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Travaux de la délégation française à l'Assemblée de l'Union de l'Europe occidentale au cours de la première partie de la 52ème session ordinaire (2006) de cette assemblée

 

E. DISCOURS DE MME DORA BAKOYIANNI, MINISTRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES DE LA GRÈCE

Mme BAKOYIANNI a introduit son propos en rappelant que, dans un passé récent, elle était elle-même membre de l'Assemblée :

« Je suis ravie d'être parmi vous aujourd'hui et de prendre la parole devant l'Assemblée de l'UEO. Récemment encore, je siégeais dans cet hémicycle.

« J'étais, avec fierté, membre de cette Assemblée. C'est un plaisir de regarder autour de soi et de voir tant de vieux amis. Nous avons souvent participé à des discussions animées et inspirées, mais toujours constructives. Je garde, en plus de ces chers souvenirs, un respect profond pour les activités de cette institution.

« Je prétends bien connaître l'état d'esprit de la majorité des personnes présentes dans la salle.

« Nous avons tous en tête des interrogations majeures sur notre devenir sur le rôle de l'UE ; sur le rôle additionnel ou particulier de l'Europe dans le domaine de la sécurité et dans d'autres secteurs ; sur la nature précise de l'OTAN et des relations avec la Russie et les États-Unis ; en résumé : où sommes nous aujourd'hui et où voulons-nous aller ? Nous savons tous que ces questions planent au-dessus de nous dans une sorte de brouillard et que les discussions sur la Constitution européenne et en fait sur la réforme en général ont été reportées. Cependant, une chose est claire : nous devons affronter cette réalité. Les difficultés au niveau national ne doivent pas nous empêcher d'aller de l'avant.

« Cet après-midi, j'aimerais saisir cette occasion pour débattre sous l'angle de la Grèce des défis à relever en matière de sécurité européenne globale. Je souhaite aussi m'entretenir avec vous de nos réflexions plus spécifiques en ce qui concerne la stabilité, la sécurité et le développement de notre voisinage. Je m'efforcerai d'être brève. Depuis que je suis devenue membre de l'Assemblée, j'ai toujours apprécié les sessions de questions-réponses, et je me réjouis d'entendre aujourd'hui vos idées et points de vue.

« Comme nous le savons tous, le monde d'aujourd'hui n'a rien à voir avec celui des années 1980, ni même des années 1990. La fin de la guerre froide, l'échéance de l'histoire pour certains, ont donné lieu à une décennie d'exubérance irrationnelle. La mondialisation a explosé et dans son sillage, les marchés globaux ont fleuri. Mais en même temps, permettez-moi de vous rappeler que notre notion collective de sécurité a été remise en cause sur notre propre terrain quand l'heure de l'Europe est venue, est passée et que les Balkans se sont retrouvés en pleine turbulence. Dans l'actualité, les Balkans ont pratiquement disparu des journaux télévisés du soir. Leurs enseignements persistent néanmoins, aussi forts que jamais, notamment quand il s'agit de questions de sécurité. Nous avons appris dans les Balkans que l'Europe avait besoin d'être capable de mettre en place de manière durable des opérations d'imposition de la paix à grande échelle ; que nous avons besoin de capacités policières, à mi-chemin entre soldats traditionnels et agents de police, pour maintenir l'ordre lorsque les armes se sont tues. Nous avons appris que nous devons être en mesure de réagir rapidement et efficacement à l'émergence de crises humanitaires. Nous avons appris que nous devions être capables de nous déplacer promptement pour fournir un appui à la stabilisation de sociétés fragilisées à l'issue des conflits, par exemple en leur apportant un soutien aux droits de l'homme ou au processus électoral et à son suivi. Et nous avons appris que nous devions améliorer la conception et la fourniture d'assistance post-conflit afin de consolider la paix.

« Le 11 septembre n'a fait que confirmer ces leçons, tout en ajoutant une nouvelle et puissante variable à l'équation : celle du terrorisme. Nous sommes confrontés aujourd'hui à une multitude de menaces. Pour n'en citer que quelques-unes : la prolifération des armes de destruction massive, l'instauration de réseaux internationaux de la terreur, l'émergence d'États en déliquescence, la propagation des conflits régionaux et le développement de la criminalité organisée. La guerre asymétrique et le terrorisme international occupent désormais la première place sur l'ordre du jour de la sécurité. La prolifération des armes de destruction massive et de toutes leurs technologies connexes constitue un problème mondial important ; si elles tombent dans de mauvaises mains, elles peuvent créer un risque très grave pour la sécurité.

« La démocratie, le contrôle politique, l'ouverture et la coopération internationale efficace restent les meilleures réponses au terrorisme et aux autres menaces globales. Mais elles exigent une stratégie à facettes multiples, capable de se fonder sur la force combinée des États individuels et des organisations internationales. La diplomatie et l'exercice du pouvoir « en douceur » doivent toujours être prioritaires. Utilisés à bon escient, ils peuvent déboucher sur des résultats tangibles et rendre caduc le recours à d'autres moyens. Je me réfère par exemple au cas de l'Iran où les événements récents donnent matière à un certain optimisme.

« La stratégie sécuritaire de la Grèce est double : premièrement, notre but est de contribuer à la paix et à la sécurité mondiale. Pour y parvenir, nous participons activement à l'OTAN, aux mécanismes existants de défense et de sécurité de l'UE et assumons notre part dans les responsabilités globales qui nous sont confiées par les Nations unies. A cet égard, nous avons été touchés par le puissant vote de soutien que la Grèce a reçu quand nous avons demandé à devenir membre non permanent du Conseil de sécurité. Deuxièmement, notre stratégie vise à parvenir à la sécurité et à la stabilité régionale. A cette fin, nous oeuvrons dans deux directions : il s'agit d'une part, d'éliminer toutes les menaces pouvant émaner des problèmes bilatéraux, et d'autre part de faire progresser par tous les moyens la sécurité et la paix dans l'Europe du Sud-Est et au-delà. Dans les deux cas, la perspective européenne de la région agit comme un catalyseur puissant.

« Quand on parle de sécurité, il faut souligner à la fois la réussite et la portée de la PESD qui a trouvé sa place dans le cadre de la discussion en cours et de l'élaboration des décisions sur l'avenir de l'Europe. Après tout, l'expérience européenne s'avère, tout compte fait, un énorme succès. L'UE est le plus important groupe commercial du monde. Elle représente près de 55% de la totalité de l'assistance internationale au développement, et 66% de toutes les aides. Elle dispose de sa propre monnaie. Elle a contribué au renforcement de la démocratie en Espagne, au Portugal et en Grèce. En 2004, elle a accueilli dix nouveaux membres - ce qui a porté la population de l'UE à près d'un demi-milliard.

« Mais en matière de politique étrangère, souvent, l'Europe balbutie et se comporte même d'une manière ambivalente. Ne nous y trompons pas : parler d'une seule voix est l'obligation la plus élevée de l'Europe. Notre plus grand défi. Il s'agit de retrouver notre voix perdue, de projeter la stabilité, d'utiliser toute une panoplie d'instruments, couvrant les politiques commerciales, d'assistance, environnementales et autres. Et cela peut fonctionner, comme le montre l'exemple du programme nucléaire de l'Iran, qui reste pour nous une préoccupation sérieuse. Nous sommes d'accord, je pense, que Téhéran devrait ratifier dans les plus brefs délais le protocole additionnel et suspendre ses activités d'enrichissement de l'uranium. Il doit aussi coopérer avec l'Agence internationale de l'énergie atomique et fournir l'information nécessaire à ses activités tandis que la poursuite des négociations peut contribuer grandement à résoudre le problème.

« Il est bien entendu trop tôt pour se réjouir, mais je maintiens que l'intervention de l'UE a été positive, productive et constructive. L'Europe a pris part aux négociations, a réuni toutes les parties intéressées autour d'une table, et a soumis des propositions réalistes, un compromis honorable que tous peuvent accepter.

« Nos politiques sont tous les jours au banc d'essai sur notre propre continent, même si, à mesure que les conflits tendent à se terminer, le sentiment d'urgence a peut-être disparu. Néanmoins, le destin des Balkans est loin d'être scellé. Une Europe du Sud-Est stable demeure une priorité pour l'UE, l'OTAN, et bien entendu la Grèce. Mon pays joue un rôle actif et important en encourageant la stabilité, le renforcement de la sécurité et la croissance économique. Les entreprises grecques ont investi plus de 8 milliards d'euros dans les pays voisins, et un programme grec d'aide et de coopération d'un montant supérieur à 500 millions d'euros a aussi été mis en oeuvre.

« Nous nous félicitons de l'entrée de la Bulgarie et de la Roumanie dans la famille européenne ; de même, nous nous félicitons de l'ouverture des négociations avec la Turquie et la Croatie, du statut de pays candidat de l'ancienne République yougoslave de Macédoine et du Pacte de stabilité et de coopération avec l'Albanie. Malheureusement, au Kosovo, aucun progrès substantiel n'a été enregistré jusqu'à présent malgré des mois de négociations. C'est pourquoi nous estimons que des pressions constructives devraient être exercées sur les deux parties pour qu'elles respectent les normes fixées, surtout en matière de protection des minorités, afin de parvenir à un règlement final. Nous ne devrons pas mettre en péril la viabilité et l'efficacité d'une solution dans le souci de respecter coûte que coûte un calendrier rigide. Si davantage de temps s'avère nécessaire pour que les parties aboutissent aux meilleurs résultats possibles, il vaut la peine de le leur accorder.

« Je pense exprimer les sentiments de tous les présents en souhaitant une chaleureuse bienvenue au Monténégro dans la famille des nations souveraines. Je saisis aussi cette occasion pour souligner que l'intégration européenne et euro-atlantique de la totalité des Balkans occidentaux est la seule voie envisageable pour trouver une solution permanente aux problèmes et défis dans la région. Notre engagement à offrir une perspective européenne aux Balkans occidentaux reste inébranlable, à la condition bien entendu qu'ils respectent les critères et exigences de l'UE - cela inclut évidemment la Serbie. Ceux qui comprennent notre région savent qu'aucun équilibre n'est possible sans la Serbie.

« La Grèce appuie activement la stabilité, l'intégrité territoriale, le progrès économique et la vocation européenne de l'ancienne République yougoslave de Macédoine. Le seul litige entre nos deux pays est celui du nom. Des négociations ont lieu présentement aux Nations unies. Si cette question est enfin réglée bientôt, comme je l'espère, rien ne devrait s'opposer à l'instauration de relations amicales - pour ne pas dire fraternelles - entre nos deux pays.

« Bien entendu, le principal partenaire de la Grèce dans la région est la Turquie. Il y a tout juste quelques semaines, j'ai eu le plaisir de me rendre à Istanbul où j'ai rencontré Abdullah Gül, mon homologue turc. Une fois de plus, nous avons conclu qu'au cours des dernières années, le climat de nos relations bilatérales n'a cessé globalement de s'améliorer. La coopération dans des domaines strictement non politiques comme le commerce, la banque, le transport, les réseaux énergétiques, le tourisme, la culture et les pouvoirs locaux prospère.

« A Istanbul, j'ai eu l'occasion de réaffirmer notre politique à nos amis turcs : la Grèce appuie la Turquie dans ses efforts pour devenir membre de l'UE. Nous sommes engagés dans l'avenir européen de la Turquie. Il n'y a ni complot, ni jeu tactique. C'est une stratégie volontaire. Ces derniers jours, notamment en réaction aux conclusions du récent Conseil européen, il règne en Turquie une certaine anxiété. On a entendu des déclarations, qui ne correspondent pas toujours à notre interprétation commune de l'Europe, mais il ne faut pas dramatiser la situation. Nous apportons notre soutien conformément aux règles et principes qui s'appliquent à tous les candidats à l'UE. Aux normes valables pour tous. Celles qui ont été, en son temps, appliquées à la Grèce. Notre soutien ne saurait donc être inconditionnel. Il appartient à la Turquie d'honorer ses engagements et ses promesses.

« La Turquie est allée de l'avant dans le processus de réforme. Néanmoins, il subsiste plusieurs dossiers en suspens à traiter. Ils portent, entre autres, sur la consolidation du système démocratique dans ce pays, ainsi que sur le respect des droits des minorités, de la liberté de religion et d'expression.

« Dans le même état d'esprit, les relations de bon voisinage et le recours au droit international pour résoudre les différends bilatéraux sur lesquels il n'y a pas d'accord mutuel sont d'une importance capitale sur la route vers la normalisation pleine et entière des relations gréco-turques. Cependant, je le dis sans ambages : dès lors que la Turquie aura procédé aux réformes nécessaires, on ne devra pas lui dénier le droit d'entrer pleinement dans l'UE.

« Chypre est - et le demeurera tant qu'aucune solution permanente n'aura été trouvée - un problème en suspens. N'oublions pas qu'il ne s'agit pas d'un litige bilatéral entre la Grèce et la Turquie, ni d'un différent purement chypriote, mais d'un enjeu international. Nicosie est la dernière capitale coupée en deux en Europe. Il va de l'intérêt de toutes les parties concernées de régler cette question le plus vite possible. En trouvant une solution où Chypre, la Grèce, la Turquie, l'Union européenne et la communauté internationale seraient toutes gagnantes. Point n'est besoin de rappeler qu'aucune solution ne peut être imposée - nous l'avons appris en 2004 quand la majorité des Chypriotes grecs n'a pas été convaincue des avantages du Plan Annan. La volonté de la population, qui doit elle s'accommoder d'une solution, sera déterminante pour le destin de n'importe quelle proposition.

« Les principes que nous devons suivre dans la recherche d'une solution équitable, fonctionnelle et viable sont clairs : c'est la prise en considération du travail accompli par les Nations unies, du droit international et de toutes les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité. Sans oublier, en dernier lieu, l'acquis communautaire ; nous ne pouvons négliger le fait que Chypre est désormais un membre à part entière de l'UE et que les Chypriotes grecs et turcs vivent maintenant dans le cadre européen.

« Dans les faits aussi, Chypre doit devenir un pays unifié de l'Union européenne.

« La Grèce entretient une relation historique avec les pays riverains de la mer Noire et conserve des liens étroits avec eux. Par le truchement de la politique européenne de voisinage, l'UE peut influencer et aider les pays nouvellement indépendants de la région à rechercher des solutions pacifiques et négociées aux problèmes ethniques, à lutter contre le terrorisme, à parvenir à la croissance durable, à éliminer la corruption, à promouvoir la cohérence sociale et à faire progresser toutes les réformes nécessaires. Mon pays continue d'apporter un puissant soutien moral et matériel à ce processus.

« Mais notre vision commune d'une Europe sans ligne de démarcation, concourant à la paix, à la stabilité et au développement de tous ses peuples ne peut aboutir sans l'instauration d'un partenariat stratégique authentique avec la Russie. L'UE et la Russie assument une responsabilité commune pour la sécurité et la stabilité de notre continent - et au-delà. Notre coopération doit être inclusive et dynamique. Les quatre espaces communs se sont avérés un instrument adapté à cet objectif : le sommet UE-Russie qui a eu lieu à Sotchi le mois dernier dans un climat chaleureux démontre notre volonté mutuelle de faire avancer nos relations dans tous les domaines et de créer une atmosphère de compréhension et de respect.

« Il va de soi qu'avec les États-Unis, nous avons un partenariat stratégique solide. Nous aurons l'occasion de renforcer nos liens lors du prochain sommet de Vienne. Je tiens à souligner l'importance que revêt aux yeux de la Grèce, et en fait de l'Europe tout entière, la relation entre l'OTAN et l'UE.

« Nous partageons des valeurs et des idéaux communs. Les résultats de notre coopération témoignent de notre succès.

« Mon pays entretient une relation ancienne avec l'Islam et le monde arabe. Nous rejetons la théorie du « choc des civilisations ». Nous restons engagés en faveur de l'objectif d'une solution juste, viable et durable au processus de paix au Moyen-Orient - une solution fondée sur les résolutions gouvernement palestinien doit respecter et mettre en oeuvre les trois principes formulés par le Quartet de non-violence, de reconnaissance de l'État d'Israël et de l'acceptation des accords et obligations déjà contractés.

« De son côté, le gouvernement israélien doit revoir sa politique de mesures unilatérales qui vont à l'encontre des dispositions de la feuille de route, et notamment souscrire au gel de la colonisation. Il est clair aujourd'hui que nous sommes confrontés à une crise humanitaire dans les territoires palestiniens, une crise qui menace la cohésion socioéconomique et peut avoir des effets profonds et prolongés sur le tissu social. Nous ne devons pas perdre une minute dans la mise en place du mécanisme international temporaire de financement élaboré par la Commission européenne.

« En conclusion, permettez-moi de revenir à l'essentiel. Notre plus grand allié dans notre quête de sécurité est la démocratie. La sécurité est enracinée dans notre système de gouvernement - notre propre source de légitimité politique. Les parlements jouent un rôle fondamental. Les parlements peuvent exiger un meilleur usage des instruments existants de politique étrangère, de sécurité et de défense. Les parlements peuvent être le moteur du développement de structures plus complètes. Les parlements peuvent inspirer les dirigeants et guider l'opinion publique. Les parlements peuvent dépasser nos limites matérielles et politiques actuelles. C'est un défi, une obligation, et je suis convaincue que les parlementaires de l'Europe tout entière sauront être à la hauteur ».

Interrogée par Mme Gulsun Bilgehan (Turquie - Soc.) qui rappelle la volonté commune de leurs familles qui, après s'être combattues, avaient oeuvré au rapprochement entre leurs pays respectifs, Mme Bakoyianni répond en ces termes :

« Les relations gréco-turques sont une très longue histoire. Comme l'a dit Mme Bilgehan, nous venons de familles qui ont fait la guerre mais qui ont pu ensuite se retrouver et recommencer à essayer de vivre ensemble en paix.

« C'est une longue histoire, mais je suis absolument sûre qu'il est possible de cohabiter des deux côtés de l'Egée, mieux encore si la Turquie devient une démocratie européenne - comme nous-mêmes, en Europe, avons tenté, après la Deuxième guerre mondiale, de tirer la leçon du passé car on ne sait pas toujours tout - et commencé à bâtir cette Europe.

« Un futur est possible. Je le crois vraiment, mais je serais la dernière à oublier que de très gros problèmes subsistent. Je veux parler des problèmes bilatéraux, des problèmes intérieurs à la Turquie qui ne sont pas résolus pour le moment et, bien sûr, du problème de Chypre.

« S'agissant de Chypre, je serai très honnête : on ne peut pas imposer de solution. Je crois que nous sommes tous d'accord sur ce point. Pour moi, le plan Annan présentait des côtés positifs mais les Chypriotes grecs ne l'ont pas accepté. Nous devons donc travailler sur un nouveau plan qui sera soumis aux deux communautés afin de leur permettre d'adhérer au futur que nous leur proposerons.

« C'est très simple : nous devons dépasser ce rejet et continuer à avancer. Si nous croyons que l'avenir de Chypre réside dans cette Europe où les deux communautés pourront vivre ensemble, nous devons consacrer toutes nos forces à ce projet.

« Oublions également les réactions stéréotypées de politiciens grecs ou turcs qui font des déclarations pas toujours bien comprises et expriment des pensées qui rendent parfois la presse fébrile.

« Un effort est indispensable à cet égard. C'est très important pour la Turquie mais aussi pour ses voisins. Ce n'est pas toujours facile mais c'est une attitude nécessaire pour s'adapter à l'acquis communautaire ».

Interrogée sur la situation dans les Balkans, Mme Bakoyianni a répondu qu'il lui « paraît très important - et tous les peuples des Balkans le savent fort bien - que l'ensemble des pays de cette région deviennent, à un certain moment, à leur propre mérite, membres de l'Union européenne. C'est très important, pas seulement pour les peuples des Balkans - pour cette jeune génération qui a besoin aujourd'hui d'une vision, de savoir qu'elle a un but, qu'elle va l'atteindre en devenant membre de cette grande famille européenne - mais aussi pour la stabilité et la paix dans cette région. Il est fondamental que nous travaillions ensemble. Aujourd'hui, nous pouvons le faire. Jusqu'à maintenant, la Grèce était assez seule dans cette région. Désormais, la Roumanie, la Bulgarie l'accompagneront. C'est la raison pour laquelle j'ai parlé du Kosovo et de la Serbie. »

« N'oublions jamais que la Serbie est vraiment un pays central, un grand pays, dont le peuple ne peut pas être humilié. Ce peuple a le droit d'avoir, à un certain moment, cet avenir.

« J'ai parlé aussi de l'Iran dans mon discours parce que le moment me semble bien choisi s'agissant de la politique étrangère européenne. Il fut un temps où il n'y avait pas du tout d'espoir.

« Tout le monde se préparait à une évolution négative. Puis l'Europe a pris le leadership et elle a été en mesure de réunir à la table des négociations pratiquement tout le monde - les États-Unis, la Russie et la Chine. Nous ne connaissons pas bien tous les détails de la proposition qui a été avancée. C'est un problème non seulement pour le Parlement européen, mais aussi pour certains gouvernements.

« L'objectif est en effet que cette proposition ait une chance d'aboutir, qu'elle soit un « paquet » qui ne puisse être facilement refusé par les Iraniens. Nous attendons maintenant la réaction iranienne. Il importe que le message soit clair, que l'Europe soit absolument d'accord pour que l'Iran dispose de l'énergie nucléaire à des fins pacifiques, mais pas à des fins qui ne le soient pas. Il nous faut donc attendre. Le contexte est très favorable. A mon avis, tous les détails de la proposition seront connus du Parlement européen dès que cela sera possible ».

Mme Bakoyianni a encore signalé que la Grèce et Chypre partagent le même objectif de résolution de crise. L'avenir européen de la Turquie est soumis à son respect des critères dits de Copenhague et notamment du Protocole d'Ankara.

Chypre et la Grèce ont beau être soeurs, ce sont aussi deux États souverains. Il faut s'attaquer aux questions clés avant la fin de 2008. Or, il existe encore des divergences considérables. Le processus d'élargissement n'en est pas pour autant ralenti : la Roumanie et la Bulgarie sont déjà là, et d'autres pays sont au seuil de l'Union européenne. Cependant, aucun élargissement n'est plus possible avec le Traité de Nice. Les dirigeants européens ont la responsabilité envers leurs populations de trouver une solution sans renoncer à leur vision européenne. L'année prochaine sera cruciale : la Présidence allemande devra donner des signaux concrets.

M. Ates (Turquie), a soutenu que, quelques semaines auparavant, la Turquie rappelait que Chypre était un problème international, qu'une solution devait satisfaire tout le monde et qu'aujourd'hui tout le monde est perdant, selon lui, motivant sa question : « Quelles actions concrètes permettront de sortir de l'impasse ? ».

En réponse, Mme Bakoyianni a précisé qu'il n'y aura pas de proposition grecque, mais une proposition des Nations unies qui devra être acceptée par les deux communautés et que cette question se distingue des obligations de la Turquie à l'égard de l'Union européenne. La Turquie est seule responsable de la manière dont elle applique l'acquis communautaire, lequel n'a pas été construit pour un seul pays mais pour tous. L'Europe ne peut se faire à la carte. Elle doit se fonder sur des valeurs qui lui sont propres et que la Turquie devra respecter, malgré certaines réactions négatives. Si l'application du Protocole d'Ankara peut poser problème aujourd'hui, ce ne sera peut-être plus le cas à l'avenir, tant le libre-échange est l'une des valeurs principales de l'Europe. Les deux communautés chypriotes veulent vivre ensemble. L'Europe et la réunification sont l'avenir de l'île et il faudra aboutir à une proposition qui recueille l'accord de tous.