Allez au contenu, Allez à la navigation



Désarmement, non-prolifération nucléaires et sécurité de la France

 

3. Le rôle essentiel de la recherche dans la mise au point de technologies plus performantes et plus accessibles

La recherche sur de nouvelles générations d'équipement constitue un enjeu fondamental pour les pays disposant d'une industrie nucléaire qu'ils souhaitent pérenniser et rendre plus performante.

Elle est également essentielle pour favoriser l'accès d'un plus grand nombre d'Etats à l'énergie nucléaire, en levant un certain nombre d'hypothèques dans les domaines de la sûreté, de la sécurité, de la non-prolifération ou de la gestion du combustible usé.

Il faut notamment souligner que l'évolution des technologies a permis de privilégier des types de réacteurs électrogènes beaucoup moins exposés au risque de détournement des applications civiles vers un usage militaire.

Les réacteurs à eau lourde, utilisant de l'uranium naturel, qui fonctionnent sur le principe d'un chargement continu en combustible, permettent le déchargement de combustible faiblement irradié utilisable, sous réserve de disposer des technologies du retraitement, pour fabriquer du plutonium de qualité militaire. Ce type de réacteur, répandu dans les années 1960, est aujourd'hui délaissé au profit de réacteurs à eau légère, qui représentent la très grande majorité des réacteurs exportés. Le combustible utilisé dans un réacteur à eau légère est en principe déchargé après plusieurs années d'irradiation. Il est alors impropre, en raison de sa composition isotopique, à l'obtention de plutonium de qualité militaire. Celle-ci imposerait, dans le cas d'un réacteur à eau légère, que le réacteur soit arrêté durablement (ce qui serait pénalisant pour la production électrique et décelable par l'AIEA) afin d'en extraire le combustible avant qu'il soit trop fortement irradié.

Les réacteurs à eau légère de 3ème génération, tels que l'EPR européen ou l'AP1000 américain, permettent de franchir un pas supplémentaire en direction de technologies plus sûres et plus performantes.

Une coopération internationale est engagée pour concevoir des réacteurs plus économes en uranium, plus sûrs, plus résistants à la prolifération et générant moins de déchets radioactifs à vie longue.

Ainsi, douze pays48(*) et l'Union européenne ont entrepris, au sein du forum international « Generation IV », des programmes de recherche et développement destinés à définir, développer et permettre le déploiement de systèmes nucléaires de 4ème génération à l'horizon 2030.

Quatre objectifs principaux ont été définis pour caractériser les systèmes du futur. Ils doivent être à la fois durables (en réduisant le volume des déchets et leur toxicité à long terme et en utilisant de façon optimale les ressources naturelles en combustible), économiques (en termes de coût d'investissement et d'exploitation), sûrs et fiables, et enfin résistants vis-à-vis des risques de prolifération et mieux protégés contre les agressions externes.

L'AIEA, avec le Projet international sur les réacteurs nucléaires et les cycles du combustible innovants (International Project on Innovative Nuclear Reactors and Fuel Cycles - INPRO) poursuit les mêmes objectifs et intervient en complément des développements technologiques tels que ceux conduits dans le cadre du forum « Generation IV ». Ce projet s'attache en effet à évaluer la manière dont les systèmes nucléaires innovants peuvent contribuer à satisfaire les besoins et attentes des pays n'utilisant pas encore l'énergie nucléaire mais intéressés à en bénéficier.

Enfin, il faut souligner l'importance des recherches portant sur le traitement et le recyclage du combustible. S'appuyant sur les acquis d'une longue expérience en la matière, la France met ainsi au point un nouveau procédé de traitement du combustible usé et de recyclage en combustible MOX (Mixed OXide fuel). Dénommé COEX (pour co-extraction), ce procédé présente l'avantage de ne pas produire de plutonium isolé, le plutonium se trouvant toujours en présence d'uranium aux différentes étapes du traitement et du recyclage. Ce procédé permet une maîtrise renforcée des risques de prolifération dans l'aval du cycle du combustible nucléaire. L'industrie américaine développe une technologie comparable (procédé UREX +).

Ce type de solution innovante est de nature à favoriser le développement du recours à l'énergie nucléaire, en améliorant les réponses au problème de la gestion du combustible usé.

Il importe donc de soutenir activement le développement de ces technologies « résistantes » à la prolifération qui répondent également au préoccupations de sûreté et de consommation plus économe en combustible.

* 48 Afrique du Sud, Argentine, Brésil, Canada, Chine, Corée du Sud, Etats-Unis, France, Japon, Royaume-Uni, Russie et Suisse.