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Les effets sur la santé et l'environnement des champs électromagnétiques produits par les lignes à haute et très haute tension

 

D. CHAMPS MAGNÉTIQUES ET MALADIES NEURODÉGÉNÉRATIVES

Le troisième type de pathologies entraînant un débat scientifique sur un lien possible avec les CEM EBF émis par les lignes à haute et très haute tension est celui des maladies neurodégénératives.

Des publications récentes viennent au soutien de cette hypothèse et ont été retenues par l'expertise collective internationale.

1. L'hypothèse d'une possible nocivité

a) Les données scientifiques

L'attention de votre rapporteur a été attirée sur cette question par le rapport du SCENIHR de 2009.

(1) L'épidémiologie

Une méta-analyse récente (Garcia et al. 2008) regroupant 9 études cas-témoins et 5 études de cohorte a mis en évidence une association significative (1,6 à 2) entre l'exposition professionnelle et le risque de déclencher une maladie d'Alzheimer. L'AFSSET, qui cite cette étude, relève que les données prises en compte sont très hétérogènes et que l'interprétation est donc limitée.

Des études suisses sur les employés des chemins de fer de leur pays (Rösli et al. 2007) et sur les personnes résidant à proximité de lignes électriques (Huss et al. 2009) tendraient à confirmer ce lien.

Rösli a procédé à une étude portant sur 20 141 employés des chemins de fer de 1972 à 2002 (464 129 personnes/an). Il a calculé à partir de mesures et de modèles l'exposition cumulée et a comparé les groupes les plus exposés avec ceux qui l'ont moins été, typiquement les conducteurs de train par rapport aux chefs de gare. Il faut ici préciser que les chemins de fer suisses utilisent du 15 000 V alternatif 16Hz 2/3.

Il trouve que les conducteurs ont 1,96 fois plus de risque de mourir de démence sénile que les chefs de gare, et 3,15 fois de la maladie d'Alzheimer. Il met également en évidence un lien dose-effet par tranche de 10 uT en matière de démence sénile, de maladie d'Alzheimer et de sclérose latérale amyotrophique, SLA (intervalle de confiance à 95 % = - 6,8 à 11,7).

Cependant, compte tenu des intervalles de confiance, le lien n'est véritablement fort qu'à propos de la maladie d'Alzheimer et, selon les auteurs, sur les phases terminales de la maladie.

Huss a recherché un lien entre le décès lié à une maladie neurodégénérative et le fait de résider à proximité d'une ligne à très haute tension soit 220 à 380 kV. L'étude a porté sur 4,5 millions de personnes entre 2000 et 2005 grâce à l'exploitation de données nationales.

Il en ressort un risque de 1,24 (CI = 0,80 - 1,92) pour les personnes vivant à leur décès à moins de 50 m par rapport à celles vivant à 600 m et au-delà. Mais une relation dose effet est trouvée en fonction de la durée d'exposition à proximité : 5 ans > 1,51 ; 10 ans > 1,78 et 15 ans > 2. Les résultats sont similaires pour la démence sénile mais pas pour la SLA et la maladie de Parkinson.

(2) In vivo et in vitro

A cet égard, le SCENHIR, repris par l'AFSSET, mentionne deux études récentes.

- La première, in vivo, indiquerait l'absence d'effet sur la SLA à partir d'un modèle de souris (Poulletier de Gannes et al. 2008) pour une exposition durant sept jours à des champs compris entre 100 et 1 000 uT.

- La seconde, in vitro, irait dans le sens d'un lien avec la maladie d'Alzheimer (Del Giudice et al. 2007). Elle montre la réaction de cellules humaines du neurogliome à un champ de 3 400 uT en accroissant la production d'un peptide qui agit dans le développement de la maladie.