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Débat d'orientation des finances publiques : 2009, tournant de la législature

 

B. 2008, UNE ANNÉE DIFFICILE EN PERSPECTIVE

1. Les révisions à la baisse des prévisions de croissance pour 2008

a) Le rapprochement des anticipations du gouvernement et du consensus des économistes

Les perspectives de croissance du PIB pour 2008, de 2,25 % (dans un intervalle compris entre 2 % et 2,5 %) selon la prévision associée au projet de loi de finances pour 2008, ont depuis été constamment revues à la baisse, comme l'indique le graphique ci-après.

Les prévisions de croissance du PIB pour 2008

(en %)

* D'après la déclaration de Mme Christine Lagarde, ministre de l'économie, de l'industrie et de l'emploi, 11 février 2008 (croissance « autour de 2 % »).

** Déclaration de M. François Fillon, Premier ministre, 27 mars 2008 (croissance « entre 1,7 %et 2 % ») ; « Perspectives économiques 2008-2009 », avril 2008

Sources : projet de loi de finances pour 2007, Consensus Forecasts, déclarations publiques des membres du gouvernement indiquées dans le texte

Ainsi, selon le consensus des conjoncturistes de juin 20088(*), la croissance du PIB serait de seulement 1,7 % en 2008.

Le gouvernement lui-même a par ailleurs revu à la baisse sa prévision de croissance pour 2008 :

- en février, Mme Christine Lagarde, ministre de l'économie, de l'industrie et de l'emploi, s'est déclarée « convaincue » que la croissance française se situerait « autour de 2 % » sur l'ensemble de 2007 tout comme en 20089(*) ;

- en mars, M. François Fillon, Premier ministre, a déclaré que « la prévision du gouvernement se situera entre 1,7 % et 2 % de croissance pour l'année 2008 »10(*) ;

- en avril, le ministère de l'économie, de l'industrie et de l'emploi a publié ses Perspectives économiques 2008-2009, retenant une fourchette identique.

Le gouvernement « suit » donc, avec un certain décalage, l'évolution du consensus.

On observe cependant que le consensus de juin 2008 est plus favorable que celui des mois précédents. Ainsi, la prévision du gouvernement (si on retient la moyenne de 1,7 % et 2 %, soit 1,85 %) n'est-elle plus supérieure que de 0,15 point à celle du consensus.

b) Des aléas surtout orientés à la baisse

Pour 2008, le facteur essentiel d'incertitude est bien entendu celui de la crise des prêts hypothécaires à risque aux Etats-Unis, les fameux « subprimes ».

L'analyse qui prévaut aujourd'hui est de considérer que la crise des « subprimes » a essentiellement un impact sur l'économie des Etats-Unis, où elle réduit la demande, du fait des difficultés financières des ménages concernés, et d'une dégradation de la situation des banques. En Europe en revanche, les difficultés de financement à court terme des banques sont assimilées à un simple problème de liquidité.

Une première incertitude est celle de l'impact de la crise sur l'économie des Etats-Unis. Comme le montre le graphique ci-après, la révision à la baisse des prévisions de croissance pour la France s'est faite parallèlement à celle des prévisions de croissance de l'économie américaine.

Evolution des prévisions de croissance pour 2008

(croissance du PIB en %)

Sources : projet de loi de finances pour 2007, Consensus Forecasts, déclarations publiques des membres du gouvernement indiquées dans le texte

A l'automne 2007, on considérait que la croissance américaine, qui aurait dû « normalement » être de l'ordre de 2,5 %, serait de « seulement » 2 % avec la crise des « subprimes ». Comme une croissance de l'économie américaine inférieure de 1 point entraîne une croissance des économies européennes inférieure de 0,5 point (environ), la croissance de l'économie française aurait dû s'en trouver réduite d'à peu près 0,2 point, et donc être légèrement inférieure à 2 %, conformément au consensus des conjoncturistes.

Comme votre rapporteur général le soulignait alors, dans son rapport sur le projet de loi de finances pour 2008, une croissance de l'économie française nettement inférieure était malheureusement vraisemblable, si l'on retenait un scénario moins favorable pour l'économie des Etats-Unis, ou si l'on prévoyait un durcissement des conditions de financement en Europe. Ainsi, il écrivait qu'« il ne serait (...) pas invraisemblable que la croissance de l'économie française en 2008 soit inférieure de 0,5 point aux prévisions du consensus des conjoncturistes »11(*).

Ces craintes semblent malheureusement se révéler fondées. En juin 2008, les perspectives de croissance de l'économie américaines sont évaluées à seulement 1,5 % pour 2008. De même, le consensus ne prévoit plus, pour la France, qu'une croissance de 1,7 %.

* 8 Consensus Forecasts.

* 9 Le Figaro, 11 février 2008.

* 10 L'Express, 27 mars 2008.

* 11 Ce scénario était, d'ores et déjà, celui retenu par BNP-Paribas, l'organisme alors le plus pessimiste pour 2008 parmi ceux représentés au sein de la Commission économique de la Nation, qui prévoyait à l'automne 2007 une croissance du PIB de 1,3 % pour les Etats-Unis et 1,5 % pour la France, du fait du ralentissement de l'économie américaine, et d'un durcissement des conditions de crédit dans la zone euro.