suivi de Falconbridge (8 %) et d'Eramet (6 %).

Les principaux groupes producteurs de nickel en 2004

(en %)

Producteur

Part estimée dans la production mondiale

Norilsk (Russie)

20

INCO (Canada)

20

BHP Billiton (Australie)

12

Falconbridge (Canada)

8

Eramet (France)

6

Source : secrétariat de la CNUCED, d'après les données statistiques du groupe d'étude international du nickel

L'industrie du nickel semble, de plus, connaître un mouvement croissant de concentration. Amorcé par le rachat d'Outokumpu par OMG, il s'est poursuivi avec le rapprochement capitalistique entre WMC et BHP-Billiton en 2005.

Lors de son déplacement en Nouvelle-Calédonie, votre rapporteur spécial a également suivi avec un intérêt tout particulier les rumeurs de rachat des activités minières de Falconbridge, opérateur de l'usine du Nord, par la société chinoise Minmetals. Les discussions n'ont finalement pas abouti avec l'acteur chinois, mais ont trouvé un écho à l'occasion d'une prise de participation de 20 % du capital de Falconbridge par Xstrata en août 2005. Tout cela met en évidence l'intérêt nouveau des grands groupes mondiaux pour le nickel, intérêt alimenté par la hausse continue des cours.

2. Les tendances récentes du marché

a) De grands projets en cours

La production de nickel primaire a augmenté d'un peu plus de 5 % en 2004, et devrait connaître un rythme de croissance comparable en 2005. Cette croissance devrait être essentiellement liée pour cette année à l'augmentation de la production d'Eramet en Nouvelle-Calédonie et à une reprise de la production australienne.

A moyen terme, deux grands projets devraient assurer une hausse de l'offre :

Goro (INCO) en Nouvelle-Calédonie, pour une production d'environ 54.000 tonnes par an ;

Ravensthorpe-Yabulu (BHP-Billiton) en Australie pour 45.000 tonnes par an.

Aucun de ces projets ne devrait, dans le meilleur des cas, démarrer sa production avant 2008. L'autre grand projet d'INCO, Voisey Bay au Canada, a démarré sa production minière, mais celle-ci se substituera à celle d'autres mines en Ontario et au Manitoba pour alimenter l'usine de Sudbury, et ne devrait donc pas se traduire par une augmentation majeure de production de nickel primaire à court terme.

b) Une demande mondiale qui croît de manière continue

La consommation mondiale de nickel primaire a atteint 1.249.000 tonnes en 2004.

Sur la période des 40 dernières années, la croissance de la consommation mondiale de nickel s'est établie autour de 4 % par an, tirée par l'augmentation de la production mondiale d'acier dont la croissance s'est établie pour sa part dans la même période à environ 6 % par an.

L'Union Européenne (UE 15) est le premier consommateur avec 428.000 tonnes, soit 34,3 % de la consommation mondiale. Elle est suivie par le Japon (15,4 %) puis par la Chine (11,3 %) et les Etats-Unis (11,3 %).

La consommation de nickel a connu une légère hausse en 2004 du fait de la forte progression de la demande chinoise ainsi que de la bonne tenue de la demande américaine. L'augmentation de la consommation a toutefois été limitée par la forte hausse des cours du nickel depuis la fin de l'année 2003, qui a entraîné une augmentation de la production d'inox ferritique (à faible teneur en nickel contrairement aux inox austénitiques), essentiellement en Asie, voire des substitutions totales dans d'autres régions.

Selon les prévisions de l'International Nickel Study Group, la consommation mondiale pourrait augmenter de 4,5 % en 2005 en raison de la hausse de la demande chinoise (+ 15 %) et de la bonne tenue de la demande en Europe (+ 5,5 %) et aux Etats-Unis (+ 3,8 %).

A moyen terme, les prévisionnistes tablent sur une augmentation de 5 % en rythme annuel de la production mondiale d'inox. Cela pourrait se traduire par une hausse équivalente de la consommation de nickel ; toutefois ceci dépendra de la qualité des inox produits (austénitiques ou ferritiques) et du taux d'utilisation des scraps (chutes d'inox) pour la production, ces éléments étant eux mêmes liés au cours du nickel.

c) Un cours extrêmement volatil, qui a connu une forte hausse ces dernières années

Les différents projets de construction d'usines liées au nickel en Nouvelle-Calédonie ont considéré des niveaux de prix du nickel respectivement de 3,25 dollars la livre sans inflation et de 3,00 dollars la livre avec inflation.

Compte tenu du niveau de prix courants, ces hypothèses peuvent paraître très conservatrices. En effet, expérimentant actuellement une période de haut de cycle, les cours présents du nickel au LME (London Metal Exchange) fluctuent autour de 7 dollars la livre, et ont oscillé entre 5,5 et 7 dollars la livre en 2004.

Le cours du nickel a cependant connu de fortes variations depuis 1990. Entre 2001 et 2004, il est passé de 6.000 dollars par tonne à 13.700 dollars par tonne, avec des pics à plus de 17.000 dollars. Il se situe actuellement aux alentours de 14.000 dollars. La forte hausse du cours du nickel au second semestre 2003 s'explique notamment par la situation déficitaire du marché en 2003 (- 40.000 tonnes), liée d'une part à la hausse de la consommation, notamment chinoise, et aux faibles augmentations de production les années précédentes.

Le marché du nickel

« Seule une partie de la production du nickel est vendue sur le marché au comptant. La grande majorité du commerce est traitée au travers de contrats à long terme ou d'arrangements intra-sociétaires. Les utilisateurs de nickel raffiné tels que les fonderies d'acier s'approvisionnent directement auprès des compagnies productrices. Depuis la naissance au début des années 1980 du contrat à terme négocié sur le London Metal Exchange (LME), les cours cotés sur ce marché sont considérés comme la référence internationale. Ils sont donc couramment utilisés en référence dans les formules retenues pour les ventes à long terme et pour les livraisons au travers des entrepôts accrédités par le LME. En effet, lors de l'expiration d'un contrat à terme, l'échange d'un titre de propriété, le warrant, portant sur un lot spécifique stocké au LME est entrepris. Le warrant précise également sous quelle forme doit être livré le nickel (par exemple : cathodes de 100mm sur 100mm), ainsi que la taille, le contenu et l'emballage de chaque lot. Depuis la fin des années 1990, un certain nombre d'initiatives ont été menées afin de mettre en place des plateformes électroniques permettant la cotation des prix en continu et l'émergence d'une autre forme de commercialisation de plus en plus virtuelle ».

Source : secrétariat de la CNUCED, d'après les données statistiques du groupe d'étude international du nickel

Ce déficit est en train d'être résorbé, et le marché du nickel devrait être proche de l'équilibre en 2005. La faiblesse du dollar est un autre facteur à prendre en considération. On peut raisonnablement considérer que le cours du nickel est actuellement en haut de cycle, et qu'il devrait vraisemblablement décroître en 2006, voire dès le second semestre 2005. Compte tenu de l'ampleur des nouveaux projets, il est à noter que les cours pourraient également baisser vers 2007-2008.

Evolution du cours du nickel

(en dollars par tonne)