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La coordination des politiques économiques en Europe : le malaise avant la crise ?

 

b) Les politiques budgétaires ont été bridées en zone euro

Sans doute, ces pays ont-ils pu conduire des politiques budgétaires contracycliques depuis l'entrée en vigueur du pacte et cette donnée pourrait suggérer que le « Pacte de stabilité et de croissance » n'a pas été un cadre aussi coercitif pour ces politiques qu'on le prétend.

En ce qui concerne la France, après une longue phase, entre 1987 et 2000 où la politique budgétaire aura été plutôt procyclique, une orientation plus contracyclique est imprimée aux choix de politique budgétaire dans un contexte de retard de production.

Or, cette politique - qui se traduit par un creusement des déficits structurels alors que les soldes publics sont déjà déficitaires intervient dans un contexte où les « directives européennes » sont « d'améliorer » le solde structurel, de 0,5 point de PIB par an.

Toutefois, de telles conclusions seraient erronées. En effet, deux considérations essentielles doivent être formulées :

- les réactions contracycliques de la politique budgétaire française et allemande ont valu à ces pays d'être soumis à la « procédure de déficit excessif » du « pacte de stabilité et de croissance » ce qui peut évidemment être considéré comme une sérieuse entrave à la liberté de manoeuvre budgétaire.

- la politique budgétaire en zone euro a été bridée.

De fait, on peut relever que les politiques budgétaires ont été, en zone euro, très faiblement contracycliques, contrastant en cela avec celles des Etats-Unis et du Royaume-Uni.


· Le graphique n° 9 montre que les politiques budgétaires discrétionnaires ont été très inégalement réactives face aux différentes phases du cycle économique en zone euro et aux Etats-Unis, entre 1999 et 2007.

Dans ce dernier pays, le solde budgétaire structurel - figuré en noir dans le graphique - a été presque constamment contra-cyclique et a été utilisé avec une particulière ampleur dans les phases de ralentissement économique.

Au contraire, dans la zone euro, la politique budgétaire discrétionnaire - figurée en vert - est plutôt pro-cyclique au cours de cette période.

En bref, en zone euro, que la croissance soit languissante ou rapide, les politiques budgétaires discrétionnaires ne vont pas à contre-pente, mais, au contraire accentuent la tendance spontanée de l'activité économique.

L'orientation pro-cyclique de la politique budgétaire discrétionnaire dans la zone euro n'est que partiellement compensée par les évolutions spontanées du solde budgétaire en réaction aux oscillations de la croissance économique (graphique n° 10).

Les « stabilisateurs automatiques », plus puissants en zone euro en raison d'une taille des budgets publics plus importante qu'aux Etats-Unis, jouent dans les deux espaces économiques un rôle contra-cyclique qu'accentue l'orientation discrétionnaire de la politique budgétaire aux Etats-Unis. En zone euro, la situation inverse prévaut. La politique discrétionnaire réduit l'efficacité des stabilisateurs automatiques.

Le contraste entre les politiques budgétaires en zone euro et aux Etats-Unis se retrouve quand on considère le Royaume-Uni.

Au total, l'impulsion budgétaire (la variation du solde public structurel), en cumulé sur la période 2003-2006, est quasiment nulle en zone euro (0,5 point de PIB) alors qu'elle atteint des niveaux élevés dans les deux pays anglo-saxons considérés ici.

IMPULSION BUDGÉTAIRE CUMULÉE (2002-2006) - EN POINTS DE PIB

 

2002

2003

2004

2005

2006

Zone euro

1,5

1,4

1,1

0,5

0,5

Royaume-Uni

2,9

4,5

4,6

4,2

4,1

États-Unis

3,8

4,8

5,0

5,0

5,0

Source : OFCE