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Filière arboricole

 

7. Un manque de compétitivité dû à des coûts sociaux élevés

La compétitivité-prix des produits français est très largement inférieure à celle de ses principaux concurrents, et ce en raison de coûts salariaux importants. La différence serait, selon le rapport du député Jacques Le Guen sur les distorsions de concurrence entre pays membres de l'Union européenne en matière agricole liées à l'emploi11(*), de 40 à 70 %.

Le secteur arboricole est très fortement employeur de main d'oeuvre : à titre d'exemple, il faut environ une heure de travail manuel pour récolter 15 kg de cerises. Or, les contraintes liées au coût du travail se sont aggravées depuis 2000, avec la mise en place de la réduction de la durée légale du travail à 35 heures, le coût de la main d'oeuvre ayant augmenté pour les arboriculteurs de 25 à 35 % depuis cette date.

Ce constat n'est pas nouveau. Ainsi, le problème avait été largement soulevé dès 1997 dans le rapport d'information sénatorial que MM. Jean Huchon, Jean-François Le Grand et Louis Minetti12(*) avaient publié sur le sujet. Y était en effet préconisé un « allègement, pour les exploitations, des charges sociales pesant sur la main-d'oeuvre, notamment saisonnière », en vue de redynamiser la filière.

L'écart entre le coût de la main d'oeuvre en France et chez nos principaux concurrents ne cesse de croître : il est aujourd'hui 10 % supérieur à celui de l'Italie, où 67 % de la main d'oeuvre agricole ne serait pas déclarée, et 30 % à celui de l'Espagne, voire davantage. Ainsi, le coût de production moyen d'un kilo de nectarines est de 40 centimes d'euros environ au-delà des Pyrénées, contre 1 euro en deçà. Quant à l'Allemagne, elle tend à devenir une sérieuse concurrente depuis qu'elle fait appel à de la main d'oeuvre polonaise.

8. Une faible attractivité pour les salariés et les exploitants

Employant une main d'oeuvre essentiellement saisonnière, le secteur arboricole connaît des difficultés croissantes à recruter et à fidéliser des travailleurs, que ce soit d'un point de vue quantitatif ou qualitatif. Plusieurs raisons peuvent être avancées pour expliquer les tensions observées sur ce marché sectoriel du travail :

- pénibilité des tâches requises, relevant quasi systématiquement de travaux manuels demandant, pour certains, une importante endurance physique ;

- caractère saisonnier du travail, souvent concentré durant l'été et le début de l'automne ;

- précarité des relations contractuelles, avec un nombre particulièrement élevé de contrats à durée déterminée ou à temps partiel ;

- localisation des sites de travail dans des zones rurales, difficilement accessibles pour une population urbaine ou suburbaine ;

- faiblesse des salaires, variant souvent au niveau du SMIC ;

- absence de perspectives d'ascension professionnelle...

Dans un tel contexte, le cycle de recrutement devient de plus en plus problématique pour les employeurs, certains d'entre eux devant faire appel à une main d'oeuvre étrangère. Cette utilisation de salariés provenant de pays extérieurs à l'Union européenne n'est pas sans poser de problèmes : elle requiert en effet une autorisation de l'Office des migrations internationales (OMI). Si celle-ci n'est pas demandée ou obtenue, elle expose les contrevenants à d'importantes sanctions de nature administrative et pénale.

Enfin, on rapprochera des problèmes de recrutement de main d'oeuvre et ceux liés à la difficulté pour les exploitants proches de l'âge de la retraite de transmettre leur entreprise. Du fait des éléments précédemment évoqués, les arboriculteurs, dont la moyenne d'âge est aujourd'hui élevée, peinent à convaincre leurs enfants de reprendre l'exploitation familiale, voire les en dissuadent. C'est ainsi qu'un nombre croissant de vergers sont abandonnés, les surfaces arrachées étant aujourd'hui supérieures aux surfaces plantées.

* 11 Etude comparée au niveau européen de l'impact de la concurrence sur l'emploi dans le secteur agricole, rapport fait par M. Jacques Le Guen à la demande de M. Jean-Pierre Raffarin, Premier ministre, en mai 2005.

* 12 Fruits et légumes : une véritable ambition pour le secteur, rapport d'information fait par MM. Jean Huchon, Jean-François Le Grand et Louis Minetti au nom de la commission des affaires économiques et du plan du Sénat, 1996-1997, n° 354.