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La hausse des prix du pétrole : une fatalité ou le retour du politique

 

CONCLUSION

Au terme de cette étude, les perspectives d'évolution des prix du pétrole et des produits raffinés sont plutôt sombres.

Pour les trois à cinq prochaines années, de fortes tensions sur les prix sont à prévoir à moins d'un retournement de la conjoncture économique. En effet, les sous-investissements cumulés pendant des années non seulement dans de nouvelles capacités de production, mais également dans l'industrie du raffinage, combinés à une offre saturée aussi bien au niveau de l'industrie parapétrolière que des transports maritimes vont rendre l'adaptation de l'offre à la croissance de la demande mondiale difficile. En conséquence, les marchés seront très sensibles à tout aléa climatique ou politique et leur volatilité restera importante.

Certes, le niveau actuel des prix a favorisé le lancement de nouveaux projets d'exploitation de pétrole et de création ou/et d'extension de raffineries : d'ici 2010, les capacités de raffinage devraient augmenter de 2 millions de barils/jour. En ce qui concerne l'industrie parapétrolière, pour ne prendre que l'exemple de la Norvège, 45 plateformes et 15 appareils de forage de haute profondeur seraient en construction. Toutefois, ces investissements ne porteront leurs fruits que dans trois à cinq ans en raison des délais incompressibles entre la prise de décision de l'investissement et son aboutissement.

A moyen et long terme, les prix du pétrole devraient au mieux évoluer dans une fourchette de 40 à 50 dollars tout en pouvant, au moins de manière temporaire, augmenter brutalement et dépasser les 100 dollars.

En effet, la demande de pétrole sera structurellement forte en raison de l'effet de rattrapage des économies des pays en développement et de l'augmentation du niveau de vie de leur population. Il convient ainsi de rappeler que les ¾ de la croissance de la demande mondiale devraient provenir des pays en développement et que les transports devraient absorber les 2/3 de la croissance de la consommation de pétrole.

Au contraire, de graves incertitudes demeurent sur la capacité des producteurs à satisfaire la demande, aussi bien en ce qui concerne les pays non OPEP que les pays de l'OPEP.

Les prévisions de production des pays non OPEP sont contrastées, voire contradictoires selon la date retenue du pic de production des plus grands pays producteurs. Plus généralement, ces pays devront relever de nombreux défis au niveau technique, financier et écologique s'ils veulent augmenter leurs capacités de production puis, à moyen terme, en freiner le ralentissement.

En ce qui concerne les pays de l'OPEP, les incertitudes portent à la fois sur leur capacité technique et leur volonté politique à satisfaire entièrement la croissance de la demande mondiale de pétrole.

La première interrogation concerne la réalité de leurs réserves dont le montant n'a jamais pu être contrôlé par un expert indépendant. En outre, les réserves constituent une condition nécessaire au développement de l'offre, mais pas suffisante. Compte tenu des caractéristiques de leurs gisements, les pays de l'OPEP ne pourront augmenter fortement et durablement leur volume de production que s'ils arrivent à prolonger les plateaux des champs dits super géants le plus longtemps possible tout en développant de nouveaux champs qui restent à découvrir. Cela implique des investissements financiers considérables.

Enfin, les pays de l'OPEP n'ont pas vraiment un intérêt objectif à jouer le rôle de producteur d'appoint pour satisfaire la croissance mondiale de la demande de pétrole dans son intégralité. En effet, pour que le pétrole leur assure des revenus réguliers sur le long terme, il leur faut éviter une exploitation intensive des gisements qui accélère leur taux de déclin. Par ailleurs, il leur faut prévenir une baisse des prix, préjudiciable pour leurs finances publiques et leur économie. Or, le maintien de tensions entre l'offre et la demande reste le moyen le plus efficace pour contenir les prix.

Pour autant, un niveau élevé des prix du pétrole n'est pas sans risque pour la croissance économique mondiale même si l'impact de ce troisième choc pétrolier a été globalement réduit jusqu'à présent. Certains pays africains sont déjà durement touchés et compte tenu du faible taux de croissance de la zone euro, toute baisse du PIB a des répercussions proportionnellement plus importantes dans cette région qu'aux Etats-Unis ou en Asie.

En ce qui concerne la France, l'étude d'impact réalisée à partir du modèle macroéconomique NEMESIS montre qu'au bout de 25 ans, avec un prix du brut maintenu à 60 dollars, la trajectoire de croissance de la France est de 1,6 point de PIB inférieure à celle estimée dans un scenario où le prix du pétrole reste à 30 dollars. Le choc pétrolier grève les finances publiques en raison de la baisse des accises sur les produits pétroliers et de la diminution de la fiscalité générale due à la contraction du PIB. Enfin, le niveau d'emploi est inférieur de 1% par rapport au scenario sans hausse de pétrole.

Néanmoins, la hausse des prix du pétrole n'est pas une fatalité et puisque les incertitudes sont grandes sur la possibilité de l'offre à satisfaire la demande, il convient de jouer sur la demande. Les pouvoirs publics peuvent donc exercer une réelle influence à travers une politique volontaire de diminution de la consommation de pétrole.

La nécessité de réduire la demande de pétrole donne ainsi une nouvelle dimension à la politique de lutte contre les émissions de gaz à effet de serre. Jusqu'à présent, celle-ci était défendue pour des raisons exclusivement liées à l'environnement. Les perspectives de prix du pétrole élevés la rendent en outre « rentable » économiquement.

La mission interministérielle de l'effet de serre a effectué des prévisions sur le montant de la facture énergétique de la France pour 2050 selon qu'une politique de maîtrise de l'énergie sera appliquée ou non. Elle a retenu un doublement des prix du pétrole (56 dollars) et du gaz et une hausse de 20% des prix de l'électricité, du charbon et des énergies renouvelables. Les résultats sont les suivants.

Sans maîtrise de l'énergie, la dépense énergétique de la France s'élève à 239,4 milliards d'euros en 2050. Si la part de l'énergie dans le PIB reste constante, la facture énergétique se réduit à 183,5 milliards d'euros. Si la France respecte ses objectifs de réduction par 4 de ses émissions de gaz à effet de serre, la dépense énergétique n'est plus que de 90,5 milliards d'euros.

Il apparaît ainsi que la France a un intérêt économique évident à réduire sa consommation de pétrole. En 2050, les transports devraient absorber plus de 62% de la consommation totale de pétrole dans le scenario sans maîtrise de l'énergie. Comme la diminution par 4 des émissions de gaz à effet de serre implique que le secteur des transports arrive à se dégager de sa dépendance vis-à-vis du pétrole, l'économie française deviendrait ainsi largement insensible aux hausses de prix du pétrole. Sa compétitivité serait également renforcée.

La politique d'économie d'énergie et d'optimisation des énergies à travers leur diversification doit donc devenir une priorité nationale. La France a adopté récemment une loi d'orientation sur l'énergie dont l'objectif affiché est de diviser par 4 ses émissions de gaz à effet de serre. Cette initiative va dans le bon sens mais vos rapporteurs s'interrogent sur la faiblesse des moyens financiers mis à sa disposition pour atteindre cet objectif très ambitieux. Le débat national sur ce sujet doit donc être relancé et l'opinion publique mobilisée.

Le temps presse en raison de l'inertie des comportements et de notre structure énergétique. Or, rien ne serait pire que, faute d'une action suffisamment efficace des pouvoirs publics, la France se retrouve dans une situation où elle devrait, non seulement faire face à un pétrole très cher, mais également prendre des mesures drastiques en matière d'énergie pour lutter contre l'effet de serre parce qu'elle n'aurait pas imposé les décisions nécessaires au bon moment.