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Marée amère : pour une gestion durable de la pêche

 

c) Lancer une initiative en faveur de la pêche artisanale durable

Par ailleurs, votre rapporteur note qu'à sa connaissance aucune initiative du type AMAP n'existe dans le domaine de la pêche.

L'AMAP ou Association pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne est issue d'expériences japonaises et suisses dans les années 1960 et 1970. Elles se sont ensuite diffusées aux États-Unis dans les années 1980 et en France à partir de 2001 sur l'initiative du comité ATTAC d'Aubagne. Il en existe désormais une cinquantaine en France.

Ce mouvement vise à établir un lien de vente directe entre des producteurs périurbains de produits agricoles biologiques et des groupes de consommateurs qui souscrivent par avance un abonnement contre lequel ils reçoivent à date régulière (chaque semaine) un « panier » de saison. Le principe de fonctionnement s'apparente à une vente en primeur de vin, c'est-à-dire que l'agriculteur voit son revenu garanti, chaque consommateur achetant par avance une part de la récolte à venir. Ce dispositif de nature communautaire et promouvant une économie solidaire connaît un réel succès très au-delà des cercles militants de l'origine aussi bien en province qu'en région parisienne en raison de l'alliance de valeurs, du prix et de la qualité.

Initier un projet similaire pour la pêche serait une démarche extrêmement utile et réalisable dans les départements littoraux où une pêche artisanale est encore importante tout en prenant garde à ne pas affaiblir les petits commerces de proximité.

Le caractère soutenable de la pêche artisanale et la nécessité de la préserver sont des convictions intuitives pour toute personne qui connaît intimement le littoral français. Cette intuition a été récemment confirmée par une étude canadienne41(*) qui montre que la pêche artisanale (bateaux de moins de 15 m) est plus sélective et moins destructrice en raison des outils qu'elle utilise. Son impact carbone est également moins important (8 fois moins de carburant que la pêche industrielle). Elle assure aussi une commercialisation plus complète de sa production, un maximum d'espèces allant à la consommation humaine. Pourtant, le coût des procédures de labellisation et les mécanismes de subvention ont tendance à la défavoriser.

Elle pourrait trouver un soutien approprié par un renforcement de son insertion dans le tissu économique local et des dispositifs garantissant le revenu des pêcheurs comme la qualité et la durabilité de l'approvisionnement des consommateurs.

Votre rapporteur formule donc les propositions suivantes :

Développer les initiatives citoyennes visant à informer les consommateurs sur leur consommation de produits de la mer en coopération avec les professionnels et les chercheurs, en s'appuyant sur les centres océanographiques ouverts au public.

Initier des projets communautaires à l'exemple de l'AMAP pour l'agriculture biologique visant à fournir les consommateurs en poissons issus de la pêche artisanale durable, formant des « AMPAD » ou Associations pour le maintien d'une pêche artisanale durable.

* 41 « Funding priorities : big barriers to small-scale fisheries », Conservation Biology, Vol.22, Issue 4, p.832-835, août 2008, Jacquet J., Pauly D.