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Marée amère : pour une gestion durable de la pêche

 

2. Les milliards engloutis de la pêche

Plusieurs études ont précédé le rapport de la Banque mondiale et tendent à confirmer les résultats de 2008.

Un premier travail de la FAO en 1992 avait estimé la perte de revenu à 54 milliards de dollars par an (année de base 1989) pour un revenu global des pêcheries de 70 milliards.

Dans une seconde publication de 1997, approfondissant celle de 1992, Garcia et Newton avaient confirmé les conclusions précédentes et estimé que des pêcheries efficientes économiquement devaient conduire soit à réduire de 43 % le coût de la pêche, soit à augmenter les prix du poisson de 71 %, soit à réduire la capacité de capture entre 25 et 50 %.

Dans son rapport, la Banque mondiale a cherché à calculer le manque à gagner par rapport à l'optimum si les pêches mondiales étaient bien gérées. Le résultat est saisissant.

a) 51 milliards de manque à gagner dans la pêche mondiale

Elle estime que la perte de rente est de l'ordre de 51 milliards, sachant qu'elle se situe entre 37 et 67 milliards avec un coefficient de confiance de son estimation de 80 %, alors que le produit de la pêche est de l'ordre de 85 milliards de dollars.

Ainsi, elle estime que la perte de richesse entre 1974 et 2004 s'élève à 2.200 milliards de dollars.

Pour la Banque mondiale, ces estimations, pourtant considérables, restent prudentes et conservatrices car l'ensemble des coûts négatifs n'a pas été pris en compte (capital naturel, service environnemental, biodiversité, avantage touristique mais aussi pêche illégale et impact sur l'ensemble de la filière ainsi que le coût en termes d'effet de serre...). D'ailleurs deux autres études antérieures avaient estimé la perte de revenu entre 80 et 90 milliards de dollars soit autant que le revenu issu de la pêche (Sanchirico et Wilen 2002, Wilen 2005).

Globalement la perte annuelle est donc égale à 64 % de la valeur débarquée et à 71 % de la valeur du poisson échangé au niveau international.

La principale faiblesse de ce chiffrage pourrait être son caractère global et agrégé. Mais là aussi, plusieurs études de cas confirment la justesse de l'évaluation. Ainsi, est cité l'exemple du potentiel économique représenté par la reconstitution de 17 stocks de poissons surpêchés aux États-Unis. Il serait de 567 millions de dollars (Sumaila et Suatoni, 2006) soit trois fois plus que le revenu de ces pêcheries dans l'état actuel.

Même dans plusieurs zones où les pêches sont réputées gérées de manière exemplaire, à certains titres, les gains pourraient être spectaculaires. Ils sont estimés à 55 % pour la morue d'Islande et à 29 % pour l'anchois du Pérou.

Dans ce pays, sur l'exemple duquel votre rapporteur reviendra plus en détail, le manque à gagner est de 228 millions de dollars par an. Cela s'explique par l'énorme surcapacité de la flotte de l'ordre de 2,5 à 3,5 fois ce qui serait nécessaire pour mener une pêche soutenable (quota au niveau MSY) et celle des usines de farine est à l'avenant soit 3 à 4 fois la capacité utile. De ce fait la saison de pêche a été réduite à 60 jours par an.

Cette situation est d'autant plus préjudiciable que les pays sont plus dépendants économiquement (part de la richesse nationale, part des exportations, apport de devises...) et humainement (emploi, alimentation, tissu social) de la pêche.