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Mutation des virus et gestion des pandémies - l'exemples du virus A (H1N1)

 

QUATRIEME PARTIE : LA GESTION SOCIETALE D'UNE CRISE SANITAIRE DONT L'AMPLEUR ETAIT INCONNUE : VERS UNE NOUVELLE APPROCHE DE LA POLITIQUE DE SANTE PUBLIQUE ET DU DEBAT PUBLIC

Qu'a-t-on su ? A quel moment a-t-on eu conscience des inflexions qui pouvaient être apportées à la politique suivie ?

Sur quelle base les responsables ont-ils pris leurs décisions ? Comment ont-ils analysé et utilisé l'information disponible ?

I. EVALUER SEREINEMENT LA PREMIERE EXPERIENCE DE LUTTE CONTRE UNE PANDEMIE

Il faut maintenant prendre du recul et analyser la manière dont les pouvoirs publics ont réagi à la crise.

Il apparaît que les résultats de la politique engagée ne correspondent pas totalement aux prévisions et aux attentes des décideurs.

Aussi peut-on se demander si le plan pandémie grippale est adapté à une situation qui n'est pas aussi grave que celle imaginée lors de la grippe aviaire H5N1.

Pour répondre à cette question, il est nécessaire d'analyser les différentes étapes de gestion de la crise.

Trois étapes doivent être distinguées : la première correspond aux premiers mois de la pandémie ; la deuxième à l'organisation de la vaccination à partir de la fin de l'été 2009, à un moment où l'on pouvait tirer les leçons de l'expérience de la diffusion de la grippe pandémique dans l'hémisphère Sud ; la troisième au dépassement du pic pandémique, et à la normalisation de la situation à partir des premiers jours de janvier 2010.

La première a donné lieu à peu de critiques à l'époque, tant le contexte était nouveau. Les commandes de vaccins par l'EPRUS n'apparaissent pas excessives en juillet. Les critiques sur leur opacité surviendront bien plus tard.

La deuxième est celle qui prête le plus à débat, du fait des modalités retenues pour la campagne de vaccination.

La troisième, qui correspond à un retour à la normale, n'est pas encore terminée. Elle peut fournir l'occasion de dresser un bilan et de jeter les bases de la politique qu'il faudrait mener en cas de retour d'une telle pandémie, moins grave que celle imaginée lors du H5N1.

A - LES MESURES PRISES LORS DE LA PREMIÈRE ÉTAPE N'ONT PAS ÉTÉ, A L'ÉPOQUE, CRITIQUÉES

1. Chacun reconnaît que les décideurs ont dû faire face, dans l'urgence, à une crise nouvelle, qui pouvait être grave

Détecté le 24 avril 2009 au Mexique, le nouveau virus, appelé alors porcin ou mexicain fait très rapidement l'objet de positions très résolues de l'Organisation Mondiale de la Santé qui décide de mettre en oeuvre son niveau d'alerte 5, le niveau d'alerte maximale (niveau 6) sera déclenché le 11 juin.

Dès le 25 avril, l'alerte est déclenchée en France. Le virus est immédiatement analysé.

Il apparaît que l'on doit faire face à un virus nouveau, recombinaison de virus humain, porcin et aviaire, contre lequel il n'existait pas de vaccin. Contrairement au virus de la grippe aviaire qui ne se transmettait que d'animal à humain, ce nouveau virus, de la catégorie A(H1N1) se transmet d'humain à humain avec une grande contagiosité.

Les réactions à la nouvelle alerte sont marquées par la conscience d'un phénomène jugé particulièrement grave : des morts sont signalés au Mexique, près d'élevages porcins, et le lien est établi avec ce qui s'était produit deux ans auparavant avec la grippe aviaire. Plusieurs de ces morts restent inexpliquées.

Les mesures les plus drastiques sont étudiées, incluant quarantaine et interdiction de certains trafics aériens. Les patients présentant les symptômes décrits par l'OMS sont orientés vers les hôpitaux, et les premières analyses font apparaître que les cas les plus graves dépassent largement les populations traditionnellement à risque. Le nouveau virus s'attaque de manière particulièrement féroce aux moins de quarante ans. La mort est rapide. Elle résulte d'une pneumonie virale qui est fatale après cinq à sept jours, selon les données mentionnées par Mme Margaret Chan, directrice générale de l'OMS.

Une hypothèse est évoquée : les plus de quarante ans ont pu être exposés soit au virus de la grippe asiatique de 1957, soit à celui de la grippe de Hong-Kong de 1968.

La France envisage alors de mettre en oeuvre les dispositions qu'elle avait élaborées lors de la grippe aviaire, et qui sont largement décrites dans le plan national de prévention et de lutte « Pandémie grippale » mis à jour le 20 février 2009 par la Secrétariat général de la Défense nationale, à partir du document précédent qui datait du 9 janvier 2007.

Ce document traite de graduation de la réponse en cas d'alerte à la pandémie et de stratégie générale. Il fixe des principes de conduite opérationnelle de la crise, tout en rappelant les mesures de prévention et de lutte contre l'influenza aviaire (qui apparaissait comme le principal danger lors de sa conception).