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Travaux de la délégation française à l'Assemblée de l'Union de l'Europe occidentale au cours de la première partie de la 52ème session ordinaire (2006) de cette assemblée

 

D. DISCOURS DE M. VUK DRASKOVIC, MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES DE LA SERBIE

« Mesdames, Messieurs, chers amis, c'est pour moi un grand plaisir d'être des vôtres aujourd'hui.

« Quand j'ai accepté votre invitation, j'occupais les fonctions de Ministre des affaires étrangères de la Serbie et du Monténégro. Désormais, je ne représente que l'État de Serbie. Le peuple monténégrin s'est prononcé pour « le divorce », et la Serbie respecte sa volonté.

« Vous attendez de moi une synthèse des priorités stratégiques de la Serbie en matière de politique étrangère. Je m'efforcerai d'être bref.

« Imaginons un avion. L'UE est son fuselage. La Serbie souhaite disposer d'un siège à bord de l'avion de l'Europe. Bien entendu, le moteur a été fabriqué en Serbie et je puis vous assurer que nous avons des qualifications tout à fait respectables pour prendre notre envol vers Bruxelles. En dehors de l'UE, nous voudrions avoir des relations de partenariat spéciales avec d'autres pays, avant tout avec les États-Unis et la Russie. Ils constituent les ailes de cet aéronef serbe.

« Je vais maintenant vous citer quelques atouts qui devraient permettre à la Serbie d'avancer à pas de géant vers Bruxelles. C'est un pays passerelle entre l'Europe et l'Asie ; un pont entre les marchés des Balkans et de la Russie, puisque nous sommes le seul pays de l'Europe du Sud-Est à avoir conclu un Accord de libre-échange avec la Russie, et nous sommes sur le point de signer un accord similaire avec l'Ukraine. La Serbie est un pont entre le Danube, qui est l'épine dorsale de l'Europe, le Monténégro et la mer Adriatique. Si, dans le monde actuel, les denrées alimentaires, l'eau et l'énergie sont les principales richesses, la Serbie dispose des trois. Elle peut se prévaloir d'un énorme gisement en ressources humaines hautement qualifiées et diversifiées, puisque près d'un million de Serbes ont travaillé pendant des décennies dans les pays de l'UE, surtout en Allemagne, en Autriche et en France, ainsi qu'aux États-Unis, au Canada et en Australie.

« L'objectif stratégique de l'UE est d'européaniser les Balkans occidentaux. Cette appellation relève de la géographie politique. Les Balkans occidentaux comprennent les pays de l'ex-Yougoslavie, moins la Slovénie, plus l'Albanie. La Serbie est le plus grand et le plus central des pays de la région. Notre choix stratégique est d'entretenir les meilleures relations avec nos voisins, tandis que par nécessité historique mutuelle et par devoir, des liens particuliers se sont noués avec le Monténégro. Nous avons un potentiel non négligeable d'expansion de notre coopération économique avec le Japon, la Chine et de nombreux pays d'Asie, d'Afrique et d'Amérique du Sud. Et nous avons avec l'ensemble de ces pays des relations politiques sans nuage.

« La question qui se pose est la suivante : pour quelle raison la Serbie est-elle à la traîne sur la route vers l'UE ? La réponse est que nous remplissons toutes les conditions pour monter à bord de l'avion de l'Europe, mais nous avons une mauvaise note : sur le plan social, nous n'avons pas honoré toutes nos obligations à l'égard du Tribunal de La Haye. Nous n'avons pas été en mesure d'arrêter le Général Ratko Mladic, et de ce fait, il tient la Serbie et nous tous en otages.

« La Serbie a incontestablement le devoir moral et national de lever cet obstacle. Cependant, à la place de la Commission européenne, je considérerais que l'avenir d'un pays et de ses huit millions de citoyens est plus important que la capture d'un homme en fuite figurant sur un avis de recherche. Un homme seul ne va pas et ne peut pas plomber l'avenir européen de la Serbie. En toute logique, la police serbe ne va pas le pourchasser ad vitam aeternam, et il ne pourra pas rester éternellement un fugitif.

« Seule une décision arbitraire des puissants de ce monde pourrait entraîner l'extinction des lumières européennes en Serbie : celle de proclamer sur le territoire de la Serbie un nouvel État albanais dans les Balkans. Je parle évidemment du Kosovo. Les Serbes du monde entier, et pas seulement en Serbie, percevraient une telle décision comme une humiliation nationale, et un tel sentiment pourrait difficilement inciter à l'europhilie dans mon pays. Les forces politiques rétrogrades prendraient probablement le pouvoir à Belgrade, et pour celles-ci, l'UE, les États-Unis et l'OTAN sont des ennemis. Il est donc évident que la victoire de ces forces modifierait dramatiquement le cours de la politique étrangère actuelle de la Serbie, et que d'après la loi des dominos, la région dans son ensemble pourrait basculer dans une spirale dangereuse.

« Les choix électoraux des citoyens de Serbie sont, de toute évidence, une affaire intérieure. Cependant, c'est la communauté internationale, par sa politique étrangère envers la Serbie, qui détient le pouvoir exclusif d'autoriser les puissants de ce monde à humilier et morceler la Serbie.

« Nous voulons deux choses seulement : des garanties internationales pour protéger les droits des Serbes au Kosovo, et le respect des frontières reconnues internationalement de l'État de Serbie. A quel titre ces deux droits nous seraient-ils déniés ?

« Plutôt que de brouiller les cartes, il vaut mieux dire franchement que les Serbes et la Serbie n'ont pas les mêmes droits que tous les autres peuples et tous les autres États. D'aucuns prétendent que les Albanais du Kosovo ont le même droit à l'autodétermination que les Monténégrins. C'est une double violation de l'histoire et du droit. Jusqu'à la fin de la Première guerre mondiale, jusqu'à la création de la Yougoslavie, le Monténégro était un État souverain reconnu internationalement. Cela n'a jamais été le cas pour le Kosovo. Le royaume de Serbie a adhéré à la Yougoslavie. Le Kosovo qui faisait partie de ce royaume et n'était ni une région séparée, ni une province, a fait de même. Dans l'ex-Yougoslavie communiste, le Monténégro était une république d'État avec le même statut que la Serbie, la Croatie, la Bosnie-Herzégovine, la Macédoine et la Slovénie. Le Kosovo n'a jamais bénéficié d'un tel statut. Le Kosovo était une province de la république d'État de Serbie.

« La question à poser est la suivante : le statut du Kosovo sera-t-il déterminé par la force du droit ou par le droit du plus fort ? Malheureusement, la Serbie ne détient pas la réponse. Si la décision est prise de déclarer le Kosovo comme un État souverain reconnu sur le plan international, la Serbie ne l'acceptera ni par la force ni par la persuasion.

« La politique étrangère de la Serbie n'est pas en cause aujourd'hui. Son évolution et la personnalité de ceux qui la représenteront demain dépendront, chers amis, de la position que vont adopter le Groupe international de contact et le Conseil de sécurité des Nations unies sur le droit incontestable de l'État de Serbie à être respecté ès qualités et à ne pas être traité comme un territoire à l'abandon qu'on peut mettre en pièces. »

Puis, M. Vuk Draskovic a dialogué avec l'Assemblée.

À une question portant sur le désir d'indépendance de la majorité de la population de la région du Kosovo, sur l'exil continu des habitants d'origine serbe et sur leur hypothétique retour, le Ministre a répondu qu'après le 10 juin 1999, les Albanais ont expulsé 220 000 Serbes du Kosovo, tué plus d'un millier de civils parmi lesquels de nombreux enfants et détruit 40 000 maisons et 15 000 édifices religieux. S'agissant du retour des Serbes au Kosovo, tout dépend des négociations sur son futur statut. Si le Kosovo devait être reconnu comme un État souverain indépendant, aucun Serbe n'y retournerait et ce qui reste sur place de population serbe partirait rapidement. Le Kosovo fait partie de la Serbie, il en est le berceau culturel. La crainte peut exister de la renaissance d'une sorte de mythe ancien du Kosovo et que soit transmise aux générations futures l'idée d'en libérer le territoire.

S'agissant du Pacte de stabilité, l'intention était bonne mais inadaptée au Kosovo et à la Serbie dont les destins sont entrelacés. Les Albanais ont pratiqué une politique d'ultimatums et d'escalade de la violence et peuvent freiner l'européanisation de la Serbie. Le Kosovo appartient géographiquement à la Serbie et aucune route directe ne le relie d'ailleurs à l'Albanie. A l'intérieur du Kosovo, la situation des Serbes est déplorable et celle des Albanais dramatique : la population, jeune et touchée par près de 18 % de chômage, ne peut assumer l'indépendance en 24 heures. Les perspectives économiques du Kosovo sont nulles s'il est isolé de la Serbie.

Le Ministre reconnaît encore qu'il semble présenter une kyrielle d'exigences mais assure que la Serbie est également prête à accorder une autonomie totale au Kosovo, qu'elle ne veut pas imposer sa loi mais seulement l'obligation de protéger les droits des citoyens serbes.

Les Albanais doivent garantir la protection des droits des Serbes et donc arrêter de les tuer et de détruire les églises. Ils doivent également respecter les frontières. Si la Serbie est prête à accepter un compromis sur les frontières, à considérer que certaines ne sont que théoriques, si elle n'a pas l'intention d'envoyer des forces de police pour les contrôler, elle exige simplement que ses frontières soient respectées parce qu'elles sont sacrées : pas plus qu'elle n'est prête à changer de nom, elle n'est prête à changer ses frontières.

Un orateur turc souligne que, même si un certain nombre de mesures ont été prises, de très nombreux migrants turcs éprouvent de grandes difficultés à traverser les frontières serbes. Certains sont même obligés de se rendre d'abord en Italie pour atteindre la Turquie. Quelles mesures le gouvernement serbe entend prendre pour garantir la sécurité des migrants au moment où ils franchissent les frontières ?

M. Draskovic répond qu'il n'y a pas lieu de s'inquiéter et que l'on peut aujourd'hui se sentir en sécurité en Serbie. Il est vrai qu'il y a eu des problèmes, tout simplement parce que les frontières sont ouvertes et les contrôles fort rares. En effet, la Serbie est persuadée que ses frontières avec la Bosnie-Herzégovine, la Macédoine et la Croatie n'existent que sur le papier. C'était cela la Yougoslavie. Bien sûr elle est morte, mais les Serbes ne souhaitaient pas sa disparition. Aujourd'hui ils espèrent reconstruire des relations de coopération et de confiance entre les États de l'ex-Yougoslavie.

À des questions portant successivement sur :

- quel est le point de vue de la Serbie quant à la suspension des négociations menées au sein de l'Accord de stabilisation et d'association avec l'Union européenne ?

- quelle voie jugez-vous appropriée en vue de trouver une solution amiable au problème kosovar ?

- enfin, quelle est votre stratégie s'agissant de la protection du citoyen serbe du Kosovo ?

M. Draskovic répond en soulignant que le gouvernement serbe ne pourra protéger les Serbes si le Kosovo devient un État, mais qu'il ne souhaite pas gouverner le Kosovo. Il appartient donc à la majorité albanaise de garantir l'ordre : il n'est pas question d'envoyer pour cela des soldats ou des policiers serbes.

Cette sécurité relève aussi des engagements de l'Union européenne et de l'ONU ; c'est pourquoi le gouvernement demande des garanties internationales afin de protéger les Serbes. On lui répond qu'il n'est pas question de signer un accord de stabilisation tant que le général Mladic n'a pas été arrêté, mais les Serbes pensent plutôt qu'il faut engager le rapprochement pour leur permettre d'arrêter le fugitif.

Les Serbes se demandent aussi pourquoi l'Union européenne fait en la matière deux poids deux mesures. Au nom de quoi laisse-t-on les Albanais procéder à un nettoyage ethnique dont les Serbes font les frais? Alors que l'armée serbe a été condamnée pour de tels agissements, est-il normal que les Albanais en soient récompensés ?

On peut comprendre que les Albanais souhaitent se rapprocher de l'indépendance mais, en tant que Serbe, le ministre y est opposé. Il ne peut pas comprendre que les Albanais promettent de cesser les massacres, les expulsions, les destructions d'églises, mais seulement une fois qu'ils seront proches de l'indépendance et annoncent qu'à défaut, les Serbes continueront à être victimes de leurs exactions. Et il est tout aussi incompréhensible que la communauté internationale leur réponde qu'elle croit en leur générosité, qu'elle est persuadée que les Serbes ne seront plus traités comme des animaux quand l'Albanie sera proche de l'indépendance et qu'ainsi elle l'obtiendra. Jugerait-on normal qu'un étudiant demande à obtenir son diplôme pour commencer à faire l'effort d'étudier ? Il faut donc appliquer aux Albanais les mêmes normes qu'à tous les autres, européaniser le Kosovo ; c'est à partir de là qu'on pourra envisager de lui décerner un diplôme universitaire d'indépendance.

À un rapport accusant les autorités de Belgrade de ne pas prendre de mesures pour arrêter la violence contre les minorités, notamment roumaines, M. Draskovic répond qu'on trouve dans ce rapport des éléments véridiques et d'autres qui ne le sont absolument pas. Si des membres des minorités serbe et kosovare sont victimes d'attaques, elles sont perpétrées par les hooligans et ne les visent pas en tant que membres de ces minorités. Des Serbes subissent aussi des attaques en Allemagne, en France et ailleurs. Mais il y a une véritable dérive à considérer qu'au nom de la protection des droits de l'homme et des minorités, aucun voleur qui appartient à une minorité ne pourrait jamais être traduit devant un tribunal sans que la Cour de Strasbourg ne soit saisie. Pourquoi les minorités ethniques seraient-elles au-dessus des lois ?

Le fait qu'il existe six langues officielles en Serbie est source de fierté. Les minorités sont-elles traitées de la même façon dans les autres régions ? Après les crimes commis par Milosevic - dont l'histoire et la tradition serbes ont été les premières victimes - il est à la mode d'attaquer les Serbes. Mais faut-il pour autant, au nom de la défense d'un principe, qu'un peuple se retrouve minoritaire sur son propre territoire ?

On le voit, ce rapport comporte nombre d'accusations totalement dénuées de sens.

Un orateur remercie le ministre pour l'engagement qu'il a pris de respecter les résultats du référendum au Monténégro et exprime l'opinion que, peut-être, le sentiment des Monténégrins que le rattachement de leur pays à la Serbie était un obstacle à son développement économique et à son adhésion à l'Union européenne a pu avoir des effets sur un scrutin dont les résultats ont été très serrés. Enfin, la Serbie ne serait pas assez diligente pour retrouver Mladic, ce qui fait obstacle à l'ouverture des négociations d'adhésion à part entière de l'Union européenne.

M. Draskovic répond sans ambages que s'il ignore où se cache Mladic, il sait en revanche que les forces pro-Milosevic sont particulièrement contentes, qui apportent à Mladic leur soutien par l'intermédiaire des médias et en font un véritable héros. En effet, tant qu'il continue à se cacher, toute perspective d'adhésion à l'Union européenne reste fermée à la Serbie, ce qui réjouit les rétrogrades qui voient dans l'OTAN et dans les États-Unis les ennemis du pays et qui considèrent l'Union comme le mal absolu.

On peut aussi se demander pourquoi Mladic se rendrait aujourd'hui alors que tous les sondages donnent les pro-Milosevic victorieux à des élections anticipées. C'est pourquoi le ministre a tenté d'expliquer à ses interlocuteurs bruxellois qu'il fallait rompre avec une politique qui fait le lit de cette force politique. Si l'Union proposait de poursuivre les négociations tout en envoyant des agents de renseignement occidentaux pour aider les forces de renseignement serbes à pister Mladic, sans doute ce dernier se livrerait-il rapidement car il se rendrait compte qu'il a perdu le combat. Mais aujourd'hui, il apparaît comme un héros et, dans l'attente des élections, toutes les voies d'accès à l'Union européenne sont coupées, ce qui est une catastrophe pour la Serbie.

Répondant à la question relative au Monténégro, le ministre observe qu'il ne fait plus partie de la Serbie et lui présente tous ses voeux d'adhésion rapide à l'Union européenne. Bien sûr, les deux pays resteront proches : les royaumes de Serbie et du Monténégro étaient mariés avant la Première guerre mondiale ; même s'ils divorcent aujourd'hui, les liens conjugaux ne sauraient se distendre totalement.

M. Tony Lloyd, Président de la Délégation britannique et Président du Groupe socialiste, souligne que si nombreux sont ceux qui sont persuadés que les Serbes subissent actuellement un nettoyage ethnique au Kosovo et que la Serbie a sa place dans l'Europe, nombreux également sont ceux qui pensent qu'il n'est pas possible que Mladic reste en fuite sans la complicité des forces de sécurité serbes. Si Ratko Mladic est finalement capturé, sera-t-il vraiment envoyé au Tribunal de La Haye ? Et le ministre peut-il garantir que les forces de sécurité serbes participent activement aux recherches entreprises pour arrêter ce criminel de guerre ?

M. Draskovic répond qu'elles sont bel et bien engagées dans cette traque mais observe qu'il existe encore au sein des forces de sécurité des partisans de Slobodan Milosevic. Lors de sa chute, il y a six ans, les démocrates ont été naïfs de croire qu'ils pourraient rééduquer les personnels des services de sécurité de l'ancien régime. Le Premier ministre en a fait lui-même les frais, puisqu'il a été assassiné. Certains espions serbes continuent de soutenir Ratko Mladic. Il suffit parfois d'une brebis galeuse pour faire échouer l'action de tout un groupe, mais que peut faire aujourd'hui M. Draskovic ? Il ne se battra pas la coulpe parce que des crimes ont été commis il y a six ans, et les États européens peuvent aussi aider la Serbie en mobilisant leurs propres services de renseignement ! Leurs intentions sont sans doute louables à l'égard de la Serbie, mais M. Draskovic rappelle que l'enfer est pavé de bonnes intentions...

Un orateur constate que rares sont les Européens qui se souviennent des services rendus par la Serbie à l'Europe pendant la guerre. Qui est aujourd'hui l'interlocuteur politique des Serbes au Kosovo ? Y a-t-il aujourd'hui dans cette région des hommes avec qui il serait possible de dialoguer ? Très pessimiste, il rappelle que des sanctuaires chrétiens du Kosovo seraient détruits s'ils n'avaient été défendus par les chasseurs alpins italiens. Il n'y a plus de présence serbe au Kosovo à l'heure actuelle. On veut faire de la realpolitik mais il faut aussi respecter l'histoire.

M. Draskovic convient que la réconciliation entre les Serbes et les Albanais est possible dans la perspective d'un Kosovo doté d'une plus grande autonomie au sein de la Serbie. Mais les États occidentaux doivent envoyer un message clair aux leaders albanais du Kosovo : la Charte de l'ONU doit être respectée et les droits des Serbes garantis. Il est peu probable que les Albanais s'engagent dans un conflit. Quant à savoir qui du droit ou de la raison du plus fort va l'emporter, la réponse n'appartient pas aux Serbes. Même l'OTAN, en 1999, a décidé de respecter la Charte de l'ONU et les frontières de la Serbie n'ont pas été modifiées. Les Albanais doivent comprendre que la Charte s'impose, mais M. Draskovic craint de parler dans le vide... Si le Kosovo accède à une réelle indépendance, comment expliquera-t-on aux Serbes de Bosnie qu'ils ne peuvent, bien qu'ils y soient largement majoritaires, en bénéficier pour eux-mêmes ? Le Kosovo fait partie du territoire de la Serbie mais également de son histoire. Les Albanais qui refusent de gouverner le Kosovo de l'intérieur et qui réclament un nouveau drapeau national insultent le peuple serbe tout entier. Et M. Draskovic met en garde contre ce processus de division à l'infini du territoire de l'ancienne Yougoslavie, qui pourrait donner des idées à bien d'autres régions européennes... Pourquoi autoriserait-on la majorité albanaise du Kosovo à provoquer de tels bouleversements ? Ce n'est pas ainsi que le problème du Kosovo sera résolu !

Enfin, interrogé sur le rôle joué par M. Martti Miettunen, ancien Premier ministre de la Finlande, dans le règlement du désaccord entre les Serbes et les Albanais du Kosovo et sur la fuite d'un autre criminel de guerre serbe non encore mentionné, Radovan Karadic, M. Draskovic répond qu'il sait seulement que Radovan Karadic  n'est pas présent sur le territoire de la Serbie et que même les services de renseignement occidentaux ont perdu sa trace. Quant à M. Martti Miettunen, c'est un homme très avisé et doté d'une grande expérience. Il a montré, au cours de plusieurs missions accomplies avec succès, qu'il est capable d'aboutir à des solutions durables, fondées sur le compromis. M. Draskovic a toutefois le sentiment que ce haut responsable finlandais est sous influence et qu'il ne souhaite pas prolonger ses actuelles fonctions. Si les Serbes et les Albanais ne parviennent pas à s'entendre, il est probable que M. Miettunen proposera au Conseil de sécurité de l'ONU une solution de compromis mais à ce jour, aucune des options proposées n'a été acceptée de part et d'autre et l'on doit à tout prix éviter de léser une partie par rapport à l'autre.