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Services à la personne : bilan et prospective

30 juin 2010 : Services à la personne : bilan et prospective ( rapport d'information )
3. L'enjeu de la soutenabilité économique, en cohérence avec certains choix de société
a) Une croissance potentielle soutenue par des taux d'activité accrus

Dans une perspective de court/moyen terme, la croissance économique dépend essentiellement des facteurs de demande que sont, par exemple, l'environnement international pour la demande étrangère, la politique budgétaire pour la demande publique, les dispositifs de répartition des richesses et les évolutions salariales pour la consommation des ménages ou la demande des entreprises.

Mais dans une perspective structurelle, dite parfois aussi « de long terme », les facteurs d'offre que sont :

- la main d'oeuvre disponible ;

- et la productivité de cette main d'oeuvre, liée à l'intensité capitalistique et au progrès technique ;

sont déterminants pour la croissance.

Si l'on considère l'évolution de ces facteurs d'offre, il en découle, par « addition », la croissance maximale que l'économie peut atteindre sans tension sur les capacités de production, donc sans accélération de l'inflation. C'est cette croissance maximale qu'on nomme « croissance potentielle ».

Une plus grande mobilisation de la population en âge de travailler accroîtrait donc le potentiel de la croissance française, même si l'impact d'un tel mouvement ne saurait qu'être transitoire, car le taux d'emploi106(*) ne peut augmenter indéfiniment, de même que la durée du travail.

En France, malgré les réformes structurelles tendant à l'allongement de la durée d'activité et même si c'est à un moindre degré que dans d'autres pays européens (l'Allemagne notamment), le tassement de la croissance de la population en âge de travailler pèse aujourd'hui sérieusement sur l'évolution de la croissance potentielle. Les dernières projections de l'INSEE107(*) pronostiquent une augmentation moyenne annuelle de la population active de l'ordre de 0,03 % entre 2010 et 2030, contre, par exemple, une moyenne de 0,6 % observée sur la période 1970-2010. Cet écart représente donc, au bas mot, 0,5 point de croissance annuelle en moins.

Par ailleurs, avec un taux d'activité comparativement faible, qui ressort à 70 % en France contre 72,5 % dans l'Union européenne à quinze, la France se trouve en position de pouvoir se livrer à un « rattrapage ».

C'est pourquoi un renforcement du secteur des services à la personne apparaîtrait comme doublement opportun pour soutenir une augmentation du taux d'emploi, favorable à la croissance potentielle de l'économie française. Un « cercle vertueux » de l'activité s'instaurerait : l'augmentation du travail, notamment féminin, « tirerait » la demande de services à la personne, tandis que l'amélioration de l'offre de ces services encouragerait les particuliers à participer au marché du travail ou à augmenter leur quotité de travail pour ceux d'entre eux qui sont à temps partiel.

Ajoutons que les personnes recrutées dans les services à la personne peuvent, à leur tour, susciter une demande concernant ces mêmes services.

Certes, si le taux d'emploi venait ainsi à augmenter, la productivité moyenne pourrait parallèlement diminuer, car celle des services à la personne est structurellement faible.

D'après Michèle Debonneuil, elle serait néanmoins susceptible d'augmenter grâce à un « effet qualité » : « La distribution des gains de productivité « en qualité » passe par une hausse des prix qui correspond à ce que le consommateur est prêt à payer pour bénéficier du supplément de qualité. (...) Cette hausse de prix permet aux chefs d'entreprises de payer leurs salariés davantage et donc à ces salariés d'acheter à leur tour des produits plus chers en raison de leur qualité croissante. Il faudra beaucoup de temps pour que tous les acteurs comprennent la nouvelle façon de distribuer les gains de productivité en qualité ».

Quoi qu'il en soit, dans l'hypothèse d'une augmentation générale du taux d'activité, un ralentissement de la productivité moyenne serait prévisible à court terme, car les personnes inactives sont souvent les moins diplômées et donc potentiellement les moins productives (au sens économique du terme, c'est-à-dire au regard de la valeur marchande des services qu'elles sont susceptibles de rendre), surtout pour celles qui ont été durablement éloignées de l'emploi.

Mais précisément, résultant d'une augmentation du taux d'activité associée à une accélération du PIB108(*), une inflexion de la trajectoire de la productivité qui résulterait d'un essor des services à la personne constituerait une « bonne nouvelle » pour l'économie.


* 106 Le « taux d'emploi » est la proportion de personnes disposant d'un emploi parmi celles en âge de travailler (15 ans à 64 ans). Le taux d'emploi reflète ainsi la capacité d'une économie à utiliser ses ressources en main-d'oeuvre. Cette grandeur se distingue du taux d'activité, qui rapporte la « population active », regroupant la population ayant un emploi et les chômeurs, c'est-à-dire les individus présents sur le marché du travail, à la population en âge de travailler).

* 107 INSEE Première, projections 2005-2050, juillet 2006.

* 108 Accélération qui ne reflèterait pas nécessairement celle de la production au sens large, en incluant toutes les formes d'« autoproduction ».