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Travaux de la délégation française à l'Assemblée de l'Union de l'Europe occidentale au cours de la première partie de la 53ème session ordinaire (2007) de cette assemblée

 

E. DISCOURS DE MME LIV MONICA BARGEM STUBHOLT, SECRÉTAIRE D'ÉTAT, MINISTÈRE DES AFFAIRES ÉTRANGÈRES DE LA NORVÈGE

Cette invitation fait suite à une visite de parlementaires, membres de l'Assemblée de l'UEO, dans l'archipel norvégien de Svalbard.

Mme Liv Monica Bargen Stubholt se déclare honorée de pouvoir s'adresser à l'Assemblée de l'UEO et se félicite de l'accent mis sur le Grand Nord grâce à ce rapport très intéressant, même si le gouvernement norvégien n'en partage pas forcément tous les angles et les évaluations. La Norvège approuve l'objectif de maintenir le Grand Nord comme une région de faibles tensions où la coopération scientifique internationale doit être des plus fortes et où l'environnement doit être particulièrement protégé.

Le gouvernement norvégien a présenté le 1er décembre 2006 un document d'orientation sur le Grand Nord. Celui-ci constate que les activités dans le Grand Nord ont connu une forte croissance, qui concerne non seulement l'exploitation et la production de l'énergie mais aussi les transports et certaines activités maritimes.

L'énergie est devenue une question de sécurité. L'ambition de la Norvège est de continuer à être un fournisseur sûr et stable et Mme Stubholt se réjouit que ses voisins russes aient manifesté une grande ouverture sur les possibilités de coopération pour préserver ce milieu et pour un environnement plus sûr, notamment en mer de Barents. L'environnement est un des domaines essentiels de la coopération bilatérale dans la mer de Barents.

La question du changement climatique est à l'ordre du jour et projette la réflexion vers l'avenir en stimulant encore davantage les hommes politiques et en les poussant à agir le plus rapidement et efficacement possible.

Comme le fait apparaître la carte géographique que Mme Stubholt présente sur grand écran, il existe dans le Grand Nord une vraie proximité entre les différents pays : la Russie, la Norvège, le Canada, les États-Unis et l'Union européenne. Les structures de coopération évoquées dans le rapport traduisaient l'ambition d'une nouvelle architecture régionale après la chute de l'URSS. Ces structures ont des caractéristiques différentes et des identités propres mais leur objectif général est le même - être des lieux de dialogue - et l'heure n'est pas venue d'en réduire le nombre.

Prennent-elles assez en compte les questions de sécurité ? Pour sa part, l'oratrice ne répondrait pas par la négative à cette question. Toutes les instances régionales de coopération ont démontré leur utilité.

Le rapport traite longuement de la sécurité dans les mers du Nord. Les médias affirment un peu trop vite que l'on se dirige vers une guerre froide. L'approche de la Norvège en ce qui concerne les relations avec la Russie est fondée sur le bon sens et la conscience des intérêts communs. Il faut certes se garder de toute naïveté ; néanmoins, la Norvège ne perçoit actuellement aucune menace provenant de la Russie en ce qui concerne le Grand Nord. Le fait que le budget de la défense russe soit en augmentation ne représente pas pour elle une menace militaire directe. Par ailleurs, la Norvège encourage la Russie à s'intégrer dans les actions internationales de lutte contre le terrorisme.

Enfin, si le rapport énumère un certain nombre d'éléments négatifs dans l'évolution des relations avec la Russie, il faut aussi en relever les aspects positifs, par exemple la ratification de la Convention sur le statut des forces (SOFA) ou les bons contacts entre les flottes russe et norvégienne opérant dans le Grand Nord. L'oratrice adhère au passage du rapport concernant le changement climatique, notamment aux conclusions du GIEC. On sait que le climat va subir des perturbations nocives qui prendront la forme d'un réchauffement, mais aussi parfois d'un refroidissement. Il est heureux que l'opinion mondiale ait pris conscience récemment de la nécessité de modifier beaucoup de comportements et il faut absolument que les gouvernements, les parlements et les ONG en débattent, non seulement en interne, mais aussi entre eux.

Le gouvernement norvégien, pour sa part, a pris une décision drastique en se fixant pour objectif de réduire les émissions de CO2 de 30 % d'ici 2020. La Norvège est décidée à aller au-delà des exigences du Protocole de Kyoto et à les dépasser de 10 % d'ici 2012 pour devenir un pays neutre en ce qui concerne l'émission de CO2 en 2050. Il appartient à chaque pays d'étudier comment il peut contribuer à réduire ses émissions à l'expiration du Protocole.

Comme le montre l'illustration affichée dans l'hémicycle, des techniques ont été mises au point sur des plates-formes pétrolières norvégiennes pour réinjecter le CO2 dans la mer du Nord. Depuis 1996, un million de tonnes de dioxyde de carbone est capturé et stocké chaque année sous le lit de la mer La Commission européenne a décidé de soutenir douze projets assurant ce stockage sous-marin des gaz à effet de serre. L'un d'entre eux sera mis en chantier à Mongstad, sur la côte ouest de la Norvège. Cette installation de capture et de stockage de CO2, la plus grande au monde, sera couplée avec une centrale thermique. Elle représentera une part importante de la contribution de la Norvège à la lutte contre le changement climatique.

L'oratrice remercie les membres de l'Assemblée qui ont décidé de se rendre à Svalbard et au Spitzberg, îles sous souveraineté norvégienne. On sait toutefois que l'application du Traité de Paris de 1920 à cette zone fait l'objet de controverses. Pour sa part, la Norvège estime qu'il ne faut pas remettre en cause les textes signés et la législation existante car ils permettent de préserver une paix durable dans le Grand Nord, au bénéfice de tous.

Interrogée sur la position de la Norvège face au projet d'implantation d'un « bouclier antimissile » en Pologne et en République tchèque, Mme Stubholt souligne l'importance d'aborder ces questions dans le dialogue et la transparence. Il convient de faire une analyse internationale précise des réactions face à la menace : les différents pays ne font pas tous la même lecture des risques qui pèsent sur l'Europe. Il est regrettable que l'Union européenne n'ait pas mené à terme une analyse d'ensemble.

Pour sa part, la Norvège veut éviter toute action qui déclencherait une course aux armements. Il faut donc examiner avec attention les déclarations des autorités américaines et russes. Les États-Unis affirment que ce bouclier n'est pas dirigé contre la Russie mais contre les pays voyous : encore convient-t-il de le vérifier. La Russie n'y crois pas et pense que le bouclier est tourné contre elle - il convient de vérifier ce qu'il en est.