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Regards sur l'enseignement supérieur et l'action culturelle des Etats-unis : l'autonomie au service de la diversité

 

B. UN SYSTÈME MARQUÉ PAR LA DIVERSITÉ, L'AUTONOMIE ET LA COMPÉTITION

L'enseignement supérieur américain est marqué par la diversité des établissements qui le composent. Jouissant d'une grande autonomie, ceux-ci sont engagés dans une compétition multiforme qui détermine leur rang dans un système inégalitaire et hiérarchisé.

1. La diversité des établissements

On évalue approximativement à 3.000 les institutions d'enseignement supérieur, et à 10 millions le nombre des étudiants que celles-ci accueillent. Ces chiffres peuvent cependant varier car les contours de la notion d'enseignement supérieur sont flous aux Etats-Unis. Ils donnent malgré tout un ordre d'idées.

a) Un système mixte où coexistent établissements publics et privés

Cette diversité s'exprime tout d'abord à travers la variété des statuts juridiques.

Les établissements privés jouissent généralement de la plus grande indépendance. La seule autorité à laquelle ils sont soumis est celle de leur conseil d'administration. Leur budget est alimenté, pour l'essentiel, par les droits d'inscription, généralement très élevés (43 600 dollars par an, soit jusqu'à 30 000 euros par an pour l'une des plus prestigieuses universités de l'Ivy League), par les revenus de leurs capitaux propres, ainsi que par les dons qu'ils reçoivent des entreprises ou de leurs anciens élèves (alumni), encouragés par une fiscalité incitative.

Erigés en fonds de dotation (endowment), les capitaux propres atteignent des montants considérables et ont de forts rendements.

L'argent recueilli auprès des donateurs ne sert pas à financer directement l'institution. Seuls les revenus des capitaux placés financent le fonctionnement et les investissements de l'institution.

Le tableau ci-dessous en fournit une illustration.

Institutions

Valorisation des fonds (milliards de dollars)

Rendement sur la dernière année

Part du budget financée par ces revenus

Harvard

25,9

19,2 %

31 %

Yale

15,2

22,3 %

33 %

Données 2005 - Source : Publicis consultants

D'après les derniers chiffres communiqués, le fonds de dotation de Harvard aurait récemment atteint les 30 milliards de dollars.

Les établissements publics sont en revanche rattachés à un Etat qui leur octroie un budget. A de rares exceptions près, comme Berkeley, ceux-ci ne disposent pas de fonds de dotation significatifs. Les droits d'inscription y sont sensiblement plus faibles, de l'ordre de trois ou quatre fois moindres, en moyenne3(*).

Au City college de Harlem à New York, par exemple, ils sont de 4 000 dollars par an, un niveau considéré comme particulièrement modéré.

b) Des niveaux et des durées de formation divers

Les établissements d'enseignement supérieur peuvent également être classés en fonction de la durée des formations qu'ils proposent et du niveau des diplômes qu'ils dispensent.

Très schématiquement, trois catégories peuvent ainsi être distinguées :

- les community colleges offrent un enseignement court (deux ans) du type post-secondaire. On en compterait 1.200 à travers les Etats-Unis. Initialement, ces établissements avaient d'abord vocation à délivrer une formation professionnalisante, conçue en fonction des besoins de l'économie locale.

Mais, permettant à des étudiants, généralement issus de milieux défavorisés, de combler les lacunes de leur instruction secondaire, ils sont aussi devenus -et cette fonction est aujourd'hui dominante- une antichambre pour l'entrée dans une université proposant un cycle d'études long.

Quoiqu'ils bénéficient d'un financement public, ces établissements réclament des droits d'inscription non négligeables. Ainsi, dans le community college de La Guardia, dans le quartier de Queens, à New-York, une partie significative du coût moyen d'un étudiant évalué entre 10 et 12 000 dollars par an, est financée grâce aux frais de scolarité qui sont de 1 350 dollars par trimestre. Comme votre mission d'information s'en étonnait, compte tenu de la population défavorisée, souvent issue de l'immigration à laquelle celui-ci s'adresse, on lui répondit : « It is America. Nothing is free ». « C'est l'Amérique. Ici, rien n'est gratuit. »

- des collèges « en quatre ans » proposent des filières d'enseignement supérieur long, qui débouchent normalement sur le diplôme de bachelor, lequel peut-être suivi éventuellement d'études post-graduate. Ces établissements, initialement orientés vers une formation générale, ont progressivement développé en parallèle des formations professionnelles. On en compterait un peu moins de 2 000 dans l'ensemble du pays ;

- enfin, les « universités doctorales » dispensent un enseignement universitaire de haut niveau et offrent un programme allant jusqu'au PhD, le doctorat. On ne compte que quelques centaines d'universités de ce type parmi lesquelles figurent les plus prestigieuses du pays. Ces universités proposent également la formation de premier cycle en quatre ans, et se composent donc à la fois d'un « University college » et d'une « Graduate school ».

Enfin, à l'intérieur de ces trois grandes catégories, on rencontre de grandes irrégularités de réputation et de niveau qui résultent d'un contexte très compétitif.

Si l'enseignement supérieur américain peut apparaître comme une « mosaïque d'institutions », l'organisation de celle-ci n'est cependant pas aléatoire : ces établissements se définissent les uns par rapport aux autres et sont en compétition permanente.

* 3 Cécile Brisset-Sillion op. cite p. 20.