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La France et le Brésil, terres de cultures

7 juillet 2010 : La France et le Brésil, terres de cultures ( rapport d'information )

N° 646

SÉNAT

SESSION EXTRAORDINAIRE DE 2009-2010

Enregistré à la Présidence du Sénat le 7 juillet 2010

RAPPORT D'INFORMATION

FAIT

au nom de la commission de la culture, de l'éducation et de la communication (1) à la suite d'une mission effectuée au Brésil du 12 au 21 septembre 2009,

Par Mmes Catherine MORIN-DESAILLY, Monique PAPON, MM. Yannick BODIN, Bernard FOURNIER, Jean-François HUMBERT et Mme Bernadette BOURZAI,

Sénateurs.

(1) Cette commission est composée de : M. Jacques Legendre, président ; MM. Ambroise Dupont, Serge Lagauche, David Assouline, Mme Catherine Morin-Desailly, M. Ivan Renar, Mme Colette Mélot, MM. Jean-Pierre Plancade, Jean-Claude Carle, vice-présidents ; M. Pierre Martin, Mme Marie-Christine Blandin, MM. Christian Demuynck, Yannick Bodin, Mme Béatrice Descamps, secrétaires ; MM. Jean-Paul Amoudry, Claude Bérit-Débat, Mme Maryvonne Blondin, M. Pierre Bordier, Mmes Bernadette Bourzai, Marie-Thérèse Bruguière, Françoise Cartron, MM. Jean-Pierre Chauveau, Yves Dauge, Claude Domeizel, Alain Dufaut, Mme Catherine Dumas, MM. Jean-Léonce Dupont, Louis Duvernois, Jean-Claude Etienne, Mme Françoise Férat, MM. Jean-Luc Fichet, Bernard Fournier, Mme Brigitte Gonthier-Maurin, MM. Jean-François Humbert, Soibahadine Ibrahim Ramadani, Mlle Sophie Joissains, Mme Marie-Agnès Labarre, M. Philippe Labeyrie, Mmes Françoise Laborde, Françoise Laurent-Perrigot, M. Jean-Pierre Leleux, Mme Claudine Lepage, M. Alain Le Vern, Mme Christiane Longère, M. Jean-Jacques Lozach, Mme Lucienne Malovry, MM. Jean Louis Masson, Philippe Nachbar, Mme Monique Papon, MM. Daniel Percheron, Jean-Jacques Pignard, Roland Povinelli, Jack Ralite, Philippe Richert, René-Pierre Signé, Jean-François Voguet.

INTRODUCTION

Mesdames, Messieurs,

Votre commission de la culture, de l'éducation et de la communication, fidèle à ses traditions et à ses convictions, a souhaité apporter son soutien à cette manifestation de promotion de la culture et de la langue française qu'a été l'Année de la France au Brésil, faire un retour d'expérience de cette initiative très importante, et enfin procéder à une analyse de l'impact qu'elle pourrait avoir sur les relations franco-brésiliennes.

C'est la raison pour laquelle elle a confié à une délégation conduite par Mmes Catherine Morin-Desailly et Monique Papon, accompagnées de Mme Bernadette Bourzai et de MM. Yannick Bodin, Bernard Fournier et Jean-François Humbert, la mission de rendre compte de la mise en place de cette saison, par un déplacement dans les principales villes brésiliennes que sont Salvador de Bahia, Manaus, Brasília, São Paulo et Rio de Janeiro. Celui-ci a eu lieu du 13 au 20 septembre 2009, à savoir à la fin de l'Année de la France, qui s'est achevée à la mi-novembre.

L'objectif de l'Année de la France au Brésil était de présenter, sur l'ensemble du territoire brésilien, les différentes facettes de la culture et des savoir-faire français.

Mission accomplie, selon la délégation, qui a constaté la réussite de cette saison culturelle. Il lui est en outre apparu que la vitalité culturelle brésilienne constituait un point d'entrée très intéressant pour la coopération bilatérale franco-brésilienne.

La question se posait pour la délégation de savoir si les liens noués pendant les Années croisées étaient éphémères ou durables, si les années 2005 et 2009 ont constitué une parenthèse enchantée dans la relation franco-brésilienne ou si elles ont posé les jalons solides d'une amitié et d'une coopération prolongées.

Ce rapport de mission vise à apporter quelques éléments de réponse à cette question.

I. LA FRANCE ET LE BRÉSIL, TERRES DE CULTURES

A. LE SUCCÈS DE L'ANNÉE DE LA FRANCE AU BRÉSIL

1. L'Année du Brésil en France

En 2005, l'Année du Brésil a rencontré un vif succès : les organisateurs ont évalué à 15 millions le nombre de personnes touchées par l'événement, soit près d'un quart de la population française. Plus de 430 manifestations culturelles (danse, photo, peinture, édition, musique, théâtre ou cinéma) ont été organisées dans 161 villes françaises et environ 2 000 artistes brésiliens de toutes les disciplines ont pu exposer leurs oeuvres.

Pour bon nombre d'élus locaux, cette Année du Brésil a été l'occasion de constater l'engouement du public français pour les manifestations culturelles et le respect, voire l'amitié, qui existe entre les deux peuples.

Parallèlement, le volume des échanges entre les deux pays a augmenté de plus de 17 % à hauteur de 5 milliards de dollars entre 2004 et 2005, tandis que les investissements français au Brésil triplaient sur la même période.

M. Gilberto Gil, ministre de la culture brésilien, indiquait en outre que le nombre de touristes français au Brésil avait augmenté de 27 % en 2005 par rapport à l'année précédente.

Fort de ce constat, les Présidents Lula et Sarkozy annonçaient officiellement le 23 décembre 2008, lors de la signature du partenariat stratégique entre les deux pays, le lancement de l'Année de la France au Brésil.

2. L'Année de la France au Brésil

L'Année de la France au Brésil a consisté en l'organisation, du 21 avril au 15 novembre 2009, d'un ensemble d'événements culturels, scientifiques, économiques et sportifs, impliquant à la fois les institutions et la société civile, et couvrant l'ensemble du territoire brésilien, de Belém à Porto Alegre, et de Recife à Manaus, en passant par São Paulo, Rio de Janeiro, Brasília, Belo Horizonte, Salvador de Bahia, Recife, São Luís, Macapa...

L'objectif était de montrer les différentes facettes d'un pays qui se transforme et se réinvente tout en présentant sa forte identité culturelle : une France moderne, une France diverse, une France ouverte. Il s'agissait d'une opération de coopération bilatérale ayant pour objet de mieux faire connaître le pays partenaire et, par cette collaboration exceptionnelle, de transformer la perception qu'un pays a de l'autre. C'est dans cet esprit que la programmation de l'Année de la France au Brésil contenait des projets couvrant les champs de la culture, de la science, des technologies et du sport.

Plus de 500 projets ont ainsi été imaginés sur tout le territoire, dont 300 environ ont été labellisés.

L'objectif de la délégation de votre commission, qui s'est rendue au Brésil du 13 au 20 septembre 2010, était de suivre le déroulement de cette saison culturelle et d'analyser les moyens de renforcer les relations entre le Brésil et la France.

a) Les acteurs de la manifestation

L'Année de la France au Brésil a relevé en France du ministère des affaires étrangères et européennes. Votre délégation salue à cet égard l'implication quotidienne des équipes de l'Ambassade et des services de coopération culturelle dans les villes de Brasília, Rio de Janeiro et de São Paulo. Les Alliances françaises ont en outre pris le relais là où la présence des services de l'État français est plus limitée ou inexistante, comme à Manaus.

La mise en oeuvre des manifestations a été le fait du commissariat français de l'Année et des équipes de Culturesfrance. Votre mission tient à souligner le très bon travail mené par l'opérateur délégué du ministère des affaires étrangères et du ministère de la culture, dédié aux échanges culturels internationaux. Une communication de grande ampleur a sans conteste été mise en place : preuve en a été apportée dans chaque aéroport dans lesquels la délégation est arrivée, dans les couloirs desquels des affiches de l'Année de la France au Brésil étaient systématiquement mises en évidence.

La mise en oeuvre de l'Année de la France a relevé au Brésil à la fois du ministère de la culture et du ministère des relations extérieures. La délégation a ainsi rencontré à Brasília les organisateurs de l'évènement, notamment le directeur des relations internationales du ministère de la culture, M. Bruno Melo, le responsable de la gestion des projets dans cette même direction, M. Rodrigo Galletti, et la directrice du département culturel du ministère des affaires étrangères, Mme Eliane Zugaib. Ils ont déclaré à la délégation avoir été surpris par le nombre de projets à labelliser et par la montée en puissance de la manifestation au fur et à mesure de son déroulement.

La délégation a aussi pu avoir un échange extrêmement fructueux avec l'ancien ambassadeur, M. Roberto Soares de Oliveira, commissaire général pour l'Année de la France au Brésil, dont la mission de coordination a été capitale.

Cette Année de la France a également été soutenue par d'autres structures, publiques et privées, notamment au niveau local.

À Manaus, c'est l'État de l'Amazonie qui a soutenu des projets, notamment des concerts français qui ont eu lieu au légendaire théâtre Amazonas. M. Robério Braga, secrétaire à la culture de l'État, a ainsi relaté à la délégation le succès du cycle consacré à Saint-Saëns, Berlioz et Offenbach.

À São Paulo, c'est le très puissant SESC Pompéia (Service social du commerce de l'État de São Paulo) qui a financé des expositions, des concerts, des spectacles français dans toute la ville et tout au long de l'année.

La municipalité de São Paulo s'est aussi fortement impliquée, comme l'a démontré à la délégation M. Carlos Augusto Calil, le secrétaire municipal à la culture. Les coopérations décentralisées entre collectivités françaises et brésiliennes ont aussi été mobilisées, notamment à São Paulo, à la plus grande satisfaction de tous.

Des institutions publiques et privées se sont également inscrites dans le mouvement.

La fondation culturelle Palmares à Brasília a ainsi monté des évènements ponctuels. La pinacothèque et le musée de la langue portugaise de São Paulo ont respectivement mis en place une exposition Matisse très riche et une exposition particulièrement originale consacrée aux mots de la langue française.

Le Centre culturel Banco do Brasil avec l'exposition « Saint-Etienne, cité du Design » et le musée historique national avec l'exposition « Tapisserie des Gobelins » ont pleinement joué leur rôle de mise en valeur de la culture française.

Ces manifestations sont celles dont la délégation a pu constater la qualité, mais plusieurs centaines d'autres ont été organisées (voir II. B.), dans des domaines extrêmement variés, permettant à tous les publics de participer à cette Année de la France.

b) Le programme de l'Année de la France

La programmation a été construite par les deux commissariats français et brésilien autour de trois axes :

la France aujourd'hui, symbolisée par la création artistique, l'innovation technologique, la recherche scientifique, le débat d'idées et le dynamisme économique.

À cet égard, la délégation a rencontré à Rio les participants au symposium scientifique de l'académie brésilienne des sciences et du collège de France qui ont apporté le témoignage de la forte présence universitaire française au Brésil. Réciproquement, ils ont signalé qu'un étudiant brésilien sur quatre recevant une bourse de son gouvernement choisissait la France pour poursuivre ses études supérieures. Au final, la France est ainsi le pays avec lequel le Brésil mène le plus grand nombre de projets de recherche conjoints.

- la France diverse : diversité de la société française ; diversité des savoir-faire ; diversité régionale. Ce sont effectivement des troupes, des orchestres et des collections de toute la France qui ont fait le voyage pour le Brésil.

- la France ouverte : avec la mise en place de partenariats franco-brésiliens, et de partenariats franco-brésiliens avec d'autres pays du monde (Afrique, Caraïbes, Amérique latine).

L'organisation de manifestations itinérantes et de quelques grands évènements populaires, notamment pour les cérémonies d'ouverture, a permis de lancer pleinement la saison. En matière culturelle, a été mis à l'honneur le bouillonnement de la création artistique française au travers d'une programmation éclectique, dans des disciplines aussi variées que la danse, les arts plastiques, le théâtre, l'architecture, la musique, la littérature ou encore la mode.

Les 2 et 3 mai 2009, sept compagnies françaises d'arts de la rue ont par exemple offert une image très novatrice de la création française (danse acrobatique, sirènes musicales, ballet de chariots élévateurs, percussions d'objets de la rue...) au public populaire de la « virada cultural », mélange de nuit blanche et de fête de la musique au Brésil.

La délégation considère que le foisonnement des projets a été mis pleinement au service des objectifs fixés par les organisateurs, grâce à la mise en place d'une labellisation soumise à l'approbation des commissaires généraux des deux pays, les projets des opérateurs français ayant été étudiés par le commissariat français installé en France à Culturesfrance, les projets émanant des structures brésiliennes ayant été étudiés par le commissariat brésilien installé à la direction des relations internationales du ministère de la culture.

Les 300 projets retenus respectaient ainsi des critères en matière de contenu, de moyens (reposer sur un partenariat entre Français et Brésiliens) et ont comporté, chaque fois que cela était possible, une forte dimension d'échange et de formation, permettant une pérennisation du projet.

c) Le financement

Le financement a été réparti de manière équilibrée entre les différents volets de la manifestation (culture, universitaire, environnemental, économique, institutionnel).

Les dépenses françaises se sont élevées à environ 10,7 millions d'euros, les ressources étant issues de plusieurs entités : de Culturesfrance, de différents ministères, de collectivités territoriales ou encore de nombreux mécènes (voir tableau au II. B.).

3. Après les Années croisées

Au vu de la vitalité des actions entreprises et de l'effet d'entraînement qu'elles ont pu avoir, au vu des constats effectués au cours du déplacement de la délégation de votre commission, il apparaît que l'Année de la France au Brésil a été un succès.

Mais au-delà de ce constat, la délégation considère que la culture constitue un point d'entrée très pertinent pour la coopération bilatérale franco-brésilienne, qui est stratégiquement important. Il suffit de recenser les visites officielles qui ont eu lieu au Brésil pendant cette Année de la France pour constater l'effet d'entraînement qu'elle a pu avoir.

Parmi les principales personnalités à s'être déplacées au Brésil en 2009, on peut retenir :

- le Président de la République, le 7 septembre à Brasília, comme hôte d'honneur de la fête nationale brésilienne, et le 26 novembre à Manaus pour le Sommet des pays amazoniens ;

- le ministre de la culture, le 21 avril et le 7 septembre ;

- le ministre du logement, le 23 avril ;

- le Président du Sénat, le 15 juin ;

- le ministre de l'immigration, de l'intégration, de l'identité nationale et du développement solidaire, le 24 juillet et le 7 septembre ;

- le ministre de l'écologie, de l'énergie, du développement durable et de la mer, le 7 septembre ;

-le ministre de l'économie, de l'industrie et de l'emploi, le 7 septembre ;

- le Président de l'Assemblée nationale, le 21 octobre ;

- le ministre de la défense, le 7 septembre et le 3 novembre ;

- le secrétaire d'État à la défense et aux anciens combattants, le 14 avril ;

- le secrétaire d'État au commerce extérieur, le 4 mai ;

- et le secrétaire d'État aux transports, le 7 septembre.

En effet, le Brésil n'est plus seulement « un pays d'avenir qui le restera longtemps », selon le mot du Général de Gaulle. Sans être forcément « le nouvel eldorado » annoncé récemment par le magazine le Point1(*), et au-delà de ses 190 millions d'habitants et de ses 8,5 millions de km², c'est maintenant une puissance bien réelle, une puissance émergée avec laquelle la France se doit de dialoguer et de construire un avenir.

À cet égard, la France est considérée comme un partenaire privilégié soutenant l'ambition brésilienne d'obtenir un statut international digne du rôle que le pays peut jouer. Le président de la commission de la culture, de l'éducation et du sport du Sénat brésilien, M. Flavio Arns, que la délégation a rencontré, en était pleinement convaincu. Il a également fait part de sa satisfaction que les deux pays s'appuient sur leurs politiques culturelles pour renforcer leurs relations.

Par ailleurs, comme l'a constaté l'ambassadeur du Brésil à Paris, M. José Mauricio Bustani, la France et le Brésil sont conscients « que seul un monde multipolaire, avec des institutions multilatérales renouvelées, peut se mesurer aux défis de notre temps »2(*) et de leur responsabilité particulière en matière de coopération internationale.


* 1 Le Point, 6 mai 2010.

* 2José Mauricio Bustani, « Le Brésil au XXIe siècle et le partenariat stratégique avec la France », Politique étrangère, 2010.