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Services à la personne : bilan et prospective

30 juin 2010 : Services à la personne : bilan et prospective ( rapport d'information )
4. Libérer la participation au marché du travail, notamment celle des femmes

Les foyers composés d'un (de) parent(s) actif(s) avec enfant(s) constituent une part importante de la clientèle potentielle de services à la personne.

M. Clément Carbonnier38(*) montre ainsi que, si le revenu est le facteur prépondérant pour l'emploi d'une personne à domicile39(*), le deuxième facteur explicatif, par ordre d'importance, est le nombre d'enfants.

Il observe, par ailleurs, que les enfants ont un impact plus important sur les célibataires que sur les couples avec au moins un inactif, et plus encore sur les couples biactifs que sur les célibataires.

De fait, les services à la personne, dans toute leur diversité, ont pour effet d'aider à la participation au marché du travail, surtout lorsque se pose le problème de la garde d'enfant, qui explique largement le moindre taux d'activité des femmes. Ce dernier est passé de 51,5 % en 1975 à 63,8 % en 2005, et cette progression semble être appelée à continuer. Ce mouvement est d'ailleurs encouragé au niveau européen40(*), afin de favoriser la croissance potentielle.

Il est à noter que la France, à cet égard, peut avancer des taux d'activité plus égalitaires que de nombreux pays voisins. D'après l'INSEE, le différentiel de taux d'activité homme-femme s'élevait en 2008 à 9,1 points en France41(*), contre 14,1 points dans l'Union européenne à quinze.

Ainsi, malgré un taux d'activité, hommes et femmes confondus, qui ressort à 70 % en France contre 72,5 % dans l'Union européenne à quinze, le taux d'activité des Françaises, qui ressort à 65,9 %, est supérieur de 0,4 point à celui des Européennes (à quinze).

5. Accompagner de profondes évolutions sociétales : « care revolution » et « économie quaternaire »

Une priorité croissante semble être accordée, au sein des populations des riches pays industrialisés, à la qualité de vie, au détriment d'une approche matérialiste orientée sur l'accumulation de biens physiques.

Il en résulte, en premier lieu, un tropisme croissant des individus pour la santé et le bien-être, qui permet à certains observateurs d'anticiper (voire d'identifier) une révolution des services à la personne, potentialisée par des facteurs démographiques et sociologiques, tels que le vieillissement, le travail des femmes ou l'éclatement de la cellule familiale, ainsi que par les apports du progrès technologique.

Selon Martin Vial, auteur de « La care revolution »42(*), « [cette] « révolution » « caractérise (...) une évolution qualitative de la demande des consommateurs pour des services personnalisés : la « care revolution » traduit ce nouveau besoin des consommateurs d'être pris en charge de façon personnalisée pour résoudre leurs problème dans la vie quotidienne comme dans les événements exceptionnels ».

« La demande de « care », c'est celle d'un service personnalisé, de proximité, où la relation humaine est au coeur du service. Il n'existe pas de traduction française parfaite du concept anglais de « care » qui signifie à la fois « se charger de, s'occuper de, prendre soin de, faire attention à, s'intéresser à, se soucier de » ».

On observera en premier lieu que, pour ce qui concerne la dépendance, l'attention portée au bien être de la personne conduit déjà à privilégier, s'il est souhaité, le maintien à domicile à l'accueil dans une structure collective, ce choix de société n'étant pas exclusif à la France, se retrouvant ainsi, par exemple, en Allemagne43(*).

Mme Michèle Debonneuil est en phase avec le pronostic d'une priorité croissante accordée à la qualité de vie au détriment de l'appétence pour les biens matériels : « Ces services vont contribuer à faire passer nos économies de leur phase initiale de « l'avoir plus » à une phase, plus mature et moins consommatrice de matières premières, de « l'être mieux » »44(*).

Estimant qu'il apparaîtra de plus en plus vain, par exemple, de posséder un véhicule privé en centre ville si une voiture en libre service est disponible, ou d'investir dans une tondeuse à gazon s'il est deux fois moins coûteux de faire entretenir sa pelouse, elle estime que la possession devrait laisser place à l'usage.

Progressivement, la satisfaction des besoins proviendrait de nouveaux produits qui ne seraient ni des biens ni des services, mais des « solutions de vie » constituées à partir de la mise à disposition temporaire d'informations, de biens ou de personnes. Le secondaire et le tertiaire se marient : c'est l'économie quaternaire ».

Une telle économie constituerait un vivier d'emplois considérable qui profiterait à l'ensemble de la population, en termes de qualité de vie, de bien être comme de développement durable.

ACCLIMATER L'« ÉCONOMIE QUATERNAIRE »

Pour acclimater ce modèle, Michèle Debonneuil plaide, dans un rapport intitulé « L'économie quaternaire, une croissance durable à construire »45(*), pour une politique volontariste fondée sur la mise en place d'une solution originale de téléphonie mobile qui serait à la fois une plate-forme d'offre de services et un instrument de paiement de prestations. Cette solution originale permettrait de développer 3 grands projets :

1°) La modernisation de certains services publics et sociaux au niveau local grâce aux informations et à la géo localisation qu'offrent les téléphones mobiles.

2°) Un plan ambitieux de développement des services à la personne via la téléphonie mobile. Ce chantier est déjà ouvert par l'offre Proxima mobile, premier portail de services innovants gratuits et accessibles depuis un téléphone mobile connecté à l'Internet.

3°) Le développement des synergies entre moyens de transport afin d'organiser la transition vers de nouvelles formes de mobilités intégrées, plus adaptées aux besoins individuels et plus respectueuses de l'environnement.

Michèle Debonneuil envisage ainsi l'expérimentation concrète de la solution de téléphonie mobile dans plusieurs départements pilotes.

Si ces approches doivent être abordées avec toute la prudence nécessaire à l'exploration de l'avenir, il apparaît clairement que sont effectivement susceptibles de converger, au profit des services à la personne, un certain nombre de facteurs : l'aspiration à une meilleure qualité de vie, marquée par un souci croissant du bien-être et de l'environnement, joint à une moindre appétence pour la propriété de biens matériels, dans le contexte général et facilitateur d'un essor continu des NTIC.

Prédire l'« avènement » d'une telle société, marquée par la convergence exceptionnelle des facteurs précités au bénéfice d'une progression sans précédent des services à la personne, apparaît cependant difficile. Il faudrait en premier lieu que la loi d'Engel, selon laquelle les individus sont plus enclins à se procurer des « biens supérieurs » à mesure que leur revenu augmente, trouve à s'appliquer.

Or, à court terme, la crise actuelle est propre à renforcer la frustration de biens matériels, voire l'insatisfaction de besoins essentiels, auprès d'une frange importante de la population. Cela pourrait freiner les glissements annoncés ici, d'autant plus que, selon certaines analyses, la crise pourrait aussi contribuer à détourner l'attention des problématiques environnementales.


* 38 « Analyse des conséquences incitatives et redistributives de la dépense fiscale pour l'emploi à domicile », Direction générale du Trésor et de la politique économique, Document de travail n° 2009/07- février 2009.

* 39 Quand le revenu par part fiscale augmente d'un pour cent, la probabilité d'employer à domicile augmente de plus d'un pour cent.

* 40 Cf. stratégie de Lisbonne.

* 41 La Suède, la Finlande et le Danemark présentent cependant des écarts encore sensiblement moindres.

* 42 Nouveaux débats Publics, janvier 2008.

* 43 L'Allemagne a introduit une 5ème branche de la sécurité sociale pour couvrir le risque de dépendance. Cette assurance obligatoire financée par les cotisations sur les salaires a été mise en oeuvre en 2005 et a permis un développement des services d'aides aux personnes dépendantes, l'Allemagne privilégiant les soins et aides à domicile et non le placement en centre de soins médicalisés (Services économiques des Ambassades).

* 44 Document d'orientation de l'Inspection Générale des Finances, n° 2008-M-024-01, septembre 2008.

* 45 Rapport remis en janvier 2010 à Nathalie Kosciusko-Morizet, secrétaire d'Etat chargée de la prospective et du développement de l'économie numérique.