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Services à la personne : bilan et prospective

30 juin 2010 : Services à la personne : bilan et prospective ( rapport d'information )
b) Des perspectives de croissance probablement bornées à long terme

En théorie, l'ouverture croissante des économies à la concurrence mondiale tend à favoriser, sur la longue période, une allocation optimale des ressources ainsi qu'une spécialisation favorable à la croissance mondiale109(*).

Dès lors, dans un contexte d'internationalisation croissante des échanges et de spécialisation internationale sur la base d' « avantages comparatifs », la perspective d'une augmentation continue du nombre d'emplois de service à la personne à faible productivité pose problème.

Elle correspond à une vision « défensive », qui consiste, dans un contexte de dégradation du commerce extérieur et de « délocalisations » successives, à préférer des emplois peu productifs mais non « délocalisables », à des emplois plus productifs mais en prise avec la concurrence internationale.

Deux types de stratégie sont alors envisageables, sans être exclusives l'une de l'autre : soit remplacer les emplois délocalisables par des emplois non délocalisables mais moins productifs, soit miser sur la formation et la recherche pour que les emplois délocalisables deviennent plus productifs, ou qu'ils soient remplacés par des emplois plus productifs.

A court et moyen terme, il est logique de comparer le bilan économique, social et humain résultant du passage d'un état de chômeur ou d'inoccupation à celui de salarié dans le secteur des services à la personne, et d'en tirer les conséquences en termes de politiques publiques : un encouragement à la structuration du secteur des services « de confort » au moyen, présenté comme transitoire, d'un fort subventionnement.

Mais à long terme et dans une perspective de plein emploi, un développement continu des services à la personne ne constitue certainement pas la « panacée ». En raisonnant par l'absurde, une population active française dont la moitié serait occupée à rendre des services à la personne verrait sa productivité chuter, de même que son produit intérieur brut et son commerce extérieur.

Il faudrait se résoudre à l'approfondissement d'un marché du travail « à deux vitesses », avec des cadres supérieurs toujours plus productifs et mieux rémunérés, en prise avec l'économie mondialisée, susceptibles de s'offrir les services à la personne, même « à prix coûtant », qui lui sont nécessaires.

En définitive, une certaine « noblesse d'épée » de la guerre économique mondiale bénéficierait des services légitimes, dûment monnayés, d'un « tiers état » cantonné à un horizon économique local

En revanche, il faudra bien satisfaire aux nouveaux besoins suscités par le vieillissement de la population. Pour offrir un volume croissant de ces services à toutes les personnes qui les solliciteront sans obérer substantiellement le pouvoir d'achat des actifs, d'importants gains de productivité devront être réalisés. Cela suppose in fine que la pondération des services à la personne - y compris les services « de confort » - dans la formation du PIB demeure contenue, afin de ne pas peser exagérément sur la productivité moyenne du travail.

Les travaux du groupe de travail « production et emploi »110(*) ayant contribué à la réalisation de l'exercice « France 2025 »111(*) ont permis de dégager quatre scénarios sectoriels pour la production, dont le scénario « proximité », qui repose sur le développement des secteurs non délocalisables, se révèle sous-optimal en raison de faibles gains de productivité.

QUATRE SCÉNARIOS SECTORIELS POUR LA PRODUCTION FRANÇAISE EN 2025

Source : contribution du groupe 4 « Production et emploi » à l'exercice « France 2025 »

On ne peut que conclure dans le même sens.


* 109 Comme le suggère le « modèle allemand » (avant la crise), le rétablissement du déséquilibre commercial de la France pourrait passer par une inscription accrue dans la mondialisation, avec une accélération des importations gageant une accélération plus forte des exportations, dont le contenu en importations est sensiblement plus élevé que celui de la consommation des ménages.

* 110 Groupe présidé par Gilbert Cette.

* 111 Le Centre d'analyse stratégique a publié le 23 mars 2009 (adresse : http://www.strategie.gouv.fr/IMG/pdf/4Productionetemploi.pdf ) les travaux des huit groupes de travail de l'exercice « France 2025 », qu'avait lancé, le 22 avril 2008, à la demande du Premier Ministre, M. Éric Besson, alors Secrétaire d'État à la Prospective, à l'Évaluation des Politiques Publiques et au Développement de l'économie numérique.