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La fonction « anticipation stratégique » : quel renforcement depuis le Livre blanc ?

8 juin 2011 : La fonction « anticipation stratégique » : quel renforcement depuis le Livre blanc ? ( rapport d'information )

D. FAUT-IL ORGANISER EN FRANCE DES « ASSISES INTERNATIONALES » DE L'ANTICIPATION ?

Grand nombre d'interlocuteurs ont fait valoir qu'une structure de plus n'était pas forcément la bonne solution pour mieux faire vivre le dispositif français d'anticipation stratégique.

La création d'un grand rendez-vous international annuel de l'anticipation, en France, pourrait avoir plus de souplesse et combler les lacunes du système actuel, en ayant pour vocation de :

- créer une véritable communauté de la pensée stratégique (avec un site Internet commun, la préparation de contributions dans la perspective de ce rendez-vous, l'animation de différents ateliers...) ;

- diffuser une véritable culture de l'anticipation dans l'administration et les instituts ;

- explorer des thèmes nouveaux et générer des pensées de rupture ;

- avoir une dimension réellement internationale ;

- servir de substrat, de base de réflexion aux décideurs qui y seraient associés.

Pour être fructueuse et ne pas être un simple colloque de plus, ces assises annuelles devraient respecter de strictes conditions : reposer sur des intervenants internationaux de très haut niveau, se positionner sur des thématiques réellement novatrices, et surtout s'ouvrir sur les instituts et think tanks étrangers, qui pourraient alternativement être chargés de l'animation de telle ou telle table ronde, et seraient étroitement associés au choix des thématiques de l'événement.

Une implication forte des plus hauts responsables politiques français (ministre des Affaires étrangères, Premier ministre, Président de la République) est indispensable mais ne doit pas empêcher l'émergence de pensées de contestation ou en dissidence par rapport à la ligne officielle de la politique étrangère française.

Naturellement, un tel événement devrait trouver sa place et forger sa légitimité dans un espace déjà occupé par d'autres, notamment sur le plan international. Car en matière d'influence, de « soft power », la France est en concurrence avec les autres grands États qui pèsent dans le monde. Cet événement annuel devra trouver sa complémentarité et sa légitimité à côté des autres événements internationaux, et plus particulièrement en Europe de la Conférence de Munich sur la sécurité ou de la Conférence annuelle de l'IISS de Manama ou de Singapour.

Pour difficile qu'il soit, l'exercice n'est pas dénué d'intérêt : dans la concurrence mondiale des idées, la France doit peser, fixer l'agenda, mener le débat, être visible, être entendue.

C'est l'analyse que faisait d'ailleurs dès 1999 le rapport au Premier Ministre sur la « mission d'analyse et de proposition relative à l'enseignement et à la recherche en "relations internationales" et "affaires stratégiques et de défense" », rédigé par M. François Heisbourg :

« Il serait bon que la France, à travers l'un ou l'autre de ses instituts, devienne l'hôte régulier d'une de ces réunions auxquelles il est "indispensable de participer". Or, le terrain est déjà largement occupé, qu'il s'agisse des rendez-vous fixes à haut niveau (World Economic Forum de Davos, Wehrkunde pour ce qui est de la défense à Munich), des réunions mobiles généralistes (Bilderberg) ou spécialisées (conférence annuelle de l'IISS), ou des lieux de petits conclaves aux thèmes changeants (Ditchley, Petersberg, etc...); notre "problème linguistique" s'ajoute à la difficulté (la Loi Toubon impose le truchement systématique de l'interprétation simultanée qui n'est pas de nature à faciliter des échanges directs et spontanés). Aussi, le succès n'est nullement assuré d'avance. ».

Pour difficile qu'elle soit à réussir, cette mise en réseau souple, autour d'un événement bien identifié, et surtout visible sur le plan international, serait propre à susciter une dynamique qui fait aujourd'hui défaut.

Il s'agirait enfin de diffuser par ce biais en France la culture de l'anticipation, rassemblant les responsables politiques, les hauts fonctionnaires et diplomates concernés, les instituts privés, les chercheurs, des journalistes, avec la stimulation extérieure d'un « grand témoin » extérieur conférant à l'événement sa dimension internationale.