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Le Moyen-Orient à l'heure nucléaire

 

B. UN FOYER D'INSTABILITÉ QU'IL FAUT AIDER AU PLUS VITE

Le Yémen est un inquiétant foyer d'instabilité dans la péninsule arabique et constitue avec la Somalie, située de l'autre côté du détroit de Bab-el-Mandeb, une zone économiquement sinistrée qui tend à échapper à toute légalité internationale.

Les mesures prises pour consolider l'Etat ne semblent pas à la hauteur du danger.

1. Un foyer d'instabilité

Depuis la fin de 2005 la situation s'est beaucoup dégradée. Des groupes de touristes suisses, allemands, italiens, coréens, ont été retenus en otage pour servir de monnaie d'échange dans les négociations entre certaines tribus et les autorités gouvernementales. Quatre touristes français ont été pris en otage en septembre 2006 puis relâchés.

Des attentats à la voiture piégée ont visé des sites pétroliers près de Marib et de Mukalla en septembre 2006. Un attentat suicide à la voiture piégée a tué sept touristes espagnols et deux Yéménites près de Marib en juillet 2007. Depuis, la liste des attentats s'est allongée, jusqu'à l'attaque contre l'ambassade des Etats-Unis à Sanaa, le 17 septembre 2008, qui a fait seize morts. Une cellule d'Al-Qaïda a été démantelée en août 2008 et une trentaine de membres présumés de l'organisation ont été arrêtés. Il est intéressant de relever que les Yéménites forment le plus important contingent de détenus à Guantanamo : 96 sur 240.

Par ailleurs, l'irrédentisme est toujours vivant dans le sud du pays. Pour la population de cette région, la réunification est perçue comme une annexion et la présence des « nordistes » assimilée à une occupation. Nombre de fonctionnaires et de militaires originaires du sud ont été licenciés et remplacés par des cadres civils ou militaires originaires du nord dont la corruption est notoire. La population du sud se juge spoliée de ses terres et reproche aux dirigeants du nord d'accaparer les revenus tirés des ressources naturelles du sud. Le mécontentement déboucherait vraisemblablement sur une nouvelle sécession, si les forces de sécurité yéménites ne contrôlaient pas, souvent brutalement, Aden et sa région.

La conjugaison de ces différents facteurs et l'insécurité qui en résulte font du Yémen un havre idéal pour les jihadistes : un Etat faible, des tribus puissantes enclines à abriter des activistes au nom de l'hospitalité, un relief de hautes montagnes où les forces régulières hésitent à s'engager. Les similitudes avec l'Afghanistan sont frappantes.

Deux des jihadistes saoudiens les plus recherchés ont été arrêtés en mars 2009 près de Taez, au sud de Saana. Une centaine d'autres sympathisants jihadistes saoudiens recherchés par les autorités de Ryad se sont vraisemblablement repliés au Yémen.

La menace islamiste a été pendant un temps neutralisée par un programme de réhabilitation de près de 400 sympathisants yéménites d'Al-Qaïda. Mais selon certaines sources51(*), ce programme aurait surtout permis aux autorités de sceller un pacte avec les jihadistes aux termes duquel ces derniers s'engageaient à ne pas commettre d'attentats au Yémen, en contrepartie de quoi le Gouvernement fermerait les yeux sur leurs agissements à l'extérieur du pays. Compromis qui a profondément indisposé les autorités américaines, déjà excédées en 2007 par la libération d'un des cerveaux de l'attentat contre l'USS Cole.

En janvier 2009, l'une des branches d'Al-Qaïda au Yémen a annoncé la création d'Al-Qaïda dans la Péninsule Arabique (AQPA) -née de la fusion des branches saoudiennes et yéménites du mouvement.

* 51 Voir notamment Georges Malbrunot, « Le Yémen, nouvelle base arrière d'Al-Qaïda » -le Figaro.fr du 01/06/2009