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Le Moyen-Orient à l'heure nucléaire

 

III. VERS QUELLE ALLIANCE ÉVOLUERA LA SYRIE ?

La Syrie est un pays multiconfessionnel à majorité sunnite avec des minorités chrétiennes, alaouites, druzes et kurdes, ce qui ne l'empêche pas d'être très attachée à son unité. Celle-ci est imposée d'une main de fer par une famille, les Assad, issue de la minorité alaouite qui encadre l'armée. Sous son impulsion l'économie s'est peu à peu libéralisée et ouverte.

A. LA STRATÉGIE DE LA SYRIE : RÉFORMER SON ÉCONOMIE, TOUT EN PRÉSERVANT SON UNITÉ

L'évolution économique progresse à petits pas. Bachar el-Assad n'entend pas être un « Gorbatchev » syrien, dont les réformes ébranleraient le pouvoir. De l'ouverture économique la Syrie attend qu'elle attire les investisseurs dont son économie a besoin et qui ne voudraient pas de l'Iran. L'Europe est sollicitée, mais ses grandes sociétés, comme Alsthom, gardent un mauvais souvenir d'expériences passées et hésitent à s'engager à nouveau. La Syrie a plus de succès avec certaines petites et moyennes entreprises, telles que les fromageries BEL qui y ont installé l'une de leurs usines régionales. La Banque Européenne d'Investissement y est active. Les échanges commerciaux de la Syrie se développent, notamment avec la Turquie qui est devenue son principal partenaire économique. Le développement de la Syrie, même s'il est étroitement contrôlé, est porteur d'inégalités sociales. Les beaux quartiers avec leurs luxueuses automobiles côtoient la misère. De plus, le pays compte environ un million de réfugiés palestiniens et irakiens qui ont fui leur pays depuis 2003. L'inflation est élevée et, dans ce contexte, des tensions ethniques apparaissent, notamment entre la majorité arabe et l'importante minorité kurde non arabophone implantée dans le nord du pays où se trouve l'essentiel des modestes réserves pétrolières du pays. Les autorités syriennes prennent très au sérieux les tensions qui pourraient menacer l'unité du pays.

B. LA DIPLOMATIE SYRIENNE : DURE EN APPARENCE, ÉQUILIBRÉE EN RÉALITÉ

La Syrie appartient au groupe de pays qui forment le « front du refus ». Mais son attitude intransigeante à l'égard d'Israël est avant tout à usage intérieur. Elle permet, dans un contexte économique qui s'améliore mais reste difficile, de détourner les frustrations populaires vers un bouc émissaire extérieur.

La diplomatie syrienne est, en réalité, moins univoque qu'il n'y paraît. Elle sait habilement jouer des différents atouts dont elle dispose en fonction des circonstances.

Damas apporte au Hezbollah libanais une aide importante et c'est par son territoire que transitent les armes et l'argent de l'Iran. La Syrie héberge la branche politique du Hamas et notamment son chef, Khaled Mechaal. Enfin, une amitié ancienne l'unit à l'Iran et il faudra des arguments forts pour la convaincre d'y renoncer. La restitution du Golan, annexé par Israël depuis 1967, y contribuerait de façon décisive.

Vue de Damas, la France est une carte qu'elle joue avec beaucoup de réalisme. La Syrie entretient avec notre pays une relation complexe, faite d'attirance pour son modèle républicain et unitaire et de rancoeur due à l'action que notre pays a menée contre sa présence au Liban.

En fonction des circonstances, la Syrie joue de l'une ou de l'autre de ses cartes. Si la situation se détend, elle se rapproche de la France et incite la Turquie à ouvrir des négociations avec Israël sur le Golan. Si la situation se tend, elle se rapproche de l'Iran et joue de son influence sur le Hezbollah et le Hamas. Elle conduit une diplomatie d'équilibre, au mieux de ses intérêts nationaux du moment.

A l'heure actuelle, ses relations avec l'Occident sont marquées par une volonté de détente. Sans doute, la libération des quatre généraux libanais pro-syriens incarcérés en août 2005, dans le cadre de l'enquête sur le meurtre de Rafic Hariri, par le tribunal pénal international, a-t-elle joué en faveur de ce réchauffement. La nomination d'un ambassadeur américain et l'éventualité d'une visite à Damas du roi d'Arabie saoudite ne peuvent qu'accentuer cette tendance. Le 20 mai dernier, la Syrie a libéré Michel Kilo et Mahmoud Issa, deux prisonniers politiques importants qui avaient purgé leur peine.

Néanmoins, l'évolution politique interne reste timide. Les militants membres de la Déclaration de Damas, vaste coalition de partis politiques créée en 2005 pour demander un changement démocratique non violent, restent en prison. Ils y sont détenus depuis leur participation en décembre dernier à une assemblée qui souhaitait créer un conseil national représentant les signataires de la déclaration. Les observateurs estiment que la situation des droits de l'Homme en Syrie, non seulement n'a pas connu d'avancée, mais qu'elle a tendance à régresser. Les procès, quand ils ont lieu, ne respectent pas les droits de la défense. Mauvais traitements et torture demeurent d'usage courant. La situation serait pire qu'à la fin de l'ère de Hafez el-Assad, qui avait été marquée par des libérations de prisonniers.

Par ailleurs, Damas a applaudi à la réélection de Mahmoud Ahmadinejad en Iran et les médias officiels n'ont même pas évoqué les protestations ni les accusations de fraude. Ils ont, en revanche, rappelé l'engagement d'Ahmadinejad en faveur des pauvres et pour un programme nucléaire pacifique.

Vos rapporteurs n'en concluent pas moins que la décision du Président de la République de normaliser les relations de la France avec la Syrie était juste et mérite d'être poursuivie, non sans faire pression sur la Syrie en faveur de ses militants des droits de l'Homme emprisonnés.