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La hausse des prix du pétrole : une fatalité ou le retour du politique

 

N° 105

SÉNAT

SESSION ORDINAIRE DE 2005-2006

Annexe au procès-verbal de la séance du 24 novembre 2005

RAPPORT D'INFORMATION

FAIT

au nom de la délégation du Sénat pour la planification (1) sur les perspectives d'évolution du prix des hydrocarbures à moyen et long terme,

Par MM. Joseph KERGUERIS et Claude SAUNIER,

Sénateurs.

(1) Cette délégation est composée de : M. Joël Bourdin, président ; M. Pierre André, Mme Évelyne Didier, MM. Joseph Kergueris, Jean-Pierre Plancade, vice-présidents ; MM. Yvon Collin, Claude Saunier, secrétaires ; MM. Bernard Angels, Gérard Bailly, Yves Fréville, Yves Krattinger, Philippe Leroy, Marcel Lesbros, Jean-Luc Miraux, Daniel Soulage.

Pétrole et dérivés.

INTRODUCTION

Réunie le 22 juin dernier sous la présidence de M. Joël BOURDIN, président, la Délégation parlementaire pour la planification du Sénat a confié à vos deux rapporteurs une étude sur l'évolution des prix du pétrole à moyen terme. A cette époque, le baril de brut s'échangeait à 55 dollars et la presse commentait chaque semaine ses mouvements à la hausse et à la baisse.

L'objectif de cette étude était triple.

D'abord, il convenait de prendre de la distance face à cette tourmente médiatique afin d'analyser en profondeur les mécanismes de fixation des prix du pétrole et de comprendre les raisons de cette hausse. En effet, si les journaux et les magazines se sont largement saisis de ce thème, l'analyse proposée est souvent partielle et ne permet pas de confronter les différents points de vue pour se forger une opinion. Or, le Parlement ne peut agir efficacement que s'il est bien informé.

Par ailleurs, face à la multiplication des déclarations aussi variées que contradictoires sur l'évolution des prix du pétrole, cette étude devait clarifier le débat à travers l'analyse des hypothèses sur lesquelles se fondent les différentes estimations et élaborer ses propres projections.

Enfin, cette étude avait pour finalité de mesurer l'impact de la hausse des prix du pétrole sur l'économie mondiale : entre 2003 et 2005, les prix ont été multipliés par 2,2. Il s'agit donc bien d'un nouveau choc pétrolier, même s'il se distingue des deux premiers sur de nombreux points.

Les enjeux liés à l'augmentation des prix du pétrole sont de taille. En 2004, la facture pétrolière globale de la France (pétrole brut et produits raffinés) a augmenté de 26,9% pour atteindre 23,14 milliards d'euros. A 28,35 milliards d'euros, la facture énergétique de la France représente désormais 1,75% du PIB, un niveau jamais atteint depuis 1986.

Deux thèses s'affrontent. Pour certains, les tensions sur le marché, fortement liées à la quasi-disparition des capacités résiduelles de production, pourraient s'apaiser à l'horizon de quelques trimestres ou de quelques années avec la disparition du sous-investissement en capacités pétrolières. Le Cambridge Energy Research Associates (CERA) estime ainsi qu'à partir de 2007-2008, la monde connaîtra de nouveau une période de surcapacités de production de pétrole par rapport à la demande qui engendrera une baisse relativement importante des prix.

D'autres, au contraire, sont persuadés que la zone d'équilibre des prix du pétrole s'est durablement déplacée vers le haut en raison d'une demande structurellement forte qui ne pourra être satisfaite sans une hausse du coût marginal de production.

Vos rapporteurs se sont donc intéressés aux facteurs qui déterminent l'offre et la demande de pétrole sur un marché qui s'est mondialisé : aujourd'hui, une modification dans l'offre ou la demande en provenance d'une zone géographique, voire d'un pays « stratégique » (les Etats-Unis et la Chine en ce qui concerne la demande, les grands pays producteurs en ce qui concerne l'offre) a aussitôt des répercussions sur les prix mondiaux.

Pour accomplir leur mission, vos rapporteurs ont confronté les statistiques de l'Agence Internationale de l'Énergie, du Fonds Monétaire International, du département fédéral de l'énergie américain, de l'Institut Français du Pétrole (IFP), de l'OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole) et de l'Association for the Study of Peak Oil.

Ils ont également analysé les études sur l'évolution des prix du pétrole publiées récemment non seulement par les institutions mentionnées précédemment, mais également par la Direction de la Prévision et de l'analyse économique, les grands instituts de conjoncture, de nombreux centres de recherche français et étrangers, des chercheurs indépendants, des analystes financiers et certaines compagnies pétrolières.

Enfin, ils ont auditionné plus de 40 personnes aussi bien en France qu'aux Etats-Unis.

C'est le résultat de ce travail de synthèse des analyses et de confrontations des points de vue que vos rapporteurs souhaitent aujourd'hui vous présenter.

I. LA SITUATION ACTUELLE : UN COURS DU PÉTROLE EN FORTE HAUSSE DEPUIS 3 ANS

Depuis trois ans, les prix moyens du pétrole ont fortement augmenté, passant de 20 dollars pendant les années 90 à plus de 50 dollars en 2005. Avant d'analyser les causes de cette forte hausse, il convient de rappeler les grandes évolutions du prix du pétrole depuis le début des années 30.

A. UN BREF HISTORIQUE

Un bref historique montre en effet que les prix du pétrole ont longtemps été très bas.

Prix du pétrole depuis 1861 en dollars

Source : British Petroleum

Source : British Petroleum

1. 1930-1973 : une très longue période de stabilité des prix du pétrole

Le pétrole a longtemps été une denrée peu chère, permettant l'essor économique des Etats-Unis et des pays européens. Ainsi, entre 1930 et 1973, son cours a évolué entre 10 et 15 dollars le baril (dollars 2004).

La création de l'OPEP (Organisation des Pays Exportateurs de Pétrole) le 14 septembre 1960 par le Vénézuela, l'Arabie saoudite, l'Irak, l'Iran et le Koweit n'a pas entraîné de modification des prix.