QUESTIONS/DÉBAT

Jean-Claude ETIENNE

Nous disposons encore des ultimes minutes pour celles et ceux qui souhaiteraient avoir une question et ne pas sortir d'ici sans être à satiété de leur questionnement. Qui souhaite intervenir ?

Intervenante non identifiée

Je ne sais pas trop si c'est une question ou plutôt une constatation, cela porte surtout sur le volet préventif. On parle de diététique, d'activité sportive, tout cela est assez difficile à mettre en place sur le terrain dans le côté durable. Tous les acteurs de terrains qui agissent au niveau de la prévention, qu'elle soit santé, sportive ou autre, ont tout de même du mal la plupart du temps à être financés. Je constate que tout ce qui se fait en France est assez disparate, cela dépend de la volonté des communes, de la volonté de financement de projet ou pas. Je me demande comment on peut homogénéiser tout cela pour justement inscrire la prévention dans la durée au contact de la population, car c'est du cas par cas, le plus fréquemment. Ma question aujourd'hui est donc aussi là : comment arrive-t-on sur le terrain en définitive ?

Jean-Claude ETIENNE

C'est une bonne question, mais elle n'est pas sans avoir d'implications. Peut-être que Jean-Michel Oppert suggèrerait quelques réponses.

Jean-Michel OPPERT

Tout à l'heure, Jean-Michel Borys évoquait le plan national activité physique. Madame Bachelot a effectivement demandé à Jean-François Toussaint de réunir une commission au cours de l'année 2008 pour faire des propositions assez concrètes sur l'activité physique et la santé. Pour l'instant, il s'agit seulement d'un rapport, mais je pense qu'il y a tout un tas de pistes dans ce genre de document qui sont surtout des pistes locales. Je pense que comme vous le dites il faut aller au contact du terrain. Nous parlions cet après-midi de pistes de recherche plutôt que de pistes pratiques, je pense donc que les financements locaux ou par d'autres acteurs, peut-être les acteurs traditionnels qui financent les actions de santé, sont des pistes intéressantes à explorer.

Monique ROMON

Je voudrais aussi enchaîner sur cette proposition parce que j'ai oublié ma dernière diapositive qui était justement sur la nécessité d'un soutien des patients, et ce n'est pas seulement de la prévention. C'est aussi la prise en charge des patients et leur aide, parce que l'activité physique, pour en faire beaucoup, il faut être aidé. Et c'est vrai, vous avez raison, cela dépend un petit peu de l'action locale et de la manière dont on se bat, et c'est toujours des financements qui sont remis en cause tous les ans. Je peux vous donner un exemple : dans le Nord on essayait, et nous avons eu le soutien de la fondation Aventis, de mettre en place notamment dans les centres sociaux, des structures d'activité physique adaptées aux patients obèses. Actuellement, du fait du retard dans les financements, cette activité qui se développait est en train de diminuer et d'être arrêtée faute de financements, et faute d'une volonté forte. Je pense qu'effectivement, sur le plan national, il est important que l'on appuie et que l'on s'exprime cette volonté forte.

Jean-Claude ETIENNE

Merci, la parole est à Jean-Michel Borys.

Jean-Michel BORYS

Effectivement, c'est le nerf de la guerre, sur EPODE ce sont des difficultés quotidiennes pour trouver des financements, et surtout la pérennité de ces financements. Si c'est assuré, c'est par deux voies, une voie publique et une voie privée. Dans la voie privée, ce que l'on appelle pudiquement les acteurs économiques, autrement dit les industriels de différents secteurs, qu'il s'agisse de l'agroalimentaire, de la pharmacie, de l'assurance, de la distribution etc., qui participent je dirais presque à une action de mécénat, et qui financent pratiquement la moitié de ces programmes EPODE, que ce soit en France ou à l'étranger. Il y a également une partie publique, avec différents fonds, qui viennent pour certains de la Santé, du ministère des Sports, de la Recherche aussi dans des cas de protocoles associés de recherche. Ces fonds viennent aussi surtout beaucoup des municipalités qui sont investies, comme celle de Fleurbaix Laventie, la toute première qui ne donne pas d'argent directement pour l'action mais qui met en place des choses extrêmement concrètes. On parlait justement du plan Toussaint qui faisait je crois des propositions de chèques de X euros pour être dans des associations sportives ou pour subventionner et aider au niveau des infrastructures qui sont aussi quelque chose de fondamental. Car lorsque l'on parle d'activité physique, cela est bien beau mais Jean-Michel Oppert a montré des choses sur la « marchabilité » des endroits, et il est vrai que l'on s'aperçoit que dans les milieux les plus défavorisés, il y a également le plus de précarité, le plus d'obésité, mais il y a le moins d'accessibilité à des infrastructures sportives. Il y a des accessibilités alimentaires différentes également, il y a des nombreuses études là-dessus.

C'est donc vrai que c'est très difficile, je crois d'après ce que j'ai cru comprendre, que dans le projet de loi Hôpital Patients Santé Territoire, il était question de sanctuariser la prévention, ce qui serait une excellente chose, avec des fonds obligatoires de prévention gérés par les ARS, les Agences régionales de la santé. Nous verrons ce que cela va donner. C'est une vraie nécessité de répondre directement, non pas peut-être de manière centralisée, mais de manière plus décentralisée, au besoin réel des populations et des communautés des territoires de santé. En ce sens, je pense que la régionalisation peut être effectivement un début de réponse plus adapté qu'une centralisation.

Jean-Claude ETIENNE

Merci d'avoir insisté sur le fait que la réponse ne peut pas venir du niveau central, il s'agit d'initiatives locales. Et d'ailleurs, les programmes que vous animez les uns et les autres le montrent bien car ils sont au point de départ communaux ou intercommunaux. A la limite, on peut aller jusqu'au département qui porte une mission dans le domaine de la prévention. Mais cela devra s'entendre de toute manière à partir de l'action des ARS dans le nouveau dispositif législatif où les choses ne sont pas, de ce point de vue-là au moins, oubliées. Voilà Mademoiselle, la réponse qui peut vous être faite.

Viviane GRACQUIERE

D'où l'intérêt à ce qu'il y ait un haut-commissaire, ou autre, on lui donnera le nom qu'on veut, qui centralise un peu tout ce qui est fait, cela fait un certain nombre d'années que nous le réclamons. Car le souci est que l'on joue à certains endroits à l'apprenti sorcier sur la prévention de l'obésité. Il y a des structures comme EPODE où c'est sérieux, mais nous avons des retours d'expériences où chacun joue un peu, et l'intérêt d'avoir une structure qui centralise ce qui marche et ce qui ne marche pas permettrait peut-être aussi d'éviter beaucoup de dérives. Quant à l'activité physique, je crois que madame a raison, moi je suis dans ce cas. Mon association organise des cours spécifiquement réservés aux personnes de forte corpulence parce qu'elles ne peuvent pas faire n'importe quelles activités physiques. Le souci est que pour obtenir un créneau piscine ou d'autres choses comme cela, c'est vraiment compliqué. Et nous nous débrouillons avec aucune subvention, je ne demande rien. C'est qu'il faut surtout prévoir des structures qui soient adaptées.

Jean-Claude ETIENNE

Si vous ne percevez pas de subvention vous avez le droit à toute notre considération et nos félicitations. Merci beaucoup.

Une remarque avant de nous séparer, car je n'aurai pas l'outrecuidance de présenter la moindre conclusion compte tenu du haut niveau des intervenants et de ce qui a été dit, si ce n'est deux ou trois perspectives que Brigitte Bout souhaite que l'on affiche, et elle a parfaitement raison. Vous avez peut-être, comme nous, noté que le mot « régime » n'a été prononcé qu'une seule fois dans toute l'après-midi, par Pierre Rosenzweig, et encore, incidemment. Mais il n'en a jamais été question, même si cela pouvait être présent autrement. C'est dire quelque part, que dans le domaine de la recherche, sur ce qui concerne et tout ce qui ressort de la problématique de l'obésité, les questions de régime n'ont pas forcément occupé. Elles étaient pourtant en filigrane, puisque vous avez parlé de bilans énergétiques et des comportements, et puisque, pour finir, sans avoir été prononcé, le mot était dans la tête de chacune et de chacun d'entre nous.

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