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Désarmement, non-prolifération nucléaires et sécurité de la France

 

B. LA FRANCE ET LE DISCOURS « ABOLITIONNISTE »

1. Le discours « abolitionniste » rencontre des échos nombreux.

L'évocation par le président Obama d'un « monde sans armes nucléaires » à Prague, le 5 août 2009 - sans doute assortie d'un très grand nombre de conditions (ou de « caveat » selon la terminologie de l'OTAN) et même si la réalisation de cette « vision » est repoussée à un avenir lointain, (« not in my life time », selon le président Obama) - ne peut qu'entraîner des pressions médiatiques et politiques croissantes pour que la France se range à cet objectif indépendamment des conditions qui le rendraient possible.

La France est un pays démocratique : elle ne prendra pas cyniquement des positions qui ne correspondraient pas à sa doctrine de défense. La France est un pays responsable. Elle respecte sa signature et le texte des traités qu'elle a ratifiés. Justement l'article VI du TNP ne déconnecte pas l'objectif du désarmement nucléaire de la sécurité collective et plus précisément d'un « désarmement général et complet » dont les conditions politiques sont encore loin d'être réunies. Elle se place donc dans la logique d'un monde plus sûr qui inclut mais dépasse la seule logique d'un désarmement nucléaire. Sa position est ouverte et constructive. Elle refuse les facilités de la démagogie.

La contestation « abolitionniste » est fortement hétérogène.

Les Etats-Unis ont pour politique affichée de réduire la place du nucléaire dans leur doctrine et dans leur arsenal pour substituer à l'ancienne triade (moyens nucléaires terrestres, maritimes et aériens) une nouvelle triade où figurent, à côté de la dissuasion nucléaire, les armes conventionnelles modernes caractérisées par la précision, y compris des forces de frappe stratégiques conventionnelles à longue distance ainsi que la défense antimissile balistique67(*). La « révolution dans les affaires militaires » (RMA) tente de rendre la guerre acceptable en prétendant limiter les effets collatéraux et réduire le nombre de morts. Elle a ouvert la voie à des conflits d'intensité variable mais généralement croissante (Grenade, Panama, première et seconde guerres du Golfe, Afghanistan). Tel est l'arrière-plan doctrinal du discours américain sur la réduction de la place des armes nucléaires dans leur arsenal et dans leur doctrine. Cette posture déclaratoire répond aussi sans doute à la volonté d'exercer une pression politique maximale, d'abord sur les pays proliférateurs et sur l'ensemble des Etats non dotés pour qu'ils acceptent le resserrement des contrôles sur d'éventuels trafics de matières nucléaires ou de technologies, mais aussi sur les Etats dotés qui ne disposent pas de moyens conventionnels offensifs ou défensifs comparables à ceux des Etats-Unis.

On ne peut pas ne pas observer qu'une telle posture déclaratoire favorise la contestation passablement hétérogène qui s'exerce à la veille de la Conférence d'examen, pour que celle-ci adopte des mesures spectaculaires en matière de désarmement nucléaire, en dehors de toute considération visant à réunir les conditions d'un monde plus sûr.

Cette contestation peut être le fait d'Etats non alignés aussi bien que d'Etats « désarmeurs », en Europe (Allemagne) ou en Océanie (Australie, Nouvelle-Zélande). Les motivations, plus ou moins teintées d'anti-occidentalisme chez les premiers, sont évidemment absentes chez les seconds, où la tonalité pacifiste a davantage sa part.

Depuis le discours de Prague, l'idéologie « abolitionniste » est dans l'air du temps. Sans doute peut-on faire valoir que depuis le « pic » des années quatre-vingt, les arsenaux nucléaires dans le monde ont décru des deux tiers, essentiellement du fait des Etats-Unis et de la Russie, qui détiennent encore 96 % du total des têtes nucléaires. Il n'est d'ailleurs pas sûr que le nouveau traité américano-russe « post-START » puisse être ratifié avant la tenue de la Conférence d'examen. Et il est certain que le TICE, quant à lui, n'aura pas encore été ratifié par le Sénat des Etats-Unis, ceux-ci entraînant à leur suite le moment venu, on peut l'espérer, la Chine et l'Inde.

* 67 « Nouvelles triades, conventionnalisation des moyens de dissuasion et équilibres stratégiques. » - Bruno Gruselle - Fondation pour la Recherche stratégique, janvier 2008.