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Le Moyen-Orient à l'heure nucléaire

 

V. ATOUTS ET CONTRAINTES

A. DES RESSOURCES ENERGÉTIQUES ABONDANTES MAIS UNE PÉNURIE D'EAU

1. Les ressources énergétiques

Le Moyen-Orient, en 2006, possède, de très loin, les plus importantes réserves d'hydrocarbures de la planète. Les cinq pays de l'OPEP autour du Golfe persique détiennent les deux tiers des réserves de pétrole et fournissent 30 % du pétrole brut consommé, jouant ainsi un rôle fondamental dans l'équilibre des besoins énergétiques.

Sur une production journalière totale de pétrole de 25 millions de barils, près de 20 millions sont destinés à l'exportation, dont presque la moitié provient d'Arabie saoudite, premier producteur mondial de brut. Ces exportations sont majoritairement destinées aux pays de l'OCDE. Les Etats-Unis et le Royaume-Uni ont ainsi importé 2,5 millions de barils par jour en 2005, dont 70 % d'Arabie saoudite, 10 % d'Irak et 10 % du Koweït, le reste provenant du Qatar et des Émirats arabes unis. En Europe, 25 % des importations provient de l'Iran.

Le Moyen-Orient dispose également de très importantes réserves de gaz naturel, estimées en 2006 à 73 milliards de m3. La région est amenée à jouer un rôle central sur le marché gazier puisqu'elle détient 41 % des réserves mondiales. L'Iran et le Qatar se positionnent respectivement au deuxième et au troisième rang mondial et représentent à eux deux, 30 % des ressources mondiales. Avec les besoins croissants en électricité de certains pays tels que la Chine, et le développement rapide des filières du gaz naturel, la ressource de la région devrait, dans les années à venir, trouver de nombreux débouchés.

L'Asie devient le principal client du Moyen-Orient et cela changera en peu d'années le poids politique relatif de l'Occident et de l'Asie au Moyen-Orient.

2. Le problème de l'eau

En tant que ressource naturelle vitale, et épuisable, l'eau est au coeur des préoccupations des Etats du Moyen-Orient. Le volume d'eau disponible devrait diminuer de 80 % entre 1960 et 2025, passant de 3.400 m3 par habitant et par an à 600 m3, alors que le seuil minimum est estimé à 2.000 m3. L'absence d'efficience dans la gestion de l'eau, la vétusté des installations contribuant au gaspillage de la ressource en eau, estimée entre 40 % à 50 % dans les villes, les utilisations de la ressource parfois effrénées, notamment par les Etats du Golfe qui ont une consommation équivalente à celle des Etats-Unis, ainsi que l'appropriation de la ressource par certains Etats au détriment d'autres, sont autant de facteurs permettant d'expliquer la pénurie d'eau au Moyen-Orient.

La ressource en eau est ainsi devenue objet de convoitise et source de conflits. L'État d'Israël contrôle, par exemple, les ressources de la région du fleuve Litani, qui couvre le quart de l'approvisionnement en eau du Liban, ainsi que celles du Jourdain. Israël dispose en outre d'une large maîtrise des nappes phréatiques des territoires palestiniens, lui permettant de réguler l'approvisionnement en eau de ces derniers, ce qui lui donne un contrôle total sur Gaza. L'eau est une composante à part entière de la politique israélienne sur les territoires palestiniens. Les plus grandes colonies sont situées sur les principaux aquifères de la région. Le problème de l'épuisement des aquifères se pose également de façon cruciale en Jordanie. Enfin, les barrages sur le Tigre et l'Euphrate et leurs affluents, par l'Iran, la Syrie et surtout la Turquie ont entrainé l'assèchement du Chatt-el-Arab, ce qui constitue un problème crucial pour l'Irak.

Le manque d'eau douce et la mauvaise gestion de cette ressource ont conduit les Etats du Golfe et Israël à se tourner vers le dessalement. Le Moyen-Orient totalise ainsi la moitié de la production en eau douce issue de la désalinisation au monde, soit une production de 11 millions de m3 par jour. Si elle contribue à l'autonomie hydrique des Etats qui l'utilisent, et leur permet de répondre à une demande en constante augmentation, la désalinisation a des conséquences néfastes sur la préservation de la ressource en eau et l'environnement.

Les installations de dessalement nécessitent en effet un apport énergétique important pour leur fonctionnement, fourni pour l'instant par une utilisation massive d'énergies fossiles. Ce gâchis énergétique rend d'ailleurs pertinente l'utilisation du nucléaire civil dans la région. Quoi qu'il en soit, cette désalinisation entraîne la production de saumures, qui, rejetées dans la mer ou dans les cours d'eau, accroît leur salinisation. Cette surconcentration en sel augmente la température des eaux, accélérant ainsi leur évaporation, et déséquilibre les écosystèmes aquatiques. De surcroît, l'utilisation intensive du chlore nécessaire à l'entretien des installations, (vingt-deux tonnes par jour dans le Golfe), et les forts rejets de cuivre dus à l'usure des tuyaux ont des conséquences dramatiques sur l'environnement d'une région fragilisée par le réchauffement climatique. Si les conflits du Moyen-Orient ont eu une dimension pétrolière éventuelle au XXème siècle, ceux du XXIème siècle seront des guerres de l'eau.