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Les perspectives offertes par les recherches sur la prévention et le traitement de l'obésité (compte rendu de l'audition publique du mercredi 4 mars 2009)

 

LA PLACE DES PROJETS SUR L'OBÉSITÉ DANS L'ENSEMBLE DES PROGRAMMES DE L'AGENCE NATIONALE DE LA RECHERCHE (ANR)

MATTHIEU LEVI-STRAUSS - CHARGÉ DE MISSION AU DÉPARTEMENT BIOLOGIE-SANTÉ DE L'AGENCE NATIONALE DE LA RECHERCHE

Matthieu Lévi-Strauss

Je vous remercie Monsieur le Président. Je vais effectivement vous parler de la place des projets sur l'obésité à l'ANR. Tout d'abord, je vais très rapidement vous présenter l'ANR, ensuite vous montrer dans quels types de programmes les projets sur l'obésité sont accueillis à l'ANR. Puis je vous montrerai cinq brefs exemples de projets sur l'obésité pour illustrer la diversité des projets qui peuvent être financés par l'ANR. Enfin, je vous montrerai dans une diapositive le mécanisme du processus de programmation de l'ANR pour que vous puissiez avoir une idée de la manière dont les recommandations d'un groupe de travail comme le vôtre peuvent se transformer en programme effectif de l'ANR.

L'ANR est donc une agence de financement sur projets créée il y a quatre ans, donc très récente, dont la mission est le financement compétitif de projets de recherche. Le financement est compétitif puisqu'en moyenne le taux de sélection des projets à l'ANR est de 20 %, ce qui signifie qu'un projet sur cinq est financé. L'ANR finance à peu près 1500 projets par an, répartis au sein de cinquante programmes, dans différentes thématiques. C'est un établissement public administratif, qui a un contrat d'objectifs. Ce qui nous intéresse est le budget des appels à projets, AAP. Depuis la création de l'ANR, donc depuis quatre ans, cela varie entre 600 et 650 millions d'euros par an. La particularité de l'ANR est d'être une organisation de toute petite taille puisque 80 personnes y travaillent, qui, pour toute la logistique des appels à projet, s'appuient sur des unités supports externes à l'ANR qui la prennent en charge.

Je vous montre l'organigramme de l'ANR. Il y a un président du conseil d'administration, Jacques Stern, qui est un scientifique spécialisé dans la cryptologie, un directeur général, Jacqueline Lecourtier. Il y a aussi des départements thématiques. Je travaille dans le département Biologie et Santé qui est dirigé par Patrick Chaussepied. Vous voyez qu'il y a des départements scientifiques qui correspondent à toutes les thématiques possibles, l'ANR couvre donc à peu près toutes les thématiques possibles. Chacun de ces départements scientifiques propose des programmes, et vous verrez que les projets sur l'obésité peuvent être accueillis dans beaucoup de ces départements scientifiques.

Depuis la création de l'agence, donc depuis quatre ans, 2005-2008, l'ANR a financé 33 projets sur l'obésité, pour un total d'environ 13 millions d'euros. Voyons où ces projets sur l'obésité étaient abrités. Les programmes les plus évidents sont ceux de physiologie qui ont changé de nom au cours des années. Les deux autres grands types de programmes qui accueillent des projets sur l'obésité sont ceux sur la nutrition et l'alimentation qui dépendent du département « Ecologie et Développement durable », alors que ceux de physiologie dépendent du département de « Biologie et Santé ».

Ces programmes de nutrition-alimentation sont appelés pendant trois ans PNRA, Programme National de Recherche sur l'Alimentation, et en 2008, le programme est nouveau mais c'est toujours la même problématique. Chacune des éditions annuelles de ces programmes a donc également accueilli des projets sur l'obésité. Enfin, et c'est cela qui me paraît important, les projets sur l'obésité peuvent être accueillis dans des tas d'autres programmes de l'ANR. Il y a eu dans le programme qui s'appelle Blanc, qui est le gigantesque programme non thématique de l'ANR, un programme qui n'a donc pas de thème dans lequel n'importe quel projet est accueilli et évalué. Des projets sur l'obésité ont également été accueillis dans un programme qui s'appelle SEST, je vous donnerai un exemple ultérieurement - les programmes qui sont en rose sont des programmes dont je vais donner des exemples tout à l'heure. SEST signifie Santé Environnement Santé Travail, et a accueilli un programme sur l'obésité. RIB est un programme très important car c'est un programme partenarial pour les entreprises de biotechnologies, où ne peuvent se présenter que des entreprises de biotechnologies à condition qu'elles travaillent en partenariat avec des équipes de recherche académiques. Enfin, un dernier programme qui a accueilli des projets sur l'obésité, c'est le programme PCV, Physique et Chimie du Vivant, qui est un programme transversal fait pour financer des projets de biologie à condition qu'ils soient faits en collaboration avec des chimistes ou des physiciens.

Je vais vous montrer ces cinq exemples rapides pour illustrer cette diversité. Tout d'abord, l'exemple d'un projet « classique », qui sort d'un programme de physiologie, c'est d'ailleurs un projet dans lequel Anne Bouloumié était partenaire. Le but de ce projet était de comprendre les mécanismes qui font que la réponse immunitaire est souvent altérée dans l'obésité. C'était un projet qui avait un consortium de quatre équipes académiques, 36 mois et un budget de 450 000 euros. Un exemple de projet classique de recherche en physiologie accueilli dans un programme de physiologie.

Deuxième exemple, le programme RIB, qui est donc un programme partenarial et qui accueille des partenariats entre des équipes de recherche en biotechnologies et des équipes académiques. Ici, c'est un projet qui s'intéresse à une nouvelle famille de protéines dont on pense qu'ils sont des transporteurs des graisses au niveau de l'intestin. Le but de ce projet est de fabriquer des lapins qui n'expriment plus ce gène dans l'intestin, de façon à montrer que ces lapins sont effectivement maigres comme on s'y attend. Cette famille de protéines peut donc être considérée comme une nouvelle cible pour une action thérapeutique contre l'obésité. Comme je vous l'ai dit, c'était un projet entre une entreprise de biotechnologie et une équipe d'universitaires de l'INRA, qui était spécialistes de la transgénèse, puisque vous savez qu'il s'agit là de lapins transgéniques, et qu'il est extrêmement difficile de faire des lapins transgéniques. Pour ce projet-là les chercheurs avaient besoin de lapins car le lapin est la seule espèce qui exprime la protéine Apobec1 avec la même spécificité que l'homme, autrement dit qui l'exprime dans les mêmes organes que l'homme.

Encore un exemple, le programme « Santé-Environnement et Santé-Travail (SEST) ». Ce programme était en fait le bras armé de deux programmes gouvernementaux nationaux qui s'appelaient le programme Santé Environnement et Santé Travail. C'était donc le volet recherche de ces deux programmes dont le but était de comprendre les relations entre l'environnement et la santé, et le travail et la santé. Ce programme a accueilli beaucoup de projets sur l'asthme puisque c'est évidemment un problème entre la santé et l'environnement. Ici il s'agit d'un projet qui essaye d'expliquer l'observation selon laquelle il y a plus d'asthmatiques chez les obèses que dans une population normale. C'est l'association d'une équipe d'épidémiologie des maladies respiratoires et d'une équipe de biochimie qui a fait les dosages de leptine chez les sujets ainsi que des dosages d'hormones sexuelles, puisqu'une des particularités de ce projet est de vouloir comprendre pourquoi la corrélation entre asthme et obésité est plus forte chez la femme que chez l'homme.

Un autre exemple, cette fois accueilli dans le programme non thématique, est un projet de sciences humaines qui essaye de comprendre par quels mécanismes la publicité sur les produits alimentaires est capable de modifier le comportement des enfants, et de faire qu'ils se dirigent vers des produits alimentaires. Le deuxième but du projet est d'essayer d'imaginer si ces mécanismes qui font que les enfants sont des cibles de la publicité sur les produits alimentaires pourraient être également utilisés pour lutter contre l'obésité. Ce sont là deux équipes universitaires de sciences humaines.

Le cinquième exemple est le programme interdisciplinaire « Physique et Chimie du Vivant », des biologistes forcément associés à des physiciens et à des chimistes. C'est un projet qui s'intéressait à une plante coupe-faim utilisée par une tribu d'Afrique du Sud pour ses propriétés de coupe-faim. Le projet cherchait à comprendre quelle était la structure des produits actifs extraits de la plante, et par quels mécanismes cette plante coupe-faim agissait, donc par quels mécanismes elle coupait la faim. Enfin il y avait une équipe de chimie de synthèse, comme vous le voyez, dont le but était de fabriquer in vitro par synthèse chimique les produits actifs de cette plante coupe-faim, puisqu'il s'agit en l'occurrence d'une plante protégée que l'on ne peut donc pas cueillir en masse ou cultiver pour en extraire le produit.

Je voudrais finir simplement pour vous montrer par quels mécanismes l'ANR décide de faire des programmes qui accueillent ensuite des projets de recherche. Ce sont les comités scientifiques sectoriels qui réfléchissent à la programmation de l'ANR. Il y a des départements qui en ont deux, d'autres qui en ont un. Le département Biologie et Santé par exemple n'en a qu'un. Ces comités scientifiques sectoriels se nourrissent d'informations qui viennent de différentes sortes de sources. La première source est une source institutionnelle, les GDRI, la DGS, les directeurs généraux des établissements de recherche comme le CNRS et l'INSERM, ainsi que les instituts thématiques comme celui que Christian Boitard dirige, qui a émis des souhaits en ce qui concerne la programmation de l'ANR. Il y a ensuite la consultation épistolaire, ce sont mille lettres envoyées à des partenaires académiques, par exemple des présidents d'universités, des directeurs d'instituts de recherche ou de grands laboratoires de recherche, ou bien des industriels, à qui l'on demande de nous faire des recommandations ou d'émettre des souhaits sur la programmation de l'ANR. Les comités d'évaluation et les comités de pilotage des projets de l'ANR sont également consultés.

Enfin, et c'est probablement ce qui vous intéresse, il y a les comités scientifiques sectoriels qui se nourrissent de rapports de prospective, de groupe de travail comme ceux qui viennent des académies, du Sénat, de la DGA, d'organismes spécialisés dans la veille scientifique ou technologique. Ces comités scientifiques sectoriels font des recommandations à l'ANR, qui les transforme ensuite en fiches programmes. Ces fiches programmes une fois élaborées circulent pendant un certain nombre de mois au sein des ministères et d'autres administrations et sont soumises au conseil d'administration de l'agence pour être finalement validées et transformées en appel à projet. Je vous remercie.

Jean-Claude ETIENNE

Merci beaucoup Monsieur Levi-Strauss.