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La Turquie veut-elle toujours adhérer à l'Union européenne ?

28 juin 2011 : La Turquie veut-elle toujours adhérer à l'Union européenne ? ( rapport d'information )

II. UN PAYS DYNAMIQUE À L'INFLUENCE CROISSANTE

A. UNE ÉCONOMIE DE PLUS EN PLUS PERFORMANTE

1. Une économie qui a relativement bien résisté à la crise économique actuelle, malgré la persistance de certaines faiblesses structurelles

Dans son rapport sur les progrès effectués par la Turquie au cours de l'année 2010, la Commission européenne observe que la Turquie « constitue une économie de marché viable » et qu'elle « devrait être à même de faire face aux pressions concurrentielles et aux forces du marché au sein de l'Union à moyen terme, pour autant qu'elle mette en oeuvre son programme global de réformes visant à remédier aux faiblesses structurelles ».

Suite à la crise financière et monétaire majeure qu'a connue la Turquie en 2001, le pays a entrepris de nombreuses réformes sous l'égide du FMI, visant notamment à assainir son secteur bancaire. Cette purge a permis à la Turquie de résister relativement bien à la crise économique actuelle. Seule l'année 2009 a été véritablement difficile, la Turquie connaissant alors une récession violente, mais brève. Après une contraction du PIB de 4,7 % en 2009 et le creusement du déficit budgétaire à 5,5 %, l'économie turque s'est considérablement redressée en 2010, enregistrant un taux de croissance de 8,9 %, au premier rang des pays de l'OCDE, et un déficit budgétaire de 3,6 %. Les perspectives pour les années à venir restent encourageantes. L'OCDE prévoit une croissance de 6,5 % en 2011 et de 5,3 % en 2012.

 

2005

2006

2007

2008

2009

2010

PIB (en Mds USD)

481,5

526,4

648,7

742,1

617,6

730,0

Taux de croissance

8,4 %

6,9 %

4,7 %

0,7 %

- 4,7 %

6,8 %

PIB/hab (en USD)

7 021

7 583

9 234

10 436

8 590

10 043

Inflation

7,7 %

9,7 %

8,4 %

10,1 %

6,9 %

6,4 %

Solde budgétaire (% du PIB)

- 2,0 %

- 0,5 %

- 1,6 %

- 1,8 %

- 5,5 %

- 3,6 %

Source : Services économiques - Ambassade de France en Turquie

L'inflation, qui a longtemps constitué l'une des difficultés chroniques de la Turquie, est désormais maîtrisée. Loin des taux d'inflation à deux, voire trois chiffres qu'avait connus le pays dans les années 1990 et au début des années 2000, l'inflation s'est établie à 6,4 % en 2010, ce qui constitue le meilleur résultat enregistré au cours de ces quarante dernières années, alors même que les prix de l'énergie continuent de croître.

De même, le déficit budgétaire a été contenu à 3,6 % du PIB, grâce à une croissance limitée à 9,5 % des dépenses du gouvernement et une augmentation substantielle des recettes fiscales. Ceci a permis à la Turquie de renouer avec un excédent budgétaire primaire, estimé à 0,8 % du PIB.

Il n'en demeure pas moins que l'économie turque souffre toujours d'un certain nombre de difficultés structurelles, qu'il lui faudrait corriger afin d'écarter le risque d'une nouvelle crise. Le principal point noir de l'économie turque se situe au niveau de la balance des transactions courantes, qui accuse un déficit en constante dégradation. Cette situation traduit un manque de compétitivité de l'économie turque, dans un contexte de fort développement. Elle risque également de poser des problèmes de financement. En effet, ce déficit des paiements courants a, jusqu'ici, été largement compensé par les flux entrants d'investissements directs à l'étranger (IDE). Or, depuis le début de la crise économique, le niveau des IDE tend à chuter, et ce sont des flux de capitaux à court terme qui viennent finalement compenser le déficit, faisant peser le risque de formation d'une bulle spéculative. L'économie turque pourrait, en effet, être menacée par le retrait soudain des créanciers et des investisseurs étrangers.

 

2005

2006

2007

2008

2009

2010

Balance commerciale (en Mds USD)

- 33,5

- 41,3

- 47,5

- 52,8

- 24,7

- 56,3

Balance commerciale (% du PIB)

- 7,0

- 7,8

- 7,3

- 7,1

- 4,0

- 7,7

Balance courante
(en Mds USD)

- 22,6

- 32,2

- 37,9

- 41,4

- 13,8

- 48,6

Balance courante
(% du PIB)

- 4,7

- 6,1

- 5,8

- 5,6

- 2,2

- 6,7

Balance des paiements

(en Mds USD)

23,2

10,6

12,0

- 2,7

0,8

14,9

Balance des paiements

(% du PIB)

4,8

2,0

1,8

- 0,4

0,1

2,0

Source : Services économiques - Ambassade de France en Turquie

L'économie turque a également connu, au cours des dernières années, une nette dégradation de la situation de l'emploi. Avec la crise, le taux de chômage a atteint un pic en février 2009 à 16,1 %, soit près de 4 millions de chômeurs, pour s'établir finalement à 14 % en 2009. Le taux de chômage est redescendu à 11,2 % en 2010 et le nombre de chômeurs est repassé sous la barre des trois millions. Ces chiffres doivent cependant être pris avec précaution, le travail non déclaré et l'économie informelle occupant une place non négligeable en Turquie.

La croissance du pays s'est par ailleurs accompagnée d'une montée des inégalités, à la fois sociales et territoriales. Les écarts de richesse se creusent et il n'est pas exclu que la question sociale prenne une place significative dans le débat public dans les années à venir. Le Président de la République, Abdullah Gül, nous a d'ailleurs confié qu'il avait pour objectif d'assurer une meilleure répartition des richesses d'ici 2023, date anniversaire du centenaire de la République turque.

 

2005

2006

2007

2008

2009

2010

Taux d'activité

43,4

43,2

43,1

41,2

41,2

43,0

Taux de chômage

10,3

9,9

9,9

13,6

14,0

11,9

Salaire minimum brut (en USD par mois)

364

371

502

422

460

507

Source : Services économiques - Ambassade de France en Turquie

Par ailleurs, l'accès au financement des petites et moyennes entreprises demeure aujourd'hui encore insuffisant, pénalisant le tissu industriel. Des mesures dans ce domaine pourraient permettre de renforcer le dynamisme de l'économie turque.

2. La croissance du commerce extérieur

Le commerce extérieur de la Turquie n'a cessé de croître au cours des dernières années. Alors qu'il s'élevait à 190,2 milliards de dollars en 2005, il s'établissait à 334 milliards de dollars en 2008. L'année 2009 a été marquée par une contraction du commerce extérieur, passant à 243 milliards de dollars, en raison de la crise internationale. Les échanges extérieurs de la Turquie ont rebondi depuis et s'élevait à 298 milliards de dollars en 2010.

Cette même année, les exportations turques ont atteint 113 milliards de dollars, en progression de 11,5 %. Les importations ont, pour leur part, crû à un rythme nettement supérieur, de l'ordre de 31,6 %, pour s'établir à 185 milliards de dollars.

Ces évolutions ont pour conséquence l'accroissement du déficit commercial turc, qui est passé de 38,7 milliards de dollars en 2009 à 71,5 milliards de dollars en 2010, avec un taux de couverture qui perd 11 points, de 72,5 % à 61,4 %.

L'Union européenne reste toujours le principal partenaire commercial de la Turquie, même si le mouvement de diversification géographique que nous avions déjà constaté se confirme au détriment de l'Europe, en particulier au niveau des importations. En effet, la Russie (21,5 milliards de dollars), la Chine (17,1 milliards de dollars), les États-Unis (12,3 milliards de dollars) et l'Iran (7,6 milliards de dollars) constituent respectivement les premier, troisième, quatrième et septième fournisseurs de la Turquie, alors que l'Allemagne (17,5 milliards de dollars), l'Italie (10,2 milliards de dollars), la France (8,1 milliards de dollars) et l'Espagne (4,8 milliards de dollars) occupent la deuxième, cinquième, sixième et huitième place. Cette évolution peut être imputée pour partie au taux de change élevé de l'euro, mais également aux besoins croissants de la Turquie en matière d'énergie. A l'exportation, en revanche, les pays européens constituent les principaux clients de la Turquie. L'Allemagne (11,4 milliards de dollars), le Royaume-Uni (7,2 milliards de dollars), l'Italie (6,5 milliards de dollars) et la France (6 milliards de dollars) sont les quatre premiers débouchés des exportations turques, suivis par l'Irak (6 milliards de dollars), la Russie (4,6 milliards de dollars), les États-Unis (3,7 milliards de dollars) et l'Espagne (3,5 milliards de dollars).

La Turquie continue d'attirer les investissements étrangers, même si la crise financière internationale a porté un coup d'arrêt à la croissance spectaculaire des IDE qu'avait enregistrée le pays entre 2005 et 2008. Le ralentissement du processus de privatisations en Turquie à la fin de la décennie 2000 explique sans doute également ce retournement de tendance : les exercices 2006, 2007 et 2008 avaient en effet été fortement marqués par des flux sur des opérations de fusions-acquisitions dans des secteurs aussi divers que la finance, l'industrie, l'énergie ou le commerce de détail.

Alors que les IDE s'établissaient à 10 milliards de dollars en 2005, puis 20 milliards de dollars en 2006, ils ont connu une baisse de 60 % entre 2008 et 2009 pour s'établir à 8,4 milliards de dollars, soit 1,3 % du PIB. Ils ont connu une légère amélioration en 2010, où ils se sont élevés à 8,9 milliards de dollars, mais le montant des investissements reste désormais sans commune mesure avec celui qu'il avait atteint en 2007 et 2008.

En 2010, les flux d'IDE se sont concentrés sur les secteurs suivants : services (49,5 %), parmi lesquels la construction, le commerce de détail, les infrastructures de transport et de communication, l'intermédiation financière et l'immobilier ; énergie (32,6 %), qu'il s'agisse de l'électricité, de l'eau ou du gaz ; et industrie manufacturière (13,5 %).

L'Union européenne continue d'occuper une place prépondérante parmi les investisseurs en Turquie. Après avoir engendré 84 % des flux de capitaux investis en Turquie en 2009, elle est à l'origine de 80 % d'entre eux en 2010. Mais, des pays du voisinage de la Turquie, comme l'Azerbaïdjan, le Kazakhstan, la Russie, l'Iran et l'Irak, prennent peu à peu des positions significatives dans le pays.