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La fonction « anticipation stratégique » : quel renforcement depuis le Livre blanc ?

8 juin 2011 : La fonction « anticipation stratégique » : quel renforcement depuis le Livre blanc ? ( rapport d'information )

E. FAUT-IL UN « LIEU » VOIRE UNE « MARQUE » POUR DONNER UNE VISIBILITÉ À LA PENSÉE STRATÉGIQUE FRANÇAISE ?

Pour remédier à l'absence de visibilité qui découle de l'atomisation et de l'éparpillement des acteurs de la pensée stratégique française, l'idée de créer un lieu, un « campus » fédérateur, identifié, visible sur le plan international, pourrait être mise à l'étude.

Une véritable stratégie de marque pourrait même être développée autour de ce lieu qui devrait nécessairement être fédérateur et prestigieux.

Plusieurs personnalités entendues par votre rapporteur ont souscrit à cette idée, qui n'est pas nouvelle mais peut être aujourd'hui reconsidérée sous un angle nouveau. En effet, le projet de « Pentagone » à la française, sur le site de Balard, libèrera des emprises qui pourraient trouver de ce fait une nouvelle affectation.

Ce projet nécessiterait naturellement un investissement ; il faudrait avant tout en définir les contours précis car plusieurs configurations sont envisageables et possibles, voire ont déjà été envisagées.

Diverses réflexions ont existé dans le passé ; certains ont fait valoir la vocation de l'École militaire à devenir ce « campus » reconnu sur le plan international, une mission de préfiguration avait même été créée.

Le site de l'École Militaire présente, de fait, une configuration unique en France et en Europe d'institutions dédiées à la formation dans les domaines principalement de la défense mais aussi de la sécurité. S'y localisent les établissements relevant de l'Enseignement militaire supérieur (notamment l'Ecole de guerre, le CHEM et le CDEM), l'Académie du renseignement, le CSFRS, l'IRSEM, l'INHESJ et l'IHEDN.

Ces réflexions doivent être relancées dans le contexte nouveau de la réorganisation immobilière du ministère de la Défense.

Il s'agirait de faire émerger une sorte de « Wilton park » à la française, qui soit à la fois un centre de conférence, un lieu de recherche, mais aussi en quelque sorte une « marque » visible et reconnue, fédératrice, disposant d'un site internet, pourquoi pas d'un flux Twitter...

L'autre exemple parfois avancé42(*) est le la National Defense University de Washington qui, outre le War College et les instituts associés, bénéficie de la présence de l'INSS (Institute for National Strategic Studies) dont la mission est de produire et diffuser des analyses destinées aux décideurs américains.

L'IHEDN, implanté au sein de l'École militaire, pourrait avoir vocation à contribuer encore davantage à la mission d'anticipation stratégique, en transformant ce site en un véritable « campus » d'envergure internationale.

La construction du domaine de l'anticipation stratégique implique une approche intégrée, incluant les facteurs de défense, de politique étrangère ainsi que la dimension économique et industrielle et de prospective, en plaçant l'accent sur la géographie de nos intérêts nationaux et de l'exercice de nos responsabilités internationales.

Ce dispositif correspond à celui de l'IHEDN, dont la tutelle (Premier ministre) et l'approche intégrée (triple articulation de publics civils et militaires, des champs de la défense et de la politique étrangère, de l'armement et de l'économie de défense) attirent ses homologues étrangers. Inscrivant son action au niveau gouvernemental, son efficacité gagnerait à être consolidée dans le champ études et recherche, sans coût supplémentaire.

D'où la proposition, formulée à votre rapporteur par le directeur de la formation, des études et de la recherche de l'IHEDN, M. Michel Foucher, visant à doter ce campus en formation d'une vraie capacité d'anticipation stratégique :

«  Dans le contexte de la mise en oeuvre des dispositions du décret n° 2009-752 du 23 juin 2009 et fort de son expérience de dialogue stratégique entre auditeurs de haut niveau, civils et militaires, tous engagés dans la vie professionnelle, l'IHEDN, en pleine rénovation, entend développer la dimension « hautes études » de son activité. Il vise au renforcement de son segment d'études et de recherche finalisée afin d'approfondir le contenu de ses formations et d'éclairer la société dans sa globalité. Il a d'ores et déjà construit des relations de travail solides avec la Direction de la prospective, la Délégation aux affaires stratégiques et certains think tanks, français comme étrangers.

«  A l'instar du Conseil d'analyse économique et du Conseil d'analyse de la société, l'IHEDN, placé comme eux sous la tutelle du Premier ministre, peut contribuer à l'élaboration puis à la diffusion de savoirs et des expertises propices à l'anticipation stratégique en direction des autorités.

«  Concevant sa contribution au renouveau et au rayonnement de la pensée stratégique de défense en termes d'ouverture et de collaboration, il entend développer son activité « études et de recherches », au niveau gouvernemental, en coopération avec les autres organismes, avec ceux localisés sur le campus de l'École militaire ou qui pourraient trouver avantage à s'y installer, ainsi qu'avec ceux partageant sa vision, en France et à l'étranger, dans une démarche fédératrice. ».

Ces propositions particulièrement intéressantes méritent assurément d'être livrées au débat.


* 42 Par M Michel Foucher, directeur de la formation de l'IHEDN