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Egalité des femmes et des hommes dans le sport : comme dans le marathon, ce sont les derniers mètres les plus difficiles

21 juin 2011 : Egalité des femmes et des hommes dans le sport : comme dans le marathon, ce sont les derniers mètres les plus difficiles ( rapport d'information )

C. UNE INÉGALITÉ AUTOENTRETENUE

Il serait illusoire d'imaginer que les conditions d'accès des hommes et des femmes aux activités physiques et sportives se rapprocheront inéluctablement par un changement des mentalités et une évolution « spontanée » de la société. La délégation partage en effet les analyses exprimées par la sociologue Catherine Louveau suivant lesquelles « laisser faire le temps, la culture, c'est favoriser la reproduction », compte tenu de la prégnance des stéréotypes sexués répandus dans la société et les médias, de l'appoint que leur apportent des facteurs « culturels » et de certaines pesanteurs sociologiques propres au monde du sport lui-même.

1. Le poids des stéréotypes

Les stéréotypes sexués qui renvoient à une répartition des tâches, des rôles et des attitudes entre les femmes et les hommes dans l'ensemble de la vie d'une société, prennent une acuité particulière dans le domaine du sport dont la dimension physique et corporelle est manifeste.

Une analyse des disciplines les plus pratiquées par les représentants de l'un ou l'autre sexe en apporte une démonstration souvent caricaturale.

Au demeurant, il est significatif de constater que les stéréotypes sont susceptibles de varier non seulement dans le temps mais aussi dans l'espace. La présidente de la Fédération française d'éducation physique et de gymnastique volontaire rappelait, au cours de son audition, que sa fédération, presque exclusivement masculine dans son recrutement à l'origine, comptait aujourd'hui 94 % de femmes parmi ses licenciés. Le football, qui est perçu en Europe comme un sport très masculin, est en revanche considéré, aux États-Unis, comme un sport « féminin ».

Or, il faut affirmer, au rebours d'une tendance très répandue justifiant les constructions sociales par un prétendu substrat biologique, qu'aucun sport n'est, en soi, interdit aux femmes pour des raisons physiques et musculaires.

Il ne s'agit pas ici de nier l'existence, chez l'un ou l'autre sexe, de particularités physiques ou biologiques, mais plutôt d'insister pour que celles-ci soient acceptées et prises en compte sans pour autant aboutir à exclure les femmes d'une partie du champ sportif.

Il n'est sans doute pas inutile, au rebours du préjugé dominant suivant lequel les femmes seraient systématiquement inférieures aux hommes sur le plan physique, de rappeler ici certaines spécificités peu connues qui montrent que l'avantage biologique peut aussi parfois se trouver du côté de la féminité.

C'est ainsi, par exemple, qu'une étude réalisée dans le cadre de l'Institut national du sport, de l'expertise et de la performance (INSEP) sur « La récupération chez la femme sportive » a montré que les femmes font preuve d'une meilleure réponse métabolique lors d'un exercice de longue durée. Par un paradoxe que relèvent les auteurs de cette étude, Yann Le Meur et Christophe Hausswirth, « alors que les femmes ont été interdites de participer à l'épreuve olympique du marathon jusqu'en 1984, plusieurs études ont montré que celles-ci pouvaient être plus performantes que les hommes au cours d'épreuves d'ultra-endurance ».

Speechly et al. (1996) ont par exemple montré que des femmes pourtant moins performantes qu'un groupe d'hommes donné sur le marathon performaient mieux que ces derniers lorsque la distance de course dépasse 90 km. Bam et al. (1997) ont montré grâce à une analyse par régression linéaire que les femmes sont potentiellement avantagées à partir de distances de course supérieures à 66 km. Pour Tarnopolsky (2000), ceci est relié à des différences métaboliques à l'exercice de longue durée, et plus particulièrement à une plus grande capacité de la femme à oxyder les lipides et donc à maintenir leur glycémie au cours d'épreuves de très longue durée afin de préserver le glucose musculaire !

Source : La préparation olympique et para-olympique, Londres 2012 :
La récupération chez la femme sportive, document détaillé de
Yann Le Meur et Christophe Hausswirth, INSEP

Les stéréotypes sexués qui contribuent à masculiniser ou à féminiser certains sports ne sont que l'un des aspects d'une socialisation sexuée et d'une domination masculine qui, dans le monde professionnel, par exemple, continue d'orienter les filles vers un nombre restreint de filières et vers des métiers moins rémunérateurs que ceux des hommes26(*).

Comme le soulignait Mme Catherine Louveau au cours de son audition, cette socialisation sexuée opère très tôt, et les jouets en fournissent une illustration frappante : « On offre aux petits garçons des jouets roulants, des camions de pompiers, des grues ; aux petites filles des jouets statiques qui les préparent à leur futur rôle de mère au foyer. Tout se passe comme si le message était le suivant : aux garçons, partez découvrir le monde ; aux filles, restez à la maison auprès de vos mères dans la sécurité ».

Ces stéréotypes sont d'autant plus puissants qu'ils prétendent s'appuyer non sur une construction sociale mais sur un ordre naturel des choses. Le coût de leur transgression peut peser de plusieurs façons sur la pratique féminine.

Les femmes qui se lancent dans des sports considérés comme « masculins », s'exposent à être considérées comme « masculines », suivant un procès de virilisation humiliant et sexiste qui commence à partir du moment où les sportives sont « trop » grandes, « trop » fortes, « trop » musclées, « trop » performantes. Les femmes trop performantes ont vite fait d'être soupçonnées sur leur identité sexuelle. Cette suspicion peut conduire, dans les cas les plus extrêmes, au recours humiliant à des tests de féminité.

Intériorisés par les femmes, ces stéréotypes sont en outre susceptibles de peser sur la pratique sportive des filles, ainsi sans doute que sur la performance des sportives.

Ainsi, par exemple, certaines études ont-elles montré que la moindre participation des filles aux cours d'éducation physique et sportive (EPS) pouvait aussi s'expliquer par le fait qu'elles considéraient les garçons comme naturellement plus performants et plus doués pour le sport.

S'attachant aux sportifs de haut niveau, une étude réalisée par l'Université Joseph Fournier de Grenoble a montré l'impact que les stéréotypes sexués pouvaient avoir sur les performances sportives.


* 26 « Orientation et insertion professionnelle : vers un rééquilibrage entre femmes et hommes dans tous les métiers » : rapport d'information n° 404 (2007-2008) fait par Mme Gisèle Gautier, au nom de la délégation aux droits des femmes.