C. ... REFLETS DE VARIATIONS SALARIALES RÉELLES DIFFÉRENCIÉES ET D'ÉVOLUTIONS CONTRASTÉES CONCERNANT LA PORTÉE DES SYSTÈMES DE REDISTRIBUTION

De fait, au cours de la période 1999-2006, les salaires par tête ont augmenté de façon très variable dans la zone euro.

INDICATEURS DE QUELQUES PAYS DES SALAIRES DANS L'UE-15 (1999 - 2007)
TAUX DE CROISSANCE (EN %)

Salaire nominal par tête

Salaire réel
par tête 1

Salaire réel
par tête 2

Belgique

2,6

0,3

0,16

Danemark

3,7

1,8

1,4

Allemagne

1,8

0,3

0,8

Grèce

5,0

2,9

2,8

Espagne

3,2

- 0,03

- 0,06

France

2,9

1

0,8

Italie

2,8

0,2

0,3

Pays-Bas

3,7

1,1

1,1

Autriche

2,1

0,3

0,3

Portugal

3,6

0,7

0,5

Royaume-Uni

4,5

2,5

1,9

Moyenne

3,0

0,9

0,8

1 Prix de consommation

2 Prix du PIB

Source : Calcul des auteurs. L'emploi en 2008. Commission européenne.

Le salaire par tête a augmenté en moyenne annuelle entre 1999 et 2007 de 3 % en termes nominaux dans l'Union européenne à 15.

C'est en Allemagne que cette augmentation a été la plus faible (+ 1,8 %) contre 4,5 % au Royaume-Uni, par exemple (2,9 % en France).

Cependant, l'inflation a rogné le pouvoir d'achat du salaire par tête qu'on prenne pour déflateur les prix à la consommation ou les prix du PIB.

Les gains annuels de pouvoir d'achat du salaire par tête n'ont été que de l'ordre de 0,9 %.

Des pays où les salaires nominaux ont crû fortement, comme l'Espagne et le Portugal où ils ont augmenté plus que la moyenne, ont connu des progrès de pouvoir d'achat du salaire par tête inférieurs à la moyenne. En Espagne, il y a même eu un repli.

Dans six pays : Belgique, Allemagne, Espagne, Italie, Autriche et Portugal, la croissance du salaire par tête en valeur réelle a été inférieure à la moyenne.

Ces écarts reflètent, en partie, des différences de gains de productivité par tête . Ceux-ci ont atteint 0,9 % en moyenne avec des écarts importants entre pays : de 0,5 % l'an, en Espagne, les gains de productivité par tête ont atteint 2,6 % en Grèce.

SALAIRE ET PRODUCTIVITÉ DANS QUELQUES PAYS DE L'UNION EUROPÉENNE
(1999-2007) - TAUX DE CROISSANCE (EN %)

Salaire réel
par tête

Productivité
par tête

Coûts salariaux unitaires réels

Belgique

0,3

1,1

- 0,5

Danemark

1,8

1,4

-

Allemagne

0,3

1,6

- 0,5

Grèce

2,9

2,6

- 0,2

Espagne

- 0,03

0,5

- 1,2

France

1

1

- 0,2

Italie

0,2

0,3

0,03

Pays-Bas

1,1

1,4

- 0,4

Autriche

0,3

1,4

- 1,1

Portugal

0,7

0,8

- 0,3

Royaume-Uni

2,5

1,8

-

Moyenne

0,9

1,3

- 0,4

Source : Emploi en Europe 2007

Mais, partout, les gains de pouvoir d'achat du salaire par tête ont été inférieurs aux gains de productivité si bien que les coûts salariaux unitaires réels ont baissé de 0,4 % par an.

En bref, le pouvoir d'achat n'a pas suivi le rythme des gains de productivité si bien que le partage de la valeur ajoutée s'est déformé aux dépens des salariés.

Corrigées des performances de productivité, les variations des salaires par tête aboutissent à des évolutions des coûts salariaux unitaires
- indicateurs avancés du partage de la valeur ajoutée - qui, pour être moins dispersées que celles des coûts de main d'oeuvre sont affectées de différences significatives.

Autour d'une diminution annuelle moyenne de 0,4 % , les coûts salariaux unitaires réels ont évolué moins que la moyenne en Belgique, en Allemagne, en Espagne et en Autriche et au-dessus de cette moyenne dans les autres pays.

Ainsi, les données relatives aux variations des coûts salariaux unitaires dans la zone euro suggèrent qu'entre 1999 et 2007, le partage de la valeur ajoutée s'est opéré différemment selon les pays :

- dans quelques pays ayant fait le choix de la désinflation compétitive ou, au contraire, n'ayant pas su maîtriser l'inflation, le partage de la valeur ajoutée s'est déformé aux dépens des salariés ;

- dans les pays où ce partage s'est à peu près stabilisé, on relève que ceci est venu de la conjonction d'évolutions salariales moins défavorables et d'une maîtrise relative de l'inflation.

Il faut ajouter à ces facteurs l'influence d' orientations contrastées quant à l'ampleur et à la portée des systèmes publics de redistribution .

Du fait des politiques de gains de compétitivité et d'attractivité, et probablement dans la logique des disciplines budgétaires européennes, certains pays ont réduit la partie redistributive de leurs systèmes publics plus que d'autres, qui ont pu l'augmenter. On renvoie à ce propos à notre premier rapport sur la coordination des politiques économiques en Europe, ainsi qu'aux analyses du rapport sur les dépenses publiques de notre collègue Bernard Angels.

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