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L'évolution des jeux de hasard et d'argent : le modèle français à l'épreuve

 

2. La maturation du marché des casinos

a) Une situation délicate

Parmi les opérateurs français, ce sont les casinos dont la situation est apparue, dernièrement, comme la moins confortable.

Ils ont pu certes bénéficier auparavant de l'essor considérable des machines à sous, dont le monopole leur a été conféré par la loi Pasqua du 5 mai 1987, et qui leur a permis d'augmenter substantiellement leur part de marché.

Leur rentabilité est, on l'a vu, d'autre part, très élevée. Mais ils subissent, en contrepartie, des prélèvements fiscaux et sociaux particulièrement lourds, alors qu'ils sont les seuls soumis à la concurrence, et doivent satisfaire des exigences de plus en plus importantes des communes, dans le cadre de leurs concessions de service public. Leurs contraintes de communication sont, par ailleurs, plus fortes que celles des autres opérateurs.

Il semble bien que l'âge d'or qui a suivi l'autorisation des machines à sous touche à sa fin.

Dans une note du 22 juin 2005, le syndicat « Casinos de France » notait déjà, il y a un an, une stagnation du produit brut des jeux et une régression du produit net, à casinos constants, depuis 2002 (- 2 % au premier semestre 2004-2005), les prélèvements augmentant davantage que le chiffre d'affaires.

Il estimait, dans un autre document83(*), que « depuis quelques années, le marché montre des signes évidents de maturité ».

Le groupe « Lucien Barrière », numéro un en France, vient de publier ses résultats pour l'exercice 2005-2006. Sur les dix premiers mois de la session, la croissance de ses casinos est modeste (+ 4 %). Lucien Barrière, comme l'ensemble des professionnels du secteur, redoute les conséquences du contrôle aux entrées et de l'interdiction de fumer, mesures qui, si elles provoquaient un recul de 10 % du PBJ, pourraient faire chuter de 30 % les résultats des casinos. Or, le jeu correspond à 90 % de l'activité du groupe en France qui réalise, par ailleurs, de bonnes performances dans l'hôtellerie (+ 10,2 %) et la restauration (+ 9,3 %).

Dans ces conditions, les mesures « compensatoires », qui sont en train d'être prises, sont considérées comme indispensables par la profession84(*).

Dans l'étude précitée, réalisée par ailleurs par M. Claude Montmeas pour le groupe Natexis-Banques populaires85(*), il est également jugé que « le marché semble aujourd'hui arrivé à maturité, voire, dans certaines régions à forte densité d'établissements, proche de la saturation ».

Selon lui, « le produit casino a vieilli », alors que la croissance de la demande, sur le marché des jeux, repose avant tout sur l'innovation produit et la communication.

La concurrence des autres offres, notamment celle des jeux en ligne, se fait de plus en plus pressante (réalité que s'obstinent à nier les autorités françaises pour lesquelles les clientèles des différents opérateurs ne sont pas substituables).

Une adaptation du cadre juridique actuel des jeux à l'irruption de nouveaux vecteurs de distribution comme internet (que les casinos n'ont pas le droit d'utiliser) est, selon M. Claude Montmeas, absolument urgente, tant au niveau national qu'international.

La réponse des casinos nécessite selon lui :

- la poursuite du mouvement en cours de consolidation sur les marchés matures ;

- le renouvellement de l'offre (nouveaux produits, nouveaux concepts de complexes de loisirs intégrés...) ;

- la recherche de relais de croissance à l'étranger (marchés anglais, helvétiques, italiens et grecs) ;

- enfin, une participation au développement du jeu en ligne si, comme il est souhaitable, l'Etat l'autorise.

* 83 La dynamique des casinos en France - 16 juin 2005.

* 84 Voir III de la première partie (suppression du droit de timbre pour l'accès aux jeux de table, modification de l'assiette du CRDS, accepteurs de billets, etc.).

* 85 Les casinos en France et en Europe - juillet 2005.