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Pour une mondialisation maitrisée - Contribution au projet de document-cadre de coopération au développement

17 juin 2010 : Pour une mondialisation maitrisée - Contribution au projet de document-cadre de coopération au développement ( rapport d'information )
4. La fin d'un modèle de développement exclusif

Le projet de document-cadre constate la fin d'un modèle de développement exclusif, applicable à tous, et l'épuisement du modèle de développement fondé sur la consommation d'énergie fossile.

L'aide au développement a longtemps reposé sur des modèles « clés en main » que les politiques de coopération s'efforçaient de mettre en oeuvre. Aux indépendances, la théorie dominante était celle d'une possibilité de sortie d'un état endémique de sous-développement par le biais d'un soutien vigoureux à l'investissement et à la croissance. Il s'agissait de compenser le déficit d'épargne des pays en développement, qui empêchait notamment la réalisation des grandes infrastructures nécessaires à la croissance.

Plusieurs décennies plus tard, avec la crise de l'endettement, commence la grande période des ajustements. L'accent est mis sur les équilibres macro-économiques et budgétaires, ainsi que sur l'ouverture des économies. Le consensus de Washington, d'inspiration libérale, devient le paradigme dominant et s'accompagne de libéralisations, de privatisations et de déréglementations. Au milieu des années 90, face à une certaine caricature du consensus de Washington confondu avec l'Etat minimal, la priorité est alors donnée à la lutte contre la pauvreté et se traduit notamment par le lien fait entre la remise de dette et la priorité aux secteurs sociaux.

Aujourd'hui, la « recette » n'existe plus, les modèles imposés sont d'autant plus remis en question que le développement des pays émergents s'est effectué à travers un processus qui, par bien des aspects, est à l'opposé de ce que la théorie économique prévoyait. Là où le rattrapage économique des pays en développement devait se traduire par un déficit d'épargne, un niveau d'investissement impliquant un déficit de la balance extérieure, les pays émergents se sont développés à partir d'une balance commerciale excédentaire, la conquête de marché extérieurs et un surcroît d'épargne.

Le document-cadre est élaboré à un moment où la pensée du développement cherche son équilibre entre discipline macro-économique et budgétaire, investissement sur le capital humain et promotion du secteur privé.

Le document-cadre arrive également à un moment où chacun prend conscience que le modèle de développement fondé sur la consommation sans limites des énergies fossiles n'est, à terme, plus tenable. Même si chacun éprouve des difficultés à en tirer les conséquences, l'idée de la nécessité d'infléchir notre modèle de croissance comme celui des pays en développement fait son chemin.

Comme l'a souligné, devant notre commission, M. William C. Ramsay, directeur du programme Energie de l'Institut français des relations internationales (IFRI) : « si les tendances actuelles de consommation d'énergie se poursuivaient jusqu'en 2030, 80 % de l'énergie utilisée dans le monde proviendrait des énergies fossiles, ce qui engendrerait une augmentation de 60 % des émissions de gaz carbonique et une augmentation de 6°C de la température4(*) ».

Le document-cadre prend acte de cette situation et fixe à notre coopération comme objectif de favoriser « un nouveau modèle de développement, moins énergétivore, moins émetteur, promoteur d'une gestion des ressources naturelles plus durable ».

Votre commission ne peut que s'en féliciter.

Elle est bien consciente que ce sujet doit recevoir une approche différenciée selon les zones. Sans doute la lutte contre la pauvreté peut-elle apparaître comme prioritaire en Afrique par rapport à la préservation des biens publics mondiaux.

Ce nouvel objectif de préservation de l'environnement doit cependant profondément modifier l'approche du développement dans les pays pauvres. Il faut avoir à l'esprit que les énergies fossiles représentent les deux tiers de la production électrique subsaharienne. Les pays les plus pauvres d'Afrique sont ceux dont la production électrique est la plus chère au monde, et au contenu en carbone le plus élevé. C'est pourquoi l'objectif de développement des énergies renouvelables, comme l'énergie solaire et hydroélectrique, est tout aussi prioritaire en Afrique.

La recherche d'un nouveau modèle de croissance concerne en fait tous les continents au Sud comme au Nord.


* 4 Audition de M. William C. Ramsay, directeur du programme Energie de l'Institut français des relations internationales (IFRI), mercredi 17 février 2010, commission des affaires étrangères. http://www.senat.fr/bulletin/20100215/etr.html